Débat linguistique - En réponse à mes détracteurs

Mon idée de motiver tous les Québécois à savoir parler anglais a donné naissance à beaucoup de discussions parmi les lecteurs du Devoir depuis la publication de mon texte « Le Québec est devenu un “État ermite”» le 21 septembre dernier.

Toutefois, je note que personne ne s’est adressé à moi directement de façon négative à cause de mes opinions. J’accepte donc de débattre, car nous vivons dans une démocratie où seuls la pensée et le débat peuvent nous faire progresser de façon rationnelle. À l’intention de mes détracteurs, j’ai quelques questions à poser.


Si la formation universitaire est gratuite au Québec et que la langue des sciences et des affaires est l’anglais, est-ce que les étudiants de niveau collégial ne devraient pas être bien versés dans l’utilisation de la langue anglaise ? Si l’anglais est la langue mondiale, et non pas l’esperanto, chaque étudiant universitaire ne devrait-il pas être capable de l’utiliser ? La parler et l’écrire ?


Si nous voulons donner à tous les Québécois tous les outils pour tirer le meilleur parti de leurs vies, est-ce que l’anglais n’est pas une langue que nous devrions apprendre pour ne pas nous sentir exclus et afin que tous les Québécois francophones puissent sentir qu’ils ont droit à l’ensemble du Canada ?


Est-ce que le fait qu’on puisse apprendre l’anglais est opposé à notre capacité de parler le français ? Est-ce que notre capacité de parler deux langues n’est pas notre passeport vers le monde et le reste du Canada ? Est-ce que ça peut nous conduire vers de plus grands avancements et un meilleur potentiel de bénéfices, tout en nous assurant d’occasions plus significatives pour nos emplois ?


Est-ce que le fait de connaître l’anglais est un désavantage pour un francophone ? Est-ce que le fait de contraindre son apprentissage contribue à l’économie du Québec ?

 

Parler le français, entre autres


Je n’ai commencé à parler l’anglais que depuis 1941, mais le français depuis 1937. J’ai toujours conservé cette capacité de parler le français, mais je suis aussi fier et heureux de converser dans cinq langues !


J’ai pu profiter d’une ouverture vers le monde ! Pourquoi la dénier aux autres ?


L’opinion selon laquelle le français est en danger au Québec est un « mythe » et la langue anglaise, qu’on le veuille ou non, est une langue mondiale ; nous sommes destinés à vivre dans ce monde. Deux langues sont meilleures qu’une au XXIe siècle, et plus que deux, c’est encore mieux ! Cela ne veut pas dire que toute personne vivant au Québec ne doit pas parler le français aussi couramment que possible, et surtout ceux nés au Québec.


Je veux bien défendre le français, mais pas l’exclusion de la langue mondiale. Et surtout, il faut savoir parler anglais, car on vit au milieu d’un océan d’anglophones. Il faut donc parler deux langues, de même que dans tout autre pays, autre que là où l’anglais est la langue maternelle.

 

Des précisions


En passant, le tarif maximum de Jarislowsky Fraser Limitée que nous avons facturé a été de 0,5 % annuellement. Un lecteur du Devoir a mentionné 2 %. Les honoraires de Jarislowsky Fraser depuis 1955 ont été parmi les plus faibles, sinon les plus faibles de l’industrie, et ont été réduits au fil des années, alors que nos comptes devenaient de plus en plus importants.


Je dois vous remercier de vos interventions. C’est la logique qui est à la base de la pensée ! Un débat logique nourrit la compréhension. Descartes disait : « Je pense donc je suis. » Il n’a jamais dit : « Je ne pense pas et donc je ne suis pas. »

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

50 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 9 octobre 2012 05 h 59

    Polyglotte mais déconnecté...

    Mais les Québécois francophones sont déjà parmi les gens les plus bilingues du monde et tous les francophones connaissent au moins les rudiments de l'anglais!

    De quoi parlez-vous donc?

  • Catherine Paquet - Abonnée 9 octobre 2012 06 h 13

    Apprendre n'a jamais fait de mal à personne...

    Je soutiens que l'apprentissage et l'usage d'une ou de deux autres langues forcent inévitablement les individus à connaître et à respecter les règles qui régissent ces langues et l'amènent à mieux connaître et à respecter les règles de sa langue maternelle.

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 octobre 2012 10 h 42

      Vraiment? Alors pourquoi tant de Québécois prétendument bilingues et prétendument de langue maternelle française utilisent-ils les règles et les aires sémantiques de l'anglais quand ils parlent français, ceux qui passent des voitures, répondent une question, proposent deux alternatives, supportent les étudiants, sauvent les taxes?

    • Catherine Paquet - Abonnée 10 octobre 2012 07 h 46

      M. Auclair,

      Mon expérience m'apprend que ce ne sont pas majoritairement les citoyens qui ont appris correctement l'anglais qui utilisent les règles de l'anglais quanf ils parlent français. Ce seraient plutôt ceux qui ont appris l'anglais sur les trottoirs du voisinage...et qui ne connaissent pas davantage les règles du français. Même nos amis unilingues français et Québécois d souche "téléphone leur patron, soutiennent que leur père appartient un chalet" etc.

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 9 octobre 2012 06 h 22

    être bilingue est insufisant

    M.Jarislowsky, je dois premièrement reconnaitre positivement votre appel au débat.

    J'arai plus loin que vous dans le sens qu'être seulement bilingue est insuffisant, fut-ce avec l'anglais, langue à laquelle j'ai un peu de misère à consacrer le statut de langue mondiale. J'ai même un peu de misère à consacrer l'anglais comme lanue de communication inter-américaine, l'espagnol étant plus parlé sur notre continent.

    Montréal n'est pas une ville bilingue : une partie importante de sa population, comme vous et moi, sommes au moins trilingues et certains de ses quartiers n'ont pas l'anglais comme langue seconde mais bien le "latin montréalais".

    Je n'ai rien contre l'anglais, mais je m'inquiète du tout-à-l'anglais. Montréal fut fondée pour y rencontrer chinois et indiens, pour être un carrefour international, et être seulement bilingues est insuffisant pour y arriver.

    Peut-être qu'un moyen de se départir des ces vieilles réalités coloniales tout en améliorant notre position est d'agréer aussi, au même titre que l'anglais, l'espagnol.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 octobre 2012 12 h 17

      Pour ma part, j'aimerais bien qu'on puisse vivre et travailler à Montréal en ne sachant que la langue officielle. Tout le monde n'a pas besoin de liens quotidiens avec le monde anglophone ou hispanophone.

      Charte de la langue français, extrait du préambule:
      «L'Assemblée nationale reconnaît la volonté des Québécois d'assurer la qualité et le rayonnement de la langue française. Elle est donc résolue à faire du français la langue de l'État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires.

    • Clyde Paquin - Inscrit 9 octobre 2012 16 h 50

      Être bilingue est insuffisant pour quoi?! Pour qui?! Je connais des dizaines de personnes unilingues francophones qui ont ou réussissent très bien (personnellement, professionnellement)... votre raisonnement semble approprié pour certaines situations peut-être, pour certains emplois surtout. Il ne faudrait pas généraliser et préciser de quoi on parle. Et d'où sort cette idée que Montréal doit être ou est un ''carrefour international'', elle doit être trilingue?! À New York, dans une boutique, au travail, dans les lieux publiques, à l'école, on parle anglais. Ce devrait être la même chose ici pour le français.

    • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 9 octobre 2012 19 h 32

      @Sylvain:
      Vivre à Montréal et ne parler qu'anglais, c'est vivre à moitiée. Vivre à Montréal et ne parler que français, on doit pouvoir le faire, mais ce ne serait pas vivre pleinement.

      Dans une économie de plus en plus internationale, dans une ville de plus en plus cosmopolite, il faut s'attendre à rencontrer des partenaires économiques ou des touristes qui parlent anglais ; il faut aussi se préparer à bien pouvoir accueillir d'autres partenaires économiques de pays latinoaméricains, qui, eux, sont en plein essor.

      Si nous agréons et assumons aussi cette latinoaméricanitude de Montréal, si nous clamons notre position de carrefour panaméricain, économiquement on s'en sort mieux, et à défaut, en acquierant les notions de base en langues latines, on saura mieux conjuguer en français.

      Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Robert Beauchamp - Abonné 9 octobre 2012 08 h 22

    l,'anglais sans la menace

    M. Jarislowsky, je vous donhne raison sur toute la ligne, sauf qu'il un trou majeur dans votre argumentaire. Prenant exemple sur les pays scandinaves entre autres ou ailleurs à votre choix, les élèves de tous ces pays apprennent l'anglais et l'utilisent dès qu'ils sortent de la frontière. À LA DIFFÉRENCE, M. Jarislowski, au Danemark, même si tous peuvent s'expriment en anglais, la langue commune et d'affichage, c'est le Danois, en Suède c'est le Suédois pour tous les Suédois, de sorte que les élèves en viennent à maîtriser leur langue maternelle. Notre résistance est entretenue par un sentiment de menace parce qu'il y a méprise à notre égard vite franchi vers le mépris hélas.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 9 octobre 2012 08 h 35

    Le meilleur atout de Montréal

    Montréal rayonnera à travers le monde en raison de son bilinguisme et de son multiculturalisme, qui aident puissamment à la mobilité et à l'audace d'entreprendre de ses citoyens, pas à cause de deux ou trois vedettes chantant uniquement en français, par fidélité.
    Le commerce mondial a toujours eu besoin d'une langue pour le négoce, ce furent la lingua franca (mélange d'hébreu, latin, franc, turc... dans la Corne d'Or, devant Constantinople.), puis l'italien des Médicis, puis le français, puis l'anglais, et demain peut-être le mandarin. Il faudrait s'y faire plutôt que de s'accrocher à des peurs obsidionales.