La réplique › Canadien français - Trop facile de jouer la carte ethnique!

Vous dites que « Canadiens français » est inclusif, réunissant tous les Canadiens de langue française, contrairement au vocable « Québécois », qui selon vous, désigne le francophone de naissance. Votre raisonnement m’apparaît être une véritable contorsion de l’esprit. Que le Québécois soit francophone de naissance n’est précisé nulle part ; à l’inverse, il me semble, du Canadien français, qui porte en son nom ses origines françaises et son parcours historique suivant la Conquête. Canadien français m’apparaît alors plus exclusif ou rétrograde : il réfère, lui, au « pure laine ». S’il ne s’agissait que de langue, on aurait dit, à l’instar de Franco-Manitobain ou Franco-Ontarien, « Franco-Canadien ».


Vous avez fallacieusement défini le terme « Québécois » en fonction du tristement célèbre discours de Jacques Parizeau. Je suis désolée qu’encore aujourd’hui on réfère à ce discours pour discréditer le mouvement nationaliste québécois. Afin d’avoir une discussion honnête, il convient de rappeler le contexte politique dans lequel s’est déroulé le référendum. Rappelons alors que durant les semaines qui ont précédé le vote, le gouvernement canadien a accéléré les demandes de citoyenneté canadienne des requérants du territoire québécois, avec dessein évident - même si inavoué - d’influencer le résultat du vote. Nous n’avons pas à nous étonner qu’un (très) nouvel arrivant, qui a choisi le Canada comme terre d’accueil, s’empresse de voter pour l’unité canadienne. Même si la généralité des mots que monsieur Parizeau a prononcés ce jour-là a eu de quoi choquer, il m’apparaît affreusement pamphlétaire de réduire la définition de l’appellation « Québécois » à la langue maternelle, comme vous le faites. Ce n’est ni ce qu’a dit monsieur Parizeau, ni ce qui est d’usage. Par contre, le « Québécois » généralement désigné par ce terme est celui qui partage la culture de la majorité des habitants du Québec, et cela passe d’abord par l’usage de la langue française, qu’elle ait été acquise au berceau ou à l’école.


Vous êtes surpris que « Québécois » désigne, selon l’usage courant, le francophone ? Dites-moi, si je parle d’un Ontarien, ou d’un Albertain, pensez-vous d’abord à un francophone ou à un anglophone ? Que l’on spécifie « Anglo-Québécois » pour désigner l’anglophone du Québec ne me choque pas plus que de parler d’un « Franco-Ontarien » ou d’un « Franco-Albertain ».


Malgré les précisions que j’ai apportées ci-haut, si l’option « Canadien français » vous semble plus inclusive parce qu’elle inclut selon vous tous les francophones du pays, vous conviendrez avec moi qu’il serait étrange pour un Québécois francophone nationaliste de se désigner comme Canadien français. Au plus, pourrions-nous trouver le compromis de « Québécois d’origine canadienne-française », mais à titre d’inclusion, je ne vois pas ce que l’on aura gagné…


J’aimerais aussi ajouter que le Québec aurait été ravi d’inclure tous les francophones du pays, et d’ajouter même ceux du Vermont ou encore de la Louisiane, dans son projet d’indépendance. Malheureusement, non seulement il n’existe pas de pays sans territoire, mais il n’existe pas d’entité politique autre, au pays, que celles des gouvernements provinciaux, capables de se retirer de la confédération afin d’obtenir un pays à même de protéger sa culture et de déterminer son avenir.


Au final, les polémiques concernant le mot juste enveniment plutôt qu’elles n’apaisent. Elles sont, en plus, profondément ennuyeuses. Et lorsque ces discussions cherchent à discréditer d’importants débats politiques et culturels en brandissant, sous un doux voile blanc, l’assassine carte ethnique, malgré moi, je m’indigne.

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