Pour une poignée de dollars

Soyons sérieux. Au lieu de dire des âneries sur la misère des riches et d’annoncer la catastrophe de leur migration massive vers quelque paradis fiscal, regardons les chiffres en face.

Imaginons un cadre d’entreprise dont le salaire est de 145 000 $. Imaginons qu’il ait en outre une prime de rendement et quelques revenus de placements, voire des revenus de loyer, pour des gains totaux de 190 000 $. On ne parle pas ici d’un Warren Buffett ou d’un Bill Gates ; juste un citoyen ordinaire faisant partie de ce qu’on appelle la classe moyenne supérieure.


À 190 000 $, il a droit au maximum de REER. Attention : ce n’est pas une exemption d’impôt. C’est un revenu qu’il reporte (il ne le touchera que dans 10, 15 ou 20 ans), ce qui permet de reporter aussi l’impôt. Mais tôt ou tard, il le paiera.


Par contre, avec un bon conseiller financier, notre contribuable peut aussi adopter des stratégies fiscales qui lui permettront de déduire certains investissements dans des secteurs stratégiques, de réclamer divers crédits d’impôt, d’emprunter pour déduire des frais d’intérêt, etc. Bref, avec un peu de planification, il peut facilement réduire ses gains imposables à 150 000 $. À ce niveau, il paiera sans doute 50 000 $ aux deux ordres de gouvernement (fédéral et provincial), ce chiffre comprenant les diverses cotisations aux régimes d’assurance-emploi, de pension et de santé.


Marge de manoeuvre


C’est beaucoup, certes, mais ça lui laisse un revenu réel, après impôts et autres déductions, de 100 000 $. Avec ça, notre contribuable ne fait pas partie des richissimes, mais il peut vivre très confortablement. Comptez (en arrondissant tous les chiffres) ce que sa maison lui coûte (30 000 $ par an, si c’est une grosse maison qu’il n’a pas encore fini de payer), son chalet (12 000 $), son auto (7000 $), la bouffe de sa famille (10 000 $), les vêtements (10 000 $), les sorties (5000 $), les vacances (10 000 $ s’il ne se prive pas), les produits d’hygiène et les dépenses diverses.


Cela lui laisse une bonne marge de manoeuvre, environ 10 000 $ par année qu’il épargnera en prévision des coups durs. Notez que si son épouse travaille aussi et que ces dépenses sont partagées, ou si sa résidence est entièrement payée, c’est facilement 20 000 ou 25 000 $ que notre cadre d’entreprise pourra épargner année après année. À ce rythme, il faudra tout de même 15 bonnes années avant que ses REER et ses épargnes fassent de lui un retraité millionnaire. Je l’ai dit, on ne parle pas ici d’un cas de richesse scandaleuse.


Pour un iPad


Regardons maintenant le triste sort que le PQ lui promet. Désormais, l’impôt sur portion de son revenu imposable qui dépasse 130 000 $ sera haussé de 3 %. Notre homme devra payer en fin de compte 600 $ de plus.


Oui, vous avez bien lu : 600 $ de plus pour financer la santé. Me semble que ce n’est pas cher payé. À peine le prix d’un iPad. Notre personnage type verra sa marge de manoeuvre passer de 10 000 à 9400 $ (ou de 25 000 à 24 400 $ si sa conjointe travaille ou si sa maison est payée). Bien sûr, il peut déménager en Ontario, et payer 2000 $ de plus en frais de transport. Ou aux États-Unis s’il y trouve un emploi équivalent… et si ça ne le dérange pas de payer 6000 $ pour une assurance maladie privée !


Personnellement, je ne crois pas habile de changer les règles d’imposition des gains en capital sans donner aux gens le temps d’ajuster leurs stratégies de retraite. Mais l’ajout de deux niveaux supplémentaires dans nos tables d’impôt me semble une mesure anodine. Et somme toute bien plus juste qu’une taxe santé de 200 $ pour tous. Cessons d’en faire tout un plat.

13 commentaires
  • Claude Paré - Inscrit 28 septembre 2012 04 h 37

    En fait un peu moins

    En fait puisque la taxe santé s'appliquait, soit $200 pour un couple, la hausse réelle est de $400. Mr Fournier clâme qu'il ne veut pas de hausse d'Impôt mais la taxe santé est une hausse d'impôts et l'abolition de la taxe santé est une baisse d'impôts...rétroactive.

  • François Dugal - Inscrit 28 septembre 2012 07 h 42

    La clientèle

    La clientèle du PLQ: la voici.

  • Dominic Cliche - Inscrit 28 septembre 2012 10 h 01

    Où est passé le 40,000$ ?

    Vous dites que l'individu en question aurait un revenu disponible réel net de 100,000$. Mais vous aviez déduit 40,000$ de son revenu total brut pour obtenir son revenu imposable. Cet argent n'a pas disparu de ses poches parce qu'il n'est pas compris dans son revenu imposable! (Sinon, personne ne demanderait de déductions...)

    Le revenu net est plutôt de 140,000$ pour cet individu. Je vous laisse calculer la nouvelle marge de manoeuvre.

  • Pierre Bonin - Inscrite 28 septembre 2012 10 h 59

    Baisse d'impôt rétroactive.

    En fait c'est ça. Cinq millions de Québécois verront leur impôt baisser de 200$ rétroactivement et on n'en a cure chez les libéraux. Par contre 150,000 Québécois parmi les plus riches devront payer un peu plus et l'on en fait tout un drame, de l'angoisse fiscale selon J.M. Fournier.

    Il me semble qu'un bon gouvernement doit toujours prendre en compte le bien commun de l'ensemble de la population. C'est exactement ce que fait le gouvernement Marois et on a l'indécence de lui reprocher on va même jusqu'à menacer de faire tomber rapidement ce gouvernement.

    Eh bien s'il le faut nous retournerons en élection et cette fois c'est de façon majoritaire que nous remettrons le parti Québécois au pouvoir.

    A bon entendeur, salut.

  • Jean-Francois Poitras - Inscrit 28 septembre 2012 14 h 35

    Parlons d'âneries ...

    En sommes-nous rendus à déterminer quel devrait être le budget des "riches" pour faire avaler à toute la population qu'ils ont la capacité de payer? Si c'est le cas, j'aimerais que le même exercice s'applique au moins nantis; nous y trouverions certainement un 200$ par année qui traine ici ou là. Tenez-vous le pour dit, je trouve aussi qu'une taxe de 200$ par individu, peu importe son revenu, n'est pas équitable, mais n'allez pas dire aux autres comment arranger boire le verre d'eau pour que la pillule passe mieux...

    La vraie question n'a rien à voir avec la capacité de payer des riches, car il me semble évident que ce n'est pas une hausse de 600$ qui mettra en faillite nos citoyens les mieux nantis. Par ailleurs, je ne suis pas certain que le montant n'est que de 600$ pour les plus de 150k$, autrement la mesure annoncée par le PQ ne balance tout simplement pas (200$ de moins à 97% de la population contre (600+200)$ pour 3% de la population). Le "juste 600$ de plus par année" me semble donc de la désinformation destinée à monter la classe pauvre et moyenne contre les riches. Diviser pour conquérir?

    Demandons-nous plutôt si nous voulons continuer de financer nos services et notre déficit en pigeant dans les poches de nos citoyens. N'y aurait-il pas lieu d'épuiser toutes les autres solutions avant de demander aux citoyens d'en faire plus pour la patrie? L'évasion fiscale et l'ineffience de nos systèmes publics et parapublics pour ne nommer que celles-là, me semblent être de meilleures cibles où collecter les fonds nécessaires au financement de nos services et infrastructures.

    Arrêtez d'ajouter du bois et servez-vous du tisonnier ...

    • ROCH AMYOTTE - Inscrit 29 septembre 2012 02 h 14

      très bonne réponse