Matricule 728 - Que devient le SPVM après la police de quartier?

Une police de répression est très mal outillée pour faire face à des enjeux tels que les relations avec les communautés culturelles, avec la communauté gaie, avec les itinérants et avec les jeunes.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Une police de répression est très mal outillée pour faire face à des enjeux tels que les relations avec les communautés culturelles, avec la communauté gaie, avec les itinérants et avec les jeunes.

Lorsque nous avons édifié la Police de quartier à Montréal au milieu des années 90, on nous a confié le mandat d’améliorer le sentiment de sécurité de la population de l’île de Montréal et d’introduire l’approche communautaire comme mode de résolution des problèmes de criminalité, dans le respect des valeurs de toute société démocratique. Que sont devenus ces principes 15 ans plus tard ?

D’entrée de jeu, on doit féliciter le chef Marc Parent d’avoir formulé des excuses au nom du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) au regard du comportement du matricule 728. Je préfère taire son nom, car son attitude et son comportement perçus renvoient davantage à ceux d’une bête sauvage. En outre, la société lui a mis entre les mains une arme létale et le droit de restreindre la liberté des citoyens qu’elle est censée protéger, ce dont elle semble avoir abusé abondamment, sans discernement et depuis longtemps.

Je me sens concerné par cette grande institution que constitue la police, comme ex-chef de la formation et comme conseiller municipal dorénavant, car chaque jour la police veille à notre sécurité et à celle de nos biens. On se sent doublement concerné lorsqu’on observe le genre de dérapage auquel nous faisons face.

 

La police de quartier

Cinq principes devaient gouverner les forces policières au moment où Jacques Duchesneau, chef de la police de Montréal en 1996, provoquait un changement sans précédent dans cet univers clos, caractérisé par une culture paramilitaire. La responsabilité géographique, la résolution de problèmes, l’approche-service, le partenariat avec la population et la valorisation du personnel étaient mis en place comme principes devant assurer la protection des citoyens. Quel angélisme nous animait alors, nous qui rêvions d’une police engagée dans la communauté, intelligente et sensible devant la complexité d’une société qu’elle devait servir, et la manifestation de comportement exemplaire et éthique pour y parvenir de la part de ses policiers.

On sait ici que l’implantation du modèle de police communautaire allait se buter à un modèle qui prévalait depuis plusieurs décennies : celle du combattant du crime.

 

Des sous-cultures

Plusieurs unités au sein de la police, avec autant de sous-cultures, allaient résister au modèle de police communautaire, que l’on qualifiait de police bonbon, police rose et d’autres termes qui appartiennent au langage coloré de Matricule 728. Les unités d’enquête ont été les plus résistantes. Avec raison, il était difficile d’effectuer de la prévention une fois le crime commis, et d’enquêter.

Du côté de la circulation, il aurait été possible de faire davantage, mais l’un des directeurs avait promis aux élus des entrées d’argent supplémentaires si on lui concédait de nouveaux postes à la sécurité routière. Ce qui fut fait. Enfin, les effectifs de l’anti-émeute furent passablement augmentés, et la formation, les équipements et la mobilisation leur furent accordés généreusement avec les années. Quoique dans ces unités, on fasse de l’analyse « sociale », ces unités sont d’abord conçues pour la répression.

Le modèle « combattant du crime » l’emporte sur le modèle communautaire. Et ce modèle l’emportera toujours tant que nous n’aurons pas réglé une question essentielle : qu’est-ce qui motive un(e) jeune à embrasser la carrière policière ? Si c’est défendre la loi et combattre le crime, c’est le premier modèle. Si c’est aider, prévenir le crime et résoudre des problèmes de criminalité, c’est le second. Quoi qu’il en soit, nous aurons toujours besoin des deux modèles. Mais notre complexité sociale exige un équilibre et un renforcement du modèle communautaire.

 

Malaise profond

Il n’est pas question ici de faire place à un modèle pour supprimer l’autre. Je préfère que le combattant du crime existe pour réprimer les gangs de rue, les motards criminels et la mafia. Par contre, il est préférable que le policier communautaire s’occupe de l’itinérance, des jeunes, des communautés culturelles et prévienne le profilage racial ou socio-économique chez ses collègues de la patrouille.

Une police de répression est très mal outillée pour faire face à des enjeux tels que les relations avec les communautés culturelles, avec la communauté gaie, avec les itinérants, avec les jeunes et, depuis le printemps dernier, avec les étudiants, des enjeux au centre des préoccupations de la population. Sont-elles prioritaires pour la police ?

Tout cela révèle un malaise profond dans la relation entre la police et la population. Matricule 728 est peut-être un électron libre, mais des dommages considérables ont été faits à des citoyens et liés au comportement de certains policiers lors des manifestations du printemps dernier, la population est en droit de s’attendre à davantage de son Service de police. Jacques Duchesneau appelait cela une police d’attitude. Il est peut-être temps d’y arriver. Le chef Parent pourra peut-être y parvenir. En tous cas, c’est à souhaiter.

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Vincent Arseneau - Conseiller municipal à la ville de Sainte-Thérèse, l’auteur a été chef de la formation au SPVM pendant 11 ans.

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