Un sommet sur le système de santé?

Claude Castonguay a notamment été ministre de la Santé et ministre des Affaires sociales du gouvernement Bourassa dans les années 1970.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Claude Castonguay a notamment été ministre de la Santé et ministre des Affaires sociales du gouvernement Bourassa dans les années 1970.

Madame la première ministre,


Depuis la publication de mon récent livre, j’ai de nouveau constaté à quel point les Québécois sont préoccupés par l’état de notre système de santé. Ils ne croient plus dans les solutions en réaction à des urgences ou à des crises et ils sont convaincus que seule une réforme en profondeur pourra améliorer la situation.


Les nombreux rapports de commissions et de groupes de travail des dernières années ont permis de recenser les principaux changements nécessaires au redressement de notre système. Ces rapports, malgré leur qualité, n’ont pas connu de suite par manque évident de volonté politique et de détermination au plus haut niveau. Cette attitude, qui a trop duré, a pour effet d’empêcher notre système d’évoluer et de s’adapter aux nouvelles exigences. C’est un enjeu de taille, car non seulement la situation sur le plan de l’accès et de la qualité des soins est inacceptable, mais la santé accapare près de la moitié des dépenses de programme de votre gouvernement. Malgré l’injection massive de capitaux au cours des dix dernières années, on ne peut constater de progrès réels.


Seul un plan d’ensemble, suscitant un large consensus, pourra permettre de redresser la situation tout en ramenant la croissance des dépenses de santé en ligne avec celle de la richesse collective. L’atteinte d’un tel objectif va toutefois exiger l’appui des autres partis politiques. Je pense que deux options à cet effet s’offrent à vous et à votre gouvernement.

 

Deux options


La tenue d’un sommet sur la santé constitue la première option. Une telle démarche s’inscrirait dans la même perspective que le sommet sur l’éducation, soit le développement de consensus. La publication d’un livre blanc suivi d’une large consultation en commission parlementaire constitue la seconde option. Ces deux options présentent le grand avantage de permettre aux partis d’opposition d’être impliqués dans le processus d’établissement des changements nécessaires. Il me semble que, dans le contexte actuel et compte tenu de l’importance des enjeux, ils ne peuvent qu’appuyer l’une ou l’autre des deux options.


Le redressement de notre système de santé est d’une telle importance qu’il demande un engagement ferme de votre part. Les leçons des dernières années sont claires, le ministre de la Santé ne peut être laissé seul face aux puissants groupes de pression qui lui font face.


Madame la première ministre, vous et votre gouvernement avez la possibilité d’enclencher une réforme absolument essentielle souhaitée par la majorité des Québécois. J’espère de tout coeur que vous allez relever ce grand défi.

***

Claude Castonguay - Actuaire, ancien ministre et auteur de Santé : l’heure des choix (Boréal).

6 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 13 novembre 2012 08 h 21

    Pour le Sommet

    Je suis d'accord avec la lettre de monsieur Castonguay. Je suis depuis longtemps pour la prévention de la maladie et la promotion de la santé.
    J'opte pour la tenue d'un Sommet sur le système de santé avec bien sür des actions post sommet puisque le budget qui est consacré au système est si énorme.
    J'aimerais beaucoup connaître l'opinion des médecins québécois pour le régime public ainsi que celle de l'ASSÉ.
    De plus, dans notre monde interconnecté et transversal, je verrais d'un bon oeil, une introduction à un regard sur le système de santé, lors du Sommet sur l'éducation. Par exemple, on sait que l'énergie est commune aux deux systèmes et que, donc, l'efficacité énergétique pourrait dégager des sommes. Je pense et souhaite que l'écocardiologie dise son mot.

  • Yvon Bureau - Abonné 13 novembre 2012 09 h 02

    Ensemble et plaisir

    J'aime bien votre phrase : «le ministre de la Santé ne peut être laissé seul face aux puissants groupes de pression qui lui font face».

    J'aime bien le livre d'Alain Vadeboncoeur, Privés de soins. Et spécialement la notion du plaisir de mettre ensemble sur pied le meilleur système de soins possible. Et le plaisir de l'évaluer, et le courage de le mettre à jour et de l'améliorer. Toujours ensemble.

    Faire ensemble demande humilité et ténacité. Toute création en dépend.

  • Jean Lapointe - Abonné 13 novembre 2012 09 h 24

    Ce n'est pas souhaité je pense.


    Autant la population souhaite un sommet sur l'enseignement supérieur, autant je pense elle ne souhaite pas un sommet sur la santé.

    Ce sont les évènements du printemps qui ont révélé la nécessité de revoir les orientations données à l'enseignement supérieur et à la recherche.

    Dans le domaine de la santé, j'ai l'impression que beaucoup d'entre nous avons l'impression que les problèmes sont déjà bien connus et que les solutions à adopter le sont aussi.

    Ce que nous voulons la majorité d'entre nous je pense c'est de l'action.

    Le nouveau ministre de la santé et tout le gouvernement Marois ont l' air bien déterminés d' agir dans ce domaine.

    Il me semble qu'il est préférable de leur donner une chance de faire leurs preuves en leur souhaitant bonne chance plutôt que de leur demander d'organiser un sommet sur le sujet.

    Mais je me trompe peut-être. Peut-être que la majorité des gens en veulent un sommet.

    On verra bien ce qui va être dit là-dessus.

    • Claude Saint-Jarre - Inscrit 13 novembre 2012 09 h 55

      N'aimeriez-vous pas dire votre mot et être certain qu'on en tiendra compte, concernant 50% du budget? Sinon, écrivez vous souhaits pour le système de santé québécois. Merci!

  • J-Paul Thivierge - Abonné 13 novembre 2012 12 h 31

    pour définir une politique

    Depuis le temps où le PLQ a pris plein de décision sans véritable consultation populaire maintenant la population québécoise est réellement dûe pour plusieurs sommets pour définir une politique, une planification ou des stratégies à long terme sur l'éducation, sur la santé, sur l'énergie, sur l'exploitation de nos ressources naturelles.

  • Richard Laroche - Inscrit 13 novembre 2012 13 h 39

    La plus grosse urgence

    Si vous croyez que l'industrie de la construction est pourrie, c'est que vous n'avez jamais examiné l'industrie de la santé!

    M. Castonguay a bien raison de se préoccupper du poste où nous dépensons environ 50% de tout notre argent public.

    D'autant plus que quiconque connait un médecin sait à quel point le lobby pharmaceutique et médial est puissant, immensément plus puissant que la petite mafia des trottoirs et de l'asphalte. Il est très commun d'avoir des fonctionnaires de la santé participer à des voyages tout frais payés pour des "congrès" dans des hôtel plein luxe.

    On parle non seulement de compagnies internationales de médicaments et de textiles, mais également de haute technologie, le nucléaire, la robotique, la génétique, les produits chimiques, etc... qui dans les faits est corporativement rattachée à l'industrie militaire.

    Il faut se réveiller. Le dossier de la santé et le dossier d'Anticosti me laissent de plus en plus croire que le PQ est soumis à des intérêts internationaux qui font pression en toute confidentialité, derrière des portes closes, pendant que nous, citoyens, confions nos droits démocratiques à des représentants qui nous tiennent dans l'ignorance.