Réponse à Stephen A. Jarislowsky - Travailler ensemble à protéger le français

Manifestation pour un affichage en français dans les commerces de Montréal. Au Québec, la langue française est très vulnérable à partir du moment où on ne se préoccupe plus de lui donner la priorité chez nous, affirme l’auteur.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Manifestation pour un affichage en français dans les commerces de Montréal. Au Québec, la langue française est très vulnérable à partir du moment où on ne se préoccupe plus de lui donner la priorité chez nous, affirme l’auteur.

Monsieur Jarislowsky,


J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre texte dans Le Devoir du 21 septembre dernier où vous faites un tour de la planète pour tenter de démontrer que le Québec devient un « État-ermite ».

Il n’est pas surprenant, d’ailleurs, de voir apparaître de tels propos de la part d’un membre émérite de la communauté des affaires anglophone au lendemain de l’élection du Parti québécois. Décidément, l’épouvantail de la peur est toujours aussi prompt à s’activer lorsque les Québécois se manifestent autrement que ce que souhaite la communauté anglophone. On n’a pas eu le plaisir de vous lire très souvent, sur ce sujet, au cours des neuf dernières années…


Vous avez acquis une excellente réputation et une grande notoriété dans le domaine de la finance, et vos précieux conseils pour des placements judicieux sont très appréciés. Mais en ce qui regarde votre analyse de l’état de la langue française au Québec, vous n’y êtes pas du tout.


En bon gestionnaire de portefeuilles, vous n’êtes pas sans savoir l’importance de faire de bons « placements » afin de bien préserver ses « intérêts » et d’éviter de perdre des « acquis ».


Langue en danger


Le « Schwizerdütsch » n’est pas en danger en Suisse, comme vous le dites. L’allemand n’est pas en danger en Allemagne. Le russe n’est pas en danger en Russie. Le danois n’est pas en danger au Danemark et le chinois n’est pas en danger en Chine. Et je pourrais continuer avec la presque totalité des pays.


Mais au Québec, ce que vous ne semblez pas vouloir comprendre, la langue française est très vulnérable (et ce n’est pas un mythe comme vous le dites) à partir du moment où on ne se préoccupe plus de lui donner la priorité chez nous. Au contraire, il est impératif de faire les bons « placements » linguistiques afin de bien préserver nos « intérêts » culturels et ne pas perdre nos « acquis » dans un monde nord-américain anglophone.


Prétendre que le Québec veut garder son peuple dans l’ignorance parce qu’on établit des lois pour protéger la langue française est faire preuve… d’ignorance ; surtout ajouter que les Québécois qui ne sont pas bilingues sont « condamnés à occuper des emplois peu rémunérés ». Non, mais, quelle condescendance !

 

Culture unique


Les anglophones du Québec devraient se réjouir, au contraire, de notre volonté de préserver notre culture francophone, car elle est un paravent culturel à la culture américaine anglophone qui envahit tout le Canada. Eh oui. Au moins au Québec, vous êtes assurés d’y trouver une culture unique et fière de ses origines. Ce qui devrait vous inciter à voter PQ…


Évidemment, on pourrait parler de la culture franco-ontarienne, franco-manitobaine, acadienne et de toutes ces autres cultures francophones qui tentent de survivre dans le ROC et qui sont autant d’exemples d’une culture rayonnante autre que la culture anglo-saxonne.


Le peuple québécois est hautement et fort bien représenté à travers le monde par ses nombreux leaders francophones dans les domaines des affaires, de la culture, de la science, de l’éducation et bien d’autres. Cependant, le Québec n’est pas la Suisse et la Suisse n’est pas le Québec, et c’est tant mieux. Nous vivons et assumons très bien nos différences.


Alors, Monsieur Jarislowsky, plutôt que de casser du sucre sur le dos des Québécois, pourquoi la communauté anglophone ne travaillerait-elle pas à faire en sorte que le français demeure très vivant au Québec et reconnaître que cette langue, si belle, qui est la nôtre, demeure un joyau dans la mosaïque culturelle nord-américaine ? Le français au Québec ne doit pas devenir de l’histoire ancienne.


Quant à la langue anglaise, elle n’est pas en danger chez nous. Et ce n’est pas un mythe.

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13 commentaires
  • Fernand Lachaine - Inscrit 27 septembre 2012 07 h 16

    Vous me faites rire.

    Vous me faites rire, monsieur Guindon, avec vos appels genre grand-papa à la communauté anglophone. Vous êtes de Gatineau donc vous devriez savoir que la langue française pour les anglophones et surtout les riches anglophones ne fait pas partie de leurs soucis.
    Ce qui inquiète un peu plus ce monsieur riche c'est la baisse des actions ( les siennes et ses actionnaires) en raison de la fin du Plan Nord pour les amis du PLQ, la fin de la mine d'Asbestos, la fin du développement du gaz de schiste, la fin de GentillyII.
    En d'autres mots, le développement de nos ressources de façon à en faire bénificier TOUS les citoyens du Québec est inquiètant pour monsieur Jarislowski.
    L'affaire de la langue française n'est que prétexte pour attaquer le PQ.

    • Mercier Frederic - Inscrit 1 octobre 2012 22 h 06

      M. Guindon, votre lettre est si bonne que j'en ai traduit l'essentiel et je l'ai ajoutée aux commentaires sur le site du Globe & Mail:

      Mr Jarislowsky,

      It is not surprising to see such remarks from a highly skilled member of the anglophone community of the businesses shortly after the election of the PQ.

      Definitely, the scarecrow of fear is always prompt to appear when the Quebeckers act and choose differently than what the anglophone community wishes them to.

      We haven't bee reading much from you on this subject, in the last 9 years, have we?

      The “Schwizerdütsch” is not in danger in Switzerland. German is not in danger in Germany. Russian is not in danger in Russia. Danish is not in danger in Denmark and Chinese is not in danger in China. And I could continue with almost the totality of the countries.

      But in Quebec, what you do not seem to understand is that the French language is very vulnerable if not given priority.

      As a good manager, you ARE aware of the imperative to make the good linguistic “placements” in order to preserve our cultural “interests” and not lose our “assets” in an anglophone North-America.

      To claim that Quebec wants to keep its people in ignorance because it establishes laws to protect the French language is … ignorant; even more when you add that the Inhabitants of Quebec who are not bilingual “are condemned to occupy low remunerated employment”.
      What a condescening elitism!

      Then, Sir, "plutôt que de casser du sucre" on the Quebecker's back, why wouldn't the anglophone community contribute to keep alive in Quebec such a beautiful language so it remains a jewel in the North-American cultural mosaic? As for the English language, it is not in danger in Québec.
      And this is not a “myth”.

  • Raymond Labelle - Abonné 27 septembre 2012 07 h 36

    Démonstration que le français est menacé.

    Entre 2001 et 2006, en cinq ans à peine, la population de langue maternelle française a diminué de 1% - du jamais vu depuis les débuts des recensements en 1867! Cette perte de 1% est relative à la population totale du Québec. En nombre, entre 2001 et 2006, la population qui utilise le français comme principale langue à la maison a cru de 1,5% alors que celle qui utilise l’anglais a cru de 5,7% (voir http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&Ne ) Une telle perte n’a été vu que sur une période de 20 ans (entre 1951 et 1971). C’est cette perte en 20 ans qui a incité même le PLQ à adopter la loi 22. Que conclure d’une perte semblable en cinq ans entre 2001 et 2006? (Détails : http://www.vigile.net/Degringolade-du-francais )

    Nous attendons les résultats du recensement de 2011, mais la cause est entendue. Il faut revaloriser le français comme langue de communication publique, comme langue de travail et comme langue d’éducation. La langue de travail est particulièrement importante pour intégrer les non-francophones, voire empêcher les francophones eux-mêmes de s’assimiler.

    Si un jour l’intégration des allophones au français se faisait de façon naturelle, de la même façon et dans la même proportion que les allophones finissent par s’intégrer à l’anglais ailleurs au Canada (nous pourrions ajouter « et au Québec »), je serai le premier à me réjouir de ce que de telles lois ne soient plus nécessaires et qu’on puisse les abroger. Il faut respecter la minorité anglophone, il faut respecter les allophones, mais il faut aussi se respecter soi-même.

  • Bernard Terreault - Abonné 27 septembre 2012 08 h 17

    Le mythe Jarislowski

    Depuis plusieurs annèes, les fonds gérés par Jarislowski Fraser ont un rendement bien médiocre et ils coûtent très cher (2%) en frais de gestion. Il a peut-être ètè à une époque un gourou de la finance, mais aujourd'hui son jugement financier est au niveau de son jugement politique !

    • Réal Giguère - Inscrit 27 septembre 2012 08 h 43

      Je suis allé sur leur site et je ne trouve pas leur performance

      Beaucoup de blablas,mais aucun résultat

      http://www.jfl.ca/Francais/Apercu.html

    • Bernard Terreault - Abonné 27 septembre 2012 12 h 42

      @M. Giguère : je possède (malheureusement) de ses fonds d'actions canadiennes qui m'avaient été vantès par mon courtier il y a cinq ans. Depuis ce temps, ces fonds ont fait un peu moins bien que la moyenne du TSX. Cela m'a été confirmé par un autre courtier. Il n'y a pas de quoi pavoiser !

    • Raymond Labelle - Abonné 27 septembre 2012 15 h 58

      Avec les crises financières que nous avons connues, les obligations d'épargne du Québec ont rapporté plus! :0).

  • Michel Lemay - Inscrit 27 septembre 2012 10 h 07

    Bon sens

    Beaucoup de dogmatisme de part et d'autre.
    La langue française demeure le liant qui cimente la société québécoise.
    L'anglais doit être maîtriser par tous pour qui veut ouvrir son horizon.
    Monsieur Jarislowski avec justesse met en garde ses concitoyens sur le niveau catastrophique des finances publiques et personnelles. Mettons autant d'effort à retrouver l'équilibre économique que linguistique.
    Michel Lemay
    Drummondville

  • Jean-Pierre Gascon - Inscrit 27 septembre 2012 12 h 15

    IL faut ne pas perdre notre énergie à convaincre les fantômes de Lord Durahm de la précarité de la langue française au Québec, cet ermite entouré de 350 millions d'anglophones, alors que leur objectif est par la peur tenter de convaincre les francophones d'abandonner eux-mêmes leur identité, vendre leur âme pour le Veau d'Or anglo britanique et américain.
    La France l'ermite est entourée de 700 milions de non parlant français, devrait-elle abandonnée sa langue nationale au profit du même Veau d'Or ?