Que viennent faire les Beatles dans cette Histoire?

Le musée Pointe-à-Callière accueillera en mars l’exposition Les Beatles à Montréal. Ci-dessus, le légendaire groupe britannique à son arrivée dans la métropole québécoise en 1964.
Photo: Archives - La Presse canadienne Le musée Pointe-à-Callière accueillera en mars l’exposition Les Beatles à Montréal. Ci-dessus, le légendaire groupe britannique à son arrivée dans la métropole québécoise en 1964.

Le musée Pointe-à-Callière annonçait récemment la préparation d’une exposition sur les Beatles. Au prétexte du 50e anniversaire de la venue du groupe originaire de Liverpool dans la métropole, le Musée d’archéologie et d’histoire de Montréal choisit de se prêter au jeu risqué du mercantilisme muséologique.

Le phénomène n’est pas nouveau et on le retrouve d’ailleurs comme une constante dans l’histoire des musées, car ceux-ci ont toujours baigné dans une tension complexe entre l’objectif de faire preuve du plus haut niveau de rigueur scientifique et celui de la « démopédie », cette volonté, comme l’expliquait Proudhon, de transmettre la connaissance au plus grand nombre, sans distinction d’origine sociale ou culturelle. L’équilibre est toutefois d’autant plus difficile à assurer que le financement des institutions muséales devient une préoccupation majeure pour leurs gestionnaires d’aujourd’hui. Particulièrement soumis aux pressions que subissent les finances de l’État et des municipalités, les musées québécois doivent donc faire preuve d’ingéniosité pour assurer leur viabilité.


Pêle-mêle, c’est ainsi qu’en 2003 on a vu les personnages d’Uderzo et Goscinny servir de prétextes à la découverte de l’Empire romain, dans l’exposition Astérix et les Romains, et en 2007 ceux d’Hergé, dans l’exposition Au Pérou avec Tintin, au Musée de la civilisation de Québec. Repris d’expositions présentées au préalable au Rijksmuseum de Leyde et au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles, les alibis y étaient cependant justement et subtilement exploités pour faire découvrir l’époque gallo-romaine et les civilisations précolombiennes péruviennes. Plus récemment, en 2010, on avait pu voir ce même genre d’expositions itinérantes à grand budget avec l’arrivée de We Want Miles au Musée des beaux-arts de Montréal, après qu’elle fut présentée une première fois à la Cité de la musique de Paris. Ici encore, on pouvait trouver une justification à la démarche par la place incontournable qu’occupe Montréal dans l’univers du jazz.

 

À la recherche d’une excuse quelconque


Cependant, le musée Pointe-à-Callière franchit une nouvelle étape dans une recherche de l’achalandage à tous crins. Rappelons d’abord que la mission de l’institution se décline en trois points : d’abord, conserver et mettre en valeur le patrimoine archéologique et historique de Montréal ; ensuite, faire connaître et aimer le Montréal d’hier et d’aujourd’hui ; enfin, tisser des liens avec les communautés locales, les réseaux régionaux, nationaux et internationaux préoccupés d’archéologie, d’histoire et d’urbanité. On peut donc largement douter qu’un projet d’exposition qui présenterait « le passage à Montréal [du] groupe mythique anglais qui a révolutionné la musique rock autour de la planète tout en ayant une profonde influence sur les courants musicaux qui ont germé ici même à Montréal et au Québec » réponde à ces principes. Nous assistons en fait à un dangereux glissement de « l’objet-prétexte », celui qui sert de véhicule au profit du discours, vers « l’objet-dérobade », qui permet plutôt de trouver une excuse quelconque avec le coeur même du musée (Montréal et son histoire) pour mieux se soustraire de ses obligations et ainsi augmenter l’affluence.


Cette situation ne pourra malheureusement qu’aller en s’amplifiant tant que la question de la pérennisation du financement des musées ne sera pas réglée. L’an dernier, la Société des directeurs des musées montréalais relevait que les subventions de fonctionnement n’avaient guère évolué depuis 1995. Bien sûr, des efforts importants ont été réalisés sur le plan des infrastructures, mais il reste que le quotidien de nos musées, à Montréal et ailleurs au Québec, demeure dans une précarité inquiétante et vicieuse puisqu’elle pousse à d’autant plus de surenchère commerciale.


Il est donc primordial que les décideurs publics se penchent sur la survie de nos musées en optant pour une vision intégrée de leur développement, sur les plans culturels et touristiques notamment. Sans en faire une condition sine qua non de leur existence, il faut reconnaître leur apport à l’économie générale et préserver leur vocation originelle. En bref, en tant que société, il convient que nous fassions un réel effort de sensibilisation sur les vertus exemplaires d’un réseau de musées dense sur l’ensemble du territoire québécois, pour notre développement économique, notre culture collective originale et la valorisation de nos territoires. Aussi, en faisant nôtre la réflexion de Pierre Bourdieu selon laquelle « il n’est pas de lutte à propos de l’art [et pourrions-nous dire de la culture dans son ensemble] qui n’ait aussi pour enjeu l’imposition d’un art de vivre », nous plaidons donc résolument pour une démarche culturelle à la fois affranchie des contraintes pécuniaires présupposées à courte vue et, par ailleurs, offensive sur la valorisation de notre richesse patrimoniale unique.

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L'auteur est diplômé en science politique spécialisé dans le milieu muséal et tient le blogue le-republicain-quebecois.net

9 commentaires
  • Marie-M Vallée - Inscrite 26 novembre 2012 09 h 07

    Volonté politique

    Et ce n'est pas fini, puisqu'il n'y a pas de volonté politique. D'ailleurs, hélas ! les nouvelles générations (de politiciens) savent-elles seulement ce qu'est un musée ????? Ne confondent-elles pas Samuel de Champlain, fondateur de la Nouvelle-France et le pont Champlain ?

    Et c'est ainsi que disparaît dans la médiocrité ambiante, l'Histoire d'un peuple.

    Grands mercis aux responsables de toutes ces dérives ! Ils auront des comptes à rendre à l'Histoire.

  • Michel Mongeau - Inscrit 26 novembre 2012 09 h 42

    Nous illusionnons-nous à propos de ce que nous sommes?

    Monsieur Michelot,
    Êtes-vous sérieux quand vous écrivez:
    ''Ici encore, on pouvait trouver une justification à la démarche par la place incontournable qu’occupe Montréal dans l’univers du jazz''?
    Dans l'univers du jazz, Montréal occupe t-elle une place digne de ce que vous avancez? Bien sûr, le fameux FIJM attire chaque d'ébut d'été des milliers de badauds qui viennent passer un peu de temps en bonne compagnie et dans une ambiance festive. Mais les salles, celles qui offrent des spectacles payants, sont remplies, quand elles le sont, par une poignée de Québécois(es), beaucoup d'Américains et de touristes d'ailleurs. Et pendant l'année, il y a bien quelques spectacles ici et là de grosses pointures, encore une fois sous l'égide du groupe Spectra. En passant, il y aura sûrement, un jour, une enquête, un livre, un film ou peu importe sur le quasi monopole qu'exerce ce très gros joueur de notre belle métropole. Ah, mais bien entendu, il y a tous ces cafés et bars comme le Dièse Onze, les Bobards, le Upstairs... qui offrent régulièrement l'occsasion à nos ''jazz people'' d'ici de faire connaitre leur travail. Mais dans quelles conditions, demandez leur? Pour un livre que j'ai rédigé, j'ai fait des recherches et les ventes de DC sont largement inférieures à 5% du marché. Le réseau des salles contenant autour de 500 sièges ne propose pas plus de 3 ou 4% de leur programmation dans le créneau jazz et encore là, il s'agit souvent de chanteuses jazz-pop qui ne bousculent que peu de choses en matière de création jazzistique. Bref, je ne dis pas que c'est le néant mais nous sommes loin de pouvoir prétendre à être une capitale de cette esthétique.

    • Florent Michelot - Abonné 26 novembre 2012 17 h 04

      Bonjour M. Mongeau,
      Oui, je suis sérieux dans mon affirmation parce que je ne sous-entends pas le moins du monde une quelconque adhésion à l'égard des politiques événementielles (le terme ici est volontairement choisi) prétendument « Jazz ».
      En dépit de l'importance de la métropole dans l'histoire de cette musique que je reconnais dans mon texte, nous sommes donc parfaitement d'accord sur le fond de votre réflexion.
      Cordialement,
      F.M.

  • Marc Provencher - Inscrit 26 novembre 2012 10 h 17

    Ah oui, le risible Bourdieu

    « Il n’est pas de lutte à propos de l’art [et pourrions-nous dire de la culture dans son ensemble] qui n’ait aussi pour enjeu l’imposition d’un art de vivre. »

    L'imposition, tu parles ! On reconnaît bien la paranoïa idéologique de M. Bourdieu, courante au sein de sa génération fourvoyée. Tout est manoeuvre ténébreuse du soi-disant "Système" pour "imposer" subrepticement aux pauvres idiots aveugles qui ne sont pas sociologues.

    Par moments, cet âne de Bourdieu - encore un militant qui prenait son idéologie marxiste pour une science - est à deux doigts de la mentalité délirante des Brigades rouges. On trouve d'ailleurs dans les "textes" des secondes comme du premier la forme parano du verbe agir, "être agi par". L'Homme est la marionnette aveugle des manipulations ténébreuses du "Système" - l'Homme non-sociologue, s'entend, celui qui ne détient pas la clé du "moteur secret de l'Histoire", il va de soi !

    Jusqu'où nous mèneront les élucubrations des prétendues "sciences" politiques (pour emprunter ces guillemets à Leonardo Sciascia et Gaetano Salvemini), je commence à être curieux de le savoir.

    • France Marcotte - Abonnée 26 novembre 2012 11 h 41

      Risible? C'est là toute votre argumentation?

      Il m'intéresse de plus en plus ce bonhomme!

    • André Le Belge - Inscrit 26 novembre 2012 12 h 49

      Bourdiwu, un âne? Ah ben coudonc...

    • Marc Provencher - Inscrit 26 novembre 2012 13 h 44

      @ France Marcotte: «Risible? C'est là toute votre argumentation?»

      Si on s'arrête de lire après le titre, oui. La "sociologie" de Bourdieu n'est qu'une énième variante de l'idéologie marxiste ; et comme le marxisme il s'agit d'une idéologie qui se prend pour une science. Et "être agi par", exemple que je citais dans ce qui venait après le titre, c'est à la fois une expression qui revient dans Bourdieu et dans un communiqué des Brigades rouges cité par Fruttero et Lucentini dans 'La sauvegarde du sourire", tome 2 de leur célèbre "trilogie du crétin".

      Comme antidote à Bourdieu, je me permets de vous suggérer Tocqueville.

    • Michel Mongeau - Inscrit 26 novembre 2012 15 h 47

      Vous confondez juste deux choses monsieur Provencher: la critique et l'insulte. Ne devons-nous pas respecter ceux et celles qui nous inspirent, en dépit d'une distance de point de vue qui peut se développer?

  • France Marcotte - Abonnée 26 novembre 2012 11 h 04

    Un esprit pénétrant

    « il n’est pas de lutte à propos de l’art [et pourrions-nous dire de la culture dans son ensemble] qui n’ait aussi pour enjeu l’imposition d’un art de vivre »

    Vraiment très inspirant ce Pierre Bourdieu.