«M. Lévesque ! Vous êtes dû pour une coupe!»

Lise Payette<br />
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Lise Payette

Ç’a été l’homme le plus attachant que j’ai connu en politique, le plus droit, le plus exigeant. Et, à côté de cela, l’homme le plus compréhensif, le plus large d’esprit, le plus accueillant et plein d’humour. Le nombre de fois où je l’ai vu se bidonner jusqu’à pleurer ! Il avait un grand sens de l’humour par rapport à lui et par rapport à la vie. […]

Ce qui ne voulait pas dire qu’il était parfait et toujours facile. Il était extrêmement respectueux de ce qu’on appelle la démocratie, mais, à certains moments, il n’était pas démocratique du tout. Au conseil des ministres, par exemple, à certains moments, il était exaspérant de patience : il laissait tout le monde s’exprimer beaucoup trop longuement sur leur point, au point de me rendre folle, alors qu’on aurait pu tout décider en quelques minutes. D’autres fois, il tranchait. […]

Ce n’était pas le personnage le plus fier. Pour moi, ça restera toujours le premier ministre en Hush Puppies. Le paraître ne lui importait pas du tout, au point que ça nous inquiétait parfois. Il fumait beaucoup. Il mouchait beaucoup… et il n’avait pas toujours sur lui le nécessaire… J’avais d’ailleurs appris à traîner avec moi un petit paquet de mouchoirs et un minuscule cendrier, parce qu’il laissait tomber sa cendre partout, partout, partout. J’étais son cendrier portatif.


Pis la couette qui dépassait tout le temps ! Le nombre de fois où j’ai entendu son attachée de presse, Gratia O’Leary, lui dire : « M. Lévesque ! Vous êtes dû pour une coupe ! » Ça faisait partie de la simplicité du personnage, d’une authenticité rare, jusque dans ces traits-là. […]


Parfois, sa manière d’être près des gens nous entraînait dans de drôles de situations, nous, les ministres. Il arrivait en disant : « Je viens de rencontrer une personne qui m’a dit qu’un enfant avait une clé dans le cou et revenait de l’école tout seul à la maison. Ça n’a pas de bon sens ! Il faut changer ça ! » Il ramassait un témoignage sur un bout de papier, nous ramenait les problèmes personnels des gens, qu’il voulait vraiment régler, et en faisait des urgences nationales ! Ce n’était pas toujours simple à gérer.

Propos recueillis par Marie-Andrée Chouinard

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