La réplique › Chronique de David Desjardins - Il faut critiquer l’humour machiste!

Monsieur Desjardins,


À vous qui défendez l’humour de Guillaume Wagner en affirmant, dès les premiers mots de votre chronique, que « ce qui, au début, a tant ému le Québec chez Marie-Élaine Thibert, c’est qu’elle n’est pas belle ». À vous qui, de nouveau, lui donnez raison en mentionnant que « son gag est devenu l’objet d’une controverse qui en dit long sur l’état du discours public : tellement policé, à ce point rendu lisse par la rectitude politique, qu’il appelle ce genre de grossièretés », je répondrai qu’il est tout à fait légitime que les individus ayant le privilège d’avoir accès à une tribune dans l’espace public aient aussi des responsabilités. […]

Ce n’est pas d’hier que des humoristes construisent leur renommée au détriment des femmes. Il y a longtemps qu’ils font des blagues dégradantes à leur endroit. Les rires gras provoqués par ces prétendus gags découlent d’une idéologie machiste qui, historiquement, contribue à structurer nos rapports sociaux en mettant de l’avant des stéréotypes sexistes et rétrogrades. Or, cette fois-ci, celle qui fait l’objet du mépris machiste d’un humoriste sort de l’ombre, car elle a accès à une tribune pour faire entendre son indignation. Indignation qui a d’ailleurs été tournée en dérision par plusieurs, notamment par vous-même, monsieur Desjardins, qui affirmez que Marie-Élaine Thibert a proféré des « fadaises » en déclarant « être victime d’intimidation de la part de Wagner ». Que l’on aime ou non Marie-Élaine Thibert […], c’est sur le plan de son talent que nous sommes en droit de la juger et non sur la base de son apparence physique, qui n’a strictement rien à voir avec sa capacité à chanter.


Contrairement à ce que vous insinuez, critiquer les manifestations machistes de l’humour ne signifie pas policer ou censurer la liberté d’expression : c’est remettre en question le fait d’utiliser l’humour comme un canal servant à dégrader les femmes. L’acte de censure serait plutôt celui qui vise à faire taire ces critiques en tentant de les discréditer — comme vous le faites si peu subtilement. D’ailleurs, l’absence de critique par rapport à l’humour machiste serait une insulte à l’intelligence de tous ceux et celles qui luttent contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité des sexes. J’inviterais également les défenseurs de la sacro-sainte liberté d’expression à reconnaître que cette fameuse liberté a un prix. Quand on prend parole dans l’espace public, il faut s’attendre à ce que nos propos soient critiqués. Il ne s’agit donc pas ici de se taire, mais bien de vivre avec les conséquences de ses prises de position : si l’on exprime des idées méprisantes, elles seront fort légitimement méprisées. […]


Qu’y a-t-il de tellement drôle dans le fait de ne pas répondre à des impératifs de beauté excessivement oppressants pour des centaines de milliers de femmes ? Qu’est-ce qui se cache derrière cet humour marqué par la haine des femmes ? […] Le gag de Wagner, comme ceux d’une grande partie des humoristes au Québec, s’inscrit dans une longue histoire d’oppression envers les femmes qui n’a rien de drôle, du moins certainement pas pour les premières concernées. En vue de progresser vers une société véritablement égalitaire, plutôt que de s’époumoner à préserver la liberté d’expression d’humoristes macho, préoccupons-nous donc des impacts destructeurs de leurs jokes sexistes sur la vie quotidienne de toutes les femmes […]. Cessons de mettre le rire au service du renforcement des inégalités entre les sexes.

19 commentaires
  • alain petel - Inscrit 1 novembre 2012 05 h 46

    Humour poubelle

    Nous avons ici différentes catégories humoristes, des bons, des moins bons et des bas bons. On constate assez rapidement que Guillaume Wagner, lui, se situe dans celle des pas bons, celle qui choisit l'humour-poubelle pour avancer, pour faire parler d'elle. Celle qui choisit les grossièretés pour cacher le vide immense qui l'accompagne sur le chemin de la médiocrité. Celle qui, aujourd'hui et malheureusement, est synoyme de talent pour bien du «petit» monde, alors qu'il s'agit simplement de vulgarité stupide et vide de sens. Non, j'ai lu comme trois fois le texte de M. Desjardins sans toutefois le comprendre. Vous parlez de liberté d'expression ? Moi, je dis que ce sont des paroles-déchets dont il m'apparaît choquant d'en faire la publicité.

  • Gilles Delisle - Inscrit 1 novembre 2012 09 h 00

    Ecole de l'humour: plus de 1 million par année!

    Former quelques dizaines d'humoristes par année, qui pour plusieurs, ne disent que des conneries et vulgarités, coûte aux contribuables plus d'un million par année. Alors, personnellement, j'attends avec impatience le jour où les Québécois vont tourner le dos à ce genre de spectacles , et découvrir autre chose à voir et à entendre, avec de vrais artistes.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 1 novembre 2012 13 h 42

      Absolument. Cette "industrie" relève du domaine commercial. Il n'y a rien de culturel. Ils ne devraient pas être subventionnés.

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 1 novembre 2012 18 h 41

      Comme beaucoup de mes amis, l'humour des humoristes patentés ne me fait pas rire.

      La crétinisation des gens n'est jamais drôle et ne devrait pas être subventionnée.

  • André Martin - Inscrit 1 novembre 2012 09 h 27

    La mauvaise cible.

    Quand j'ai entendu le gag de Wagner, j'ai fait bof... Mais la déferlante du tsunami — échelle Québec, déclenché par l'opération marketing du jeune comique et du spin-off (planifié) du comparse Mike Ward qui en a rajouté une couche, m'a sidéré:

    — Merde, ils ont réussi, que je me suis dit...

    Comment remplir une salle... en faisant semblant de vouloir la vider!

    Il y a pas une matante au Québec qui pense qu'elle est matante. C'est ça qui est merveilleux avec l'humour. Les humoristes rient souvent de ceux qui sont dans leur salle qui eux croient que c'est pas d'eux qu'il s'agit. Au final, tout le monde est content. De la bitching thérapie, quoi.

    Mme Thibert a des yeux magnifiques (comme ceux de ma chatte), mais pour le reste on se comprend — comme pour à peu près tout le monde qui ne vivent pas avec un spot light sur eux, que les morceaux ne viennent pas de la génétique ou de l'entrepôt du chirurgien plastique d'Angélina Jolie, ou de son mec Brad (pour les gars). Eux sont là parce que les matantes et les mononcles les y ont mis en achetant le Lundi et en allant voir leurs films.

    Si on veut chialer pour quelque chose qui en vaille peine, on devrait se concentrer sur les femmes défigurées à l'acide dans le monde arabe, ou les sous-hommes payés un salaire de crève-faim par les oligarques arabes pour ériger des pistes de ski réfrigérées dans le désert.

    • André Martin - Inscrit 1 novembre 2012 11 h 45

      ... ou, sur la scène locale, nos vieux et nos vieilles en fin de parcours, fragilisés, aux prises avec le mépris et la maltraitance dans les centres d'accueil.

  • Anne-Hélène Jutras - Abonnée 1 novembre 2012 09 h 58

    Merci

    Merci pour cette lettre.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 1 novembre 2012 10 h 50

    L'humour-poubelle

    Je trouve que beaucoup trop de ces soi-disant humoristes font dans l'humour-poubelle où y voisinent des grossièretés, des sacres et un langage grossier.

    Fred Pellerin....voilà un bon humoriste!

    • Djosef Bouteu - Inscrit 1 novembre 2012 15 h 14

      J'aime beaucoup Fred Pellerin, ses contes sont passionnants et sa façon de s'exprimer est très riche.


      Lise Dion a réussi à faire passer un numéro d'humour d'une fille saoule en restant dans le bon goût.

      Il ne faut pas tomber dans l'excès inverse. Un sacre peut ponctuer un texte sans en réduire la valeur.

      Mais une surabondance de sacres tout au long d'un texte donne l'impression que l'auteur n'a pas beaucoup de matériel et qu'il cherche à stimuler le rire en allant du côté des tabous.

      Je pense que l'humour-poubelle sera toujours là. Tous les goûts sont dans la nature. Quand c'est tout le spectacle qui prend des airs de décharge à ciel ouvert, personnellement je débarque.