Libre opinion: Mariage homosexuel, appel au Bloc pour bloquer une imposture

Lettre ouverte aux députés du Bloc québécois

Vous aurez prochainement à vous prononcer en Chambre sur un projet de loi étendant aux couples de même sexe la notion de mariage. Je souhaite que vous vous opposiez à cette imposture.

En 1999 et en 2000, j'ai voté avec vous en faveur des projets de loi C-78 et C-23 accordant aux couples homosexuels certains droits qui leur étaient jusqu'alors déniés. Je l'ai fait, non pas par obéissance à une consigne de parti, mais par conviction, parce que cela me paraissait légitime. Couvrir du nom de mariage l'union de ces couples est en revanche tout autre chose, et j'y suis opposé.

Le mariage est une institution universellement respectée, elle l'a été de tout temps, parce que l'union qu'elle sanctionne, celle d'un homme et d'une femme, est à la base de la perpétuation de l'espèce. L'union homosexuelle est respectable elle aussi, mais elle n'a nullement ce statut social de pilier de la société. Il est exorbitant de vouloir la couvrir du même nom de mariage. Le monde doit considérer avec effarement que nous envisagions de le faire, au nom d'une extension dévoyée du principe égalitaire. Même la France s'y est refusée, en créant plutôt le PACS (pacte civil de solidarité) qui accorde en gros à tout couple les mêmes avantages que le mariage, mais sans le nom. Cette solution est raisonnable.

Mais ce ne sont pas les droits inhérents au statut du mariage que revendiquent pour les homosexuels les militants de la nouvelle loi. Le PACS ne les intéresse pas, semble-t-il. Ce qu'ils veulent, c'est le label, c'est le titre, c'est le mot mariage, pour l'union entre deux hommes ou deux femmes.

En appelant mariage une telle union, ils croient sans doute l'élever en dignité au niveau de celle, hétérosexuelle, que ce mot recouvre aujourd'hui. Mais ne voient-ils pas que par cet abus de mot, c'est plutôt le mariage d'un homme et d'une femme qu'ils ravalent au niveau d'une simple liaison sexuelle et affective, oblitérant la fonction sociale qui justifie sa prééminence en dignité?

La rectitude politique, car c'est bien d'elle qu'il s'agit ici, est une pente savonneuse. À moins d'un sursaut de notre peuple, à la longue excédé de se voir imposer les dogmes de cette nouvelle religion, notre société va continuer à dériver. Si nous renonçons à la définition traditionnelle, universelle du mariage, déjà quelques voix, et non des moindres, s'élèvent au Canada, du côté des musulmans, pour revendiquer son extension légale à la polygamie. Cela permettrait, le cas échéant, à des immigrants polygames de faire venir au Canada leurs trois ou quatre femmes — maximum imposé par le Coran — au titre de la réunion des familles... Gageons qu'ils se trouveraient des avocats pour faire dire à la Charte, cette bonne fille, qu'il est attentatoire à une liberté fondamentale, celle de s'unir devant la loi, d'imposer un numerus clausus au nombre de nos époux et de nos épouses!

Dès lors que l'on peut sanctionner du mot mariage n'importe quelle union sexuelle, sans référence à son utilité sociale ou à la tradition, pourquoi pas, en effet, le mariage polygamique? À l'appui de cette nouvelle extension de la notion de mariage, les avocats ne manqueraient pas d'invoquer aussi cet autre principe cher à nos idéologues: le respect de la diversité culturelle. N'est-ce pas de l'ethnocentrisme, clameraient-ils, d'imposer à nos immigrants la conception occidentale, monogamique, du mariage?

Égalité: combien d'attentats au simple bon sens, à nos traditions et à nos valeurs allons-nous encore commettre en ton nom, sous la couverture commode, parce qu'elle est élastique, de la Charte canadienne des droits et libertés? Tant qu'à délirer aux pieds de la nouvelle déesse, l'égalité, verrons-nous un jour nos bien-pensants exiger qu'on autorise les relations sexuelles entre adultes et mineurs pubères, au motif que leur interdiction actuelle est aussi une discrimination, fondée sur l'âge celle-ci? Nos gouvernements, qui tremblent quand un ayatollah de la rectitude politique fronce le sourcil, s'empresseraient alors, faites leur confiance, de proposer l'abrogation les lois qui s'y opposent.

On dira évidemment que j'exagère, que je délire. Pareille abdication du droit des mineurs à la protection, devant l'impératif idéologique de la non-discrimination, est en effet impensable aujourd'hui. Oui, mais dans quelques années? Qui aurait cru, il y a 20 ans, qu'on se proposerait un jour, dans ce pays, d'appeler mariage l'union de deux homosexuels? Le tabou social de l'inceste est sans doute le dernier qui tiendra le coup, mais qui dit que cette discrimination par le lien de famille n'apparaîtra pas un jour, elle aussi, absolument intolérable?

Ah! la discrimination! Voilà le grand mot lâché. Qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt public ou le simple bon sens, c'est elle le nouveau péché mortel, dans le nouveau catéchisme occidental, celui de la rectitude politique! C'est elle la Faute, avec un grand F! Elle voue aujourd'hui le pécheur à la vertueuse réprobation publique de nos nouveaux grands prêtres. Il y a des gens, trop de gens que cette perspective fait trembler, parmi nos élus. Ceux-ci feraient mieux de trembler, dans le cas précis qui nous occupe aujourd'hui, à la pensée de la réaction prévisible de nombre de leurs électeurs, s'ils votent en faveur de ce projet de loi.

Parlons de l'adoption d'enfants... Qu'elle soit déjà ou non autorisée aux couples de même sexe par la législation de leur province, la nouvelle loi la permettrait évidemment dans tout le Canada. Mais nous savons depuis Freud que l'enfant a besoin près de lui d'un père et d'une mère, parce qu'il lui faut une personne de son sexe comme modèle et d'une personne de l'autre sexe pour l'Oedipe. Les enfants adoptés par les couples de même sexe auront, eux, deux pères ou deux mères. Le résultat? Qui oserait le pronostiquer? Ces enfants seront des cobayes. (Nous aurons aussi sans doute quelques fâcheuses surprises, mais c'est là une autre histoire, quand les enfants de nos familles monoparentales atteindront, eux aussi, l'âge adulte.)

«Ce n'est pas le doute qui rend fou, disait Nietzsche, c'est la certitude.» Convaincus de tenir la Vérité, bien des intellectuels, en Occident, ont été tout à tour marxistes orthodoxes, puis maoïstes, puis soixante-huitards, puis tiers-mondistes, sans que la faillite de leurs utopies successives les aient le moins du monde découragés de passer de l'une à l'autre. Dans la même lignée généreuse et au nom cette fois de l'idéal égalitaire, nos hérauts du politiquement correct prennent aujourd'hui d'un coeur léger, avec la loi qu'ils veulent nous imposer, le risque de nous diriger vers une société déboussolée, où des mots clés ne voudront plus rien dire, à force de trop vouloir leur faire dire. Mais que leur importe! «Périssent trente mille hommes plutôt qu'un principe», disait je crois Frédéric II. Idéologie, quand tu nous tiens, on peut bien dire adieu valeurs, adieu bon sens, bonjour la décadence! Allons, réveillons-nous, que diable! Réveillez-vous, mes anciens collègues! Faites le calcul des voix en Chambre, tel qu'il s'annonce déjà: le résultat du vote dépend sans doute des députés du Bloc. C'est pour vous, mes amis, mes amies, une lourde responsabilité devant l'Histoire. Gagnez l'honneur de faire battre ce projet de loi dégradant. Votez contre.