Le monstre Sandy : étrange progéniture d’un climat en mutation?

Une hausse de la température des eaux confère plus de force aux cyclones.
Photo: Agence France-Presse (photo) Spencer Platt Getty Images Une hausse de la température des eaux confère plus de force aux cyclones.

Sandy était sans aucun doute une perturbation météorologique hors du commun, survenant exceptionnellement tard dans la saison des ouragans, touchant terre avec un des plus grands diamètres jamais observés et fusionnant peu après avec une tempête hivernale. Mais peut-on réellement pùarler de « tempête monstre » ?


Certes, l’ampleur de la dévastation semée le long de la côte est inspire l’horreur. Cependant, cette étiquette suggère un insolite concours de circonstances, une situation imprévue, imprévisible et peu susceptible de se répéter. Convient-elle bien à Sandy ?


Nous vivons aujourd’hui dans un nouveau monde. La planète se réchauffe, et cette tendance se poursuivra tant que nous continuerons d’emplir l’atmosphère de gaz à effet de serre. Or la hausse des températures s’accompagnera de phénomènes météorologiques de plus en plus bizarres. Dans un tel contexte, chaque événement météorologique inusité devient suspect.


Pouvons-nous affirmer hors de tout doute que l’ouragan Sandy est le résultat du réchauffement de la planète ? Non. En effet, une lacune notoire et souvent frustrante de la science est son incapacité à produire des affirmations définitives sur quelque sujet que ce soit, en particulier une chose aussi peu plausible sur le plan statistique que le déferlement d’un cyclone mutant sur le quartier des affaires de New York.


Il est impossible de prouver que l’ouragan Sandy n’aurait pas eu lieu en l’absence de changements climatiques, car il n’existe aucune réalité de remplacement sur laquelle fonder une analyse scientifique soigneusement contrôlée. Néanmoins, cet événement violent et tragique soulève de graves questions sur ce que l’avenir pourrait nous réserver.


La science des ouragans est complexe. Les experts ne s’entendent pas pour dire si le réchauffement climatique favorise ce type de perturbation. Cependant, comme les ouragans tirent leur puissance de la chaleur de l’océan, il est entendu qu’une hausse de la température des eaux confère plus de force aux cyclones. Ainsi, même si les changements climatiques n’augmentent pas la fréquence des ouragans, ils en accroissent toujours davantage la puissance.


Sandy était une illustration claire de ce phénomène. En effet, vu la température exceptionnellement élevée des eaux de l’Atlantique (non moins de trois degrés supérieure à la normale pour cette période de l’année), l’ouragan ne s’est pas affaibli en se déplaçant vers le nord. Au moment où il s’est abattu sur New York, il exerçait encore une force suffisante pour générer l’onde de tempête de quatre mètres qui a dévasté la ville.


Le réchauffement climatique est un aspect intrinsèque du monde d’aujourd’hui. Son rôle dans la formation de la redoutable Sandy ne fait donc aucun doute.


En cette période où nous nous relevons après le passage de la tempête au Canada et envoyons nos pensées et notre appui à nos amis du Sud et des autres parties du monde touchées par Sandy, nous devons également percevoir cet événement comme une mise en garde : si nous ne faisons rien pour freiner le réchauffement climatique, celui-ci provoquera des perturbations plus violentes et dangereuses. Nous sommes à la croisée des chemins et devons nous montrer à la hauteur des défis qui se présentent à nous. Le temps est venu de renverser la vapeur.

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Damon Matthews - Professeur au Département de géographie de l’Université Concordia et membre du Centre sur les changements climatiques (C3EG)

1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 3 novembre 2012 09 h 21

    Dans l'urgence, lacune, en effet

    «...une lacune notoire et souvent frustrante de la science est son incapacité à produire des affirmations définitives sur quelque sujet que ce soit, en particulier une chose aussi peu plausible sur le plan statistique que le déferlement d’un cyclone mutant sur le quartier des affaires de New York», dit le géographe.

    Et les scientifiques sont victimes de leur intégrité, de leur rigueur quand les adversaires de la science et les charlatans ne s'encombrent pas, eux, de preuves pour les contredire avec de grandes affirmations démagogiques.

    Comment remédier à ce non-sens aux effets pervers et périlleux?