Gentilly or Not to Be - Pourquoi nous appuyons le Dr Notebaert

Photo de la centrale nucléaire de Gentilly-2, à Bécancour près de Trois- Rivières, tirée du documentaire Gentilly or Not to Be.
Photo: Télé-Québec Photo de la centrale nucléaire de Gentilly-2, à Bécancour près de Trois- Rivières, tirée du documentaire Gentilly or Not to Be.

Depuis quelques années, au Canada, les climatologues, les chercheurs en sciences de l’environnement et bien d’autres scientifiques sont victimes de musellement et d’intimidation systématique de la part du gouvernement fédéral et d’intérêts économiques puissants. Les scientifiques qui osent prendre la parole et remettre en question les dogmes imposés par des intérêts politiques et économiques voient déferler sur eux des vagues de représailles qui peuvent parfois détruire leur carrière. Le phénomène est tellement répandu qu’Al Gore l’a qualifié d’assaut contre la science et la raison.


C’est pourquoi nous estimons nécessaire de prendre la parole aujourd’hui pour défendre l’un de ces scientifiques, le Dr Éric Notebaert, pris à partie pour avoir soulevé des questions fondamentales pour la santé publique dans le film Gentilly or not to be. Le Dr Notebaert est membre de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement. Il fait également partie du cercle scientifique David Suzuki dont la mission est de renforcer la place de la science dans nos débats publics sur les questions d’environnement.


Remettre en question un dogme


Quel est son crime ? Celui d’avoir remis en question le dogme qui veut que la centrale nucléaire de Gentilly 2 soit totalement sécuritaire et n’ait aucune incidence sur la santé publique. Le Dr Notebaert évoque des études épidémiologiques réalisées en Europe et au Canada qui démontrent une incidence plus grande de certains cancers, dont la leucémie à proximité des centrales. Une de ces études, publiée il y a quelques années, a contribué à l’abandon du nucléaire en Allemagne.


La question que le Dr Notebaert pose est importante : se pourrait-il que les résultats obtenus à l’étranger soient valides au Québec aussi ? La réponse de la direction de la santé publique du Québec et de la Commission canadienne de sûreté nucléaire est : impossible. L’argument clé ? Les résultats mesurés à proximité de Gentilly 2 ne sont pas statistiquement significatifs.


Cela est vrai : la population vivant aux environs de la centrale est trop petite pour permettre de réaliser une étude épidémiologique dont les résultats seraient concluants. Donc on ne peut prouver que Gentilly 2 est néfaste pour la santé humaine. À l’opposé, on ne pourra jamais prouver statistiquement son innocuité. Et pourtant les autorités en place maintiennent mordicus le dogme de l’innocuité.


On soutient également que les études publiées à ce jour n’ont pu démontrer de lien de causalité entre la proximité d’une centrale nucléaire et les cancers observés. Lorsqu’on connaît la difficulté d’attribuer une cause unique à l’apparition d’un cancer, il est étonnant que l’on utilise cet argument qui rappelle ceux des fabricants de cigarettes il y a une génération. Les concentrations de cancer autour des centrales sont-elles uniquement le fruit du hasard ?


Quels sont les faits ? Premièrement, toute exposition accrue à des radiations augmente le risque de cancers. Ensuite, le réacteur Candu de la centrale de Gentilly 2 émet de 20 à 30 fois plus de tritium (de la vapeur d’eau radioactive) que n’importe quel autre réacteur dans le monde. On tolère au Canada des normes d’émissions de radioactivité dans l’air et dans l’eau 500 fois plus élevées qu’en Californie, 10 fois plus élevées qu’en Europe. C’est donc un fait que les Canadiens sont exposés à un niveau de radiation plus élevé que les Californiens ou les Européens.


Est-il raisonnable, dans ces circonstances, de s’interroger sur les effets de cette exposition radioactive sur la santé des personnes vivant à proximité de Gentilly 2 ? Si on note en Allemagne une incidence accrue de leucémies près des centrales nucléaires, est-il raisonnable de penser que le même phénomène puisse se produire au Québec où l’exposition aux radiations est dix fois plus élevée ? Ou devrions-nous simplement discréditer celui qui pose cette question que l’on ne saurait entendre ?


Devant une question d’aussi grande importance pour la santé publique, on s’attendrait de la Commission canadienne de la sûreté nucléaire (CCSN) qu’elle suspende la construction de nouvelles centrales et qu’elle déclenche une grande étude indépendante pour connaître le fond de la question. Au lieu de cela, son président, Michael Binder, a choisi d’écrire une lettre ouverte pour discréditer le film et le Dr Notebaert. Quel manque de responsabilité !

 

Industrie du secret


La CCSN a perdu beaucoup de crédibilité depuis le congédiement en 2008 par le gouvernement conservateur de sa présidente précédente, Linda Keen, qui s’opposait à la réouverture de la centrale de Chalk River pour des raisons de sécurité. Aujourd’hui, la commission s’emploie plus à promouvoir l’industrie nucléaire et à défendre des normes parmi les plus laxistes au monde qu’à protéger la santé du public. Pas étonnant que cet organisme soit l’un des seuls qui n’aient pas été abolis par le gouvernement le printemps dernier.


De tout temps, les scientifiques qui osent poser des questions ont subi les attaques des intérêts qu’ils mettaient en péril. Jadis, c’était l’Église qui lançait des anathèmes. Aujourd’hui, ce sont les industries et les agences gouvernementales qui les protègent. L’histoire de l’industrie nucléaire à travers le monde est basée sur le secret, et nous ne saurons jamais vraiment combien cette industrie a fait de victimes depuis la fission du premier atome.


Le Dr Notebaert a eu le courage de poser les bonnes questions et d’insister pour qu’en l’absence de données concluantes, le principe de précaution nous guide pour ne pas exposer inutilement nos concitoyens à des radiations. Il mérite notre respect et il fait honneur à sa profession.

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