La réplique › Gaz de schiste - Sans consensus social fort, pas d’exploration

Les réticences exprimées récemment par la nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, quant à l’exploitation du gaz de schiste ont suscité plusieurs réactions, tant du milieu des affaires que du milieu environnemental. La première ministre a précisé, depuis, que son gouvernement attendrait les conclusions du BAPE avant de prendre une décision définitive.


L’Union des producteurs agricoles a toujours prôné la prudence dans ce dossier. La position exprimée par Mme Pauline Marois rejoint donc entièrement celle de notre organisation. Cela dit, la ministre Ouellet a tout de même soulevé quelque chose d’essentiel en rappelant que « le gaz de schiste au Québec, ce n’est pas comme en Alberta. C’est dans la vallée du Saint-Laurent, un territoire habité où se pratique l’agriculture. Et l’agriculture, c’est du développement économique ».


Au Québec, l’exploitation s’effectuerait effectivement sur les terres agricoles et forestières, au sud et au nord du Saint-Laurent, en zone habitée. Des régions où l’eau, élément indispensable à nos vies et intrant vital pour nos activités agricoles, se retrouve en abondance. Est-ce que l’exploitation des gaz de schiste y est justifiée ? C’est, en quelque sorte, la question que posait la ministre. Pour les agriculteurs québécois, une chose est sûre : la protection et la pérennité des terres agricoles passent avant tout.

 

Conséquences inconnues


Un récent sondage Léger Marketing indiquait que le gaz de schiste est la source d’énergie la plus mal aimée des Québécois. Le même sentiment habite la communauté agricole. Notre position traduit cette réserve : ne pas aller de l’avant dans le développement de l’industrie tant et aussi longtemps qu’il n’aura pas été certifié, par une démarche indépendante, que les effets liés à ce développement sont acceptables sur le plan environnemental et social.


Va-t-on y parvenir ? Plusieurs Québécois ayant visité des sites albertains en juillet dernier, à l’invitation de l’Association québécoise des fournisseurs de services pétroliers et gaziers, ou ayant participé à notre propre mission en Pennsylvanie l’année précédente se posent certainement la question. En fait, ni l’ampleur ni la probabilité des risques ne peuvent être calculées avec certitude. Les conséquences à long terme sont inconnues, car l’extraction par fracturation à grande échelle est un procédé relativement jeune.


Les enjeux en cause veulent que le principe de précaution s’impose, d’autant plus que cette ressource restera toujours exploitable, le moment venu. Des doutes importants persistent malgré les efforts déployés par l’industrie pour rassurer les citoyens et le fait que l’exploitation vise la zone habitée, soulevant ainsi le syndrome inévitable du « pas dans ma cour ».


En fin de compte, tous conviendront que la pression exercée sur les agriculteurs québécois à qui il appartiendrait de décider s’ils donnent accès ou non à leur terre, à quel prix et à quelles conditions, serait d’une intensité inacceptable si l’exploitation était permise aujourd’hui. Aucune exploitation ne devrait donc débuter avant que toutes ces questions soient réglées, afin d’éviter que les producteurs se retrouvent isolés devant ces grandes compagnies pour négocier.


Ainsi, non seulement faudra-t-il que les aspects environnementaux soient réglés (ce qui est loin d’être acquis), mais l’exploitation de cette ressource devra être très largement acceptée avant d’être autorisée. Cette acceptation est aussi importante que l’évaluation environnementale et, sur ce point, l’industrie a tout un défi.

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Marcel Groleau - Président général de l’Union des producteurs agricoles

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