«Il a raconté sa frustration à l’égard de la corruption»

En 1969, j’ai accompagné René Lévesque — alors député indépendant et chef du Parti québécois depuis quatre mois — dans une tournée des universités anglophones dans le but d’écrire un texte pour la revue Maclean’s. Quels sont mes souvenirs de ce voyage inoubliable ? D’abord, sa curiosité. À Saskatoon, les étudiants lui ont offert une heure de détente entre deux discours.

Parmi eux, il y avait une étudiante en soins infirmiers : René Lévesque passa son heure de détente à la questionner sur le système de cliniques dans les quartiers populaires où elle avait fait un stage. L’étudiante elle-même a peut-être capté son attention, mais j’avais été frappé par sa curiosité à l’égard des cliniques.

Ce soir-là, tanné de répéter le même discours qu’il avait déjà livré plusieurs fois pendant la journée, il a abandonné son texte habituel pour raconter son cheminement : comment, selon ses propres mots, il était « devenu un séparatiste ». Il raconta sa frustration à l’égard de la corruption dont il avait été témoin en entrant en politique, notamment les liens intimes entre des firmes américaines de génie civil et le Parti libéral.

Pendant la période de questions, un homme lui a posé la question suivante : « Supposons que vous perdiez. Supposons que votre parti n’aille nulle part et que vous êtes battu totalement… » Puis, après une pause pour l’effet dramatique : « Est-ce que vous pourriez envisager la possibilité de venir ici, en Saskatchewan, et de vous présenter ? » La salle, hilare, a explosé en applaudissements. C’est un souvenir qui démontre le sentiment contradictoire des anglophones envers lui : on rejetait son option, mais on estimait énormément l’homme.

Propos recueillis par Marie Vastel
Graham Fraser, commissaire aux langues officielles et ex-journaliste

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