Gentilly or Not to Be - Pourquoi nous appuyons le Dr Notebaert

Photo de la centrale nucléaire de Gentilly-2, à Bécancour près de Trois- Rivières, tirée du documentaire Gentilly or Not to Be.
Photo: Télé-Québec Photo de la centrale nucléaire de Gentilly-2, à Bécancour près de Trois- Rivières, tirée du documentaire Gentilly or Not to Be.

Il y a 500 ans, l’astronome Nicolas Copernic a été excommunié par l’Église pour avoir remis en question le dogme de la place centrale de la Terre au centre de l’univers. De tout temps, les scientifiques ont été victimes d’intimidation et de répression pour avoir soulevé des questions légitimes et importantes.

Depuis quelques années, au Canada, les climatologues, les chercheurs en sciences de l’environnement et bien d’autres scientifiques sont victimes de musellement et d’intimidation systématique de la part du gouvernement fédéral et d’intérêts économiques puissants. Les scientifiques qui osent prendre la parole et remettre en question les dogmes imposés par des intérêts politiques et économiques voient déferler sur eux des vagues de représailles qui peuvent parfois détruire leur carrière. Le phénomène est tellement répandu qu’Al Gore l’a qualifié d’assaut contre la science et la raison.


C’est pourquoi nous estimons nécessaire de prendre la parole aujourd’hui pour défendre l’un de ces scientifiques, le Dr Éric Notebaert, pris à partie pour avoir soulevé des questions fondamentales pour la santé publique dans le film Gentilly or not to be. Le Dr Notebaert est membre de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement. Il fait également partie du cercle scientifique David Suzuki dont la mission est de renforcer la place de la science dans nos débats publics sur les questions d’environnement.


Remettre en question un dogme


Quel est son crime ? Celui d’avoir remis en question le dogme qui veut que la centrale nucléaire de Gentilly 2 soit totalement sécuritaire et n’ait aucune incidence sur la santé publique. Le Dr Notebaert évoque des études épidémiologiques réalisées en Europe et au Canada qui démontrent une incidence plus grande de certains cancers, dont la leucémie à proximité des centrales. Une de ces études, publiée il y a quelques années, a contribué à l’abandon du nucléaire en Allemagne.


La question que le Dr Notebaert pose est importante : se pourrait-il que les résultats obtenus à l’étranger soient valides au Québec aussi ? La réponse de la direction de la santé publique du Québec et de la Commission canadienne de sûreté nucléaire est : impossible. L’argument clé ? Les résultats mesurés à proximité de Gentilly 2 ne sont pas statistiquement significatifs.


Cela est vrai : la population vivant aux environs de la centrale est trop petite pour permettre de réaliser une étude épidémiologique dont les résultats seraient concluants. Donc on ne peut prouver que Gentilly 2 est néfaste pour la santé humaine. À l’opposé, on ne pourra jamais prouver statistiquement son innocuité. Et pourtant les autorités en place maintiennent mordicus le dogme de l’innocuité.


On soutient également que les études publiées à ce jour n’ont pu démontrer de lien de causalité entre la proximité d’une centrale nucléaire et les cancers observés. Lorsqu’on connaît la difficulté d’attribuer une cause unique à l’apparition d’un cancer, il est étonnant que l’on utilise cet argument qui rappelle ceux des fabricants de cigarettes il y a une génération. Les concentrations de cancer autour des centrales sont-elles uniquement le fruit du hasard ?


Quels sont les faits ? Premièrement, toute exposition accrue à des radiations augmente le risque de cancers. Ensuite, le réacteur Candu de la centrale de Gentilly 2 émet de 20 à 30 fois plus de tritium (de la vapeur d’eau radioactive) que n’importe quel autre réacteur dans le monde. On tolère au Canada des normes d’émissions de radioactivité dans l’air et dans l’eau 500 fois plus élevées qu’en Californie, 10 fois plus élevées qu’en Europe. C’est donc un fait que les Canadiens sont exposés à un niveau de radiation plus élevé que les Californiens ou les Européens.


Est-il raisonnable, dans ces circonstances, de s’interroger sur les effets de cette exposition radioactive sur la santé des personnes vivant à proximité de Gentilly 2 ? Si on note en Allemagne une incidence accrue de leucémies près des centrales nucléaires, est-il raisonnable de penser que le même phénomène puisse se produire au Québec où l’exposition aux radiations est dix fois plus élevée ? Ou devrions-nous simplement discréditer celui qui pose cette question que l’on ne saurait entendre ?


Devant une question d’aussi grande importance pour la santé publique, on s’attendrait de la Commission canadienne de la sûreté nucléaire (CCSN) qu’elle suspende la construction de nouvelles centrales et qu’elle déclenche une grande étude indépendante pour connaître le fond de la question. Au lieu de cela, son président, Michael Binder, a choisi d’écrire une lettre ouverte pour discréditer le film et le Dr Notebaert. Quel manque de responsabilité !

 

Industrie du secret


La CCSN a perdu beaucoup de crédibilité depuis le congédiement en 2008 par le gouvernement conservateur de sa présidente précédente, Linda Keen, qui s’opposait à la réouverture de la centrale de Chalk River pour des raisons de sécurité. Aujourd’hui, la commission s’emploie plus à promouvoir l’industrie nucléaire et à défendre des normes parmi les plus laxistes au monde qu’à protéger la santé du public. Pas étonnant que cet organisme soit l’un des seuls qui n’aient pas été abolis par le gouvernement le printemps dernier.


De tout temps, les scientifiques qui osent poser des questions ont subi les attaques des intérêts qu’ils mettaient en péril. Jadis, c’était l’Église qui lançait des anathèmes. Aujourd’hui, ce sont les industries et les agences gouvernementales qui les protègent. L’histoire de l’industrie nucléaire à travers le monde est basée sur le secret, et nous ne saurons jamais vraiment combien cette industrie a fait de victimes depuis la fission du premier atome.


Le Dr Notebaert a eu le courage de poser les bonnes questions et d’insister pour qu’en l’absence de données concluantes, le principe de précaution nous guide pour ne pas exposer inutilement nos concitoyens à des radiations. Il mérite notre respect et il fait honneur à sa profession.

37 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 18 septembre 2012 06 h 11

    Il y devrait toujours y avoir une différence...

    et une différence énorme entre poser une question et affirmer une vérité scientifique.

    • Yvan Dutil - Inscrit 18 septembre 2012 06 h 58

      100 % d'accord!

    • André Chevalier - Abonné 18 septembre 2012 07 h 56

      Mais encore ?...

    • France Marcotte - Abonnée 18 septembre 2012 07 h 57

      «Cela est vrai : la population vivant aux environs de la centrale est trop petite pour permettre de réaliser une étude épidémiologique dont les résultats seraient concluants. Donc on ne peut prouver que Gentilly 2 est néfaste pour la santé humaine. À l’opposé, on ne pourra jamais prouver statistiquement son innocuité. Et pourtant les autorités en place maintiennent mordicus le dogme de l’innocuité», disent les auteurs.

      Voilà la pensée scientifique: elle prend en compte tous les points de vue car elle cherche la vérité.

    • Emmanuel Rousseau - Inscrit 18 septembre 2012 09 h 21

      Il n'y a pas de vérités scientifiques. Qui croie qu'il y a une démontre sa propre ignorance. La science n'est qu'un moyen de rechercher un concensus, ce qui peut-être observé par tous s'avère donc une mesure qui permet d'agir d'une certaine manière.

    • France Marcotte - Abonnée 18 septembre 2012 10 h 03

      «La terre est ronde plutôt que plate», cela s'approche-t-il d'une certaine vérité?

      On peut certainement tendre vers une certaine vérité, ou s'en éloigner, plus ou moins volontairement, ça, c'est certain.

    • Yvan Dutil - Inscrit 18 septembre 2012 10 h 33

      Monsieur Rousseau, vous tenez un discours post-moderniste qui permet d'occulter les idées qui ne font pas notre affaire. Il y a des vérités scientifiques dans le sens qu'il y a des théories qui fonctionnent et d'autres pas. Si la physique de l'état solide et la théorie électromagnétique n'étaient pas vraie, on ne pourrait discuter sur internet.

    • Danny Garant - Inscrit 18 septembre 2012 17 h 02

      Monsieur Rousseau, il y a des vérités en science, mais on appelle cela des lois. Une hypothèse devient une loi lorsqu'elle a pu être demontré par des expériences répétés et répétable et que cette loi nous permet de prédire le résultat d'un système sans devoir répété l'expérience.
      Il y aussi des hypothèses, comme celle d'Avogadro, qui permette de faire des calculs prédictifs sans pour autant avoir pu le démontrer par des expériences répétés.

  • André Chevalier - Abonné 18 septembre 2012 06 h 38

    Erreur, monsieur Suzuki!

    Copernic n'a jamais été excommunié par l'Église catholique, au contraire. Vous vous mêlez avec Galilée. Venant de vous, monsieur Suzuki, une telle erreur est surprenante.

    De plus, Galilée a été pris à partie par les autorités ecclésiastique et non par les scientifiques de son temps parce qu'il affirmait que la bible n'est pas une source de connaissance valable pour la science.
    Donc d'invoquer cet épisode de l'histoire n'est pas approprié et, à quelque part, malhonnête intellectuellement.

    Ici, il s'agit d'un débat entre scientifiques. Qui croire? Or les relevés sur le taux de radioactivité émise dans l'environnement de la centrale indiquent un taux de dizaines de fois inférieurs à la radioactivité naturelle ambiante, donc insignifiant.

    Centrer le débat là-dessus détourne l'attention du véritable problème qui est qu'on ne sait pas quoi faire avec les déchets nucléaires et qu'on ne peut garantir qu'il n'y aura jamais d'accident majeur. En plus, on sait déjà que cette centrale n'est pas et ne sera jamais rentable dans le contexte québécois.

    Il y a danger que si la position des opposants à la centrale tels que le Dr Notebaert est contredite par les faits, ce qui risque d'arriver, ils perdent leur crédibilité pour débattre de la question.

  • France Marcotte - Abonnée 18 septembre 2012 07 h 49

    Son crime: poser une question que l'on ne saurait entendre

    Cela paraît évident aujourd'hui mais à l'époque de Copernic aussi l'omniprésence de la pensée irrationnelle devait faire peser un épais brouillard sur la vérité.

    Maintenant, pensée magique, déni, discours contradictoires, pression des groupes d'intérêt ont remplacé l'obscurantisme religieux mais les scientifiques n'en sont pas moins nos phares dans la nuit, ignorés comme il y a 500 ans.

    Plus les temps s'obscurcissent plus les scientifiques sont précieux.
    Vous avez toute mon admiration.

  • François Ricard - Inscrit 18 septembre 2012 08 h 06

    Jean-Martin Aussant

    Il est bon de rappeler que Jean-Martin Aussant, durant la dernière campagne électorale dans Nicolet-Bécancour, n'a pas craint de proposer le déclassement de cette centrale nucléaire. De façon claire et souvent répétée.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 18 septembre 2012 11 h 00

      Il en a payer le prix fort. Le électeurs de Nicolet Bécancour on préférés voter pour un parti qui leur promettait de protéger leur emploi, indépendamment de tout autres facteur économique ou environnemental.

      Pas facile de faire de la politique autrement, quand les électeurs ne suivent pas.

  • Yvan Dutil - Inscrit 18 septembre 2012 08 h 20

    La peur comme outil d'aide à la décision

    Premier point: les médecins ne sont pas à la base formé pour être des scientifiques, mais exactement le contraire d'un scientifique.

    D'autre part, si une hypothèse vient en contradiction avec ce que l'on sait de la physique (et dans certains cas de l'arithmétique), il y a 99.999999% de chance que cette hypothèse soit fausse. Si on appliquait ce simple principe, les études alarmistes sur les radiations à faibles doses ainsi que celles pourtant ses les champs électromagétique prendraient le bords. L'homéopathie suivrait aussi le même chemin.

    Le problème avec ce genre de discours c'est que TOUS les arguments ont exactement la même valeurs. En effet, on évite soigneusement de quantifier les phénomènes dont on parle. Ainsi, il faudrait que les radiations émises par les centrales nucléaires soient, par un processus magique, 1000 à 10000 fois plus dangereuses que les radiations naturelles. Car, c'est de ce dont on parle quand on utilise un argument du type "il n'y a aucune dose de radiation qui ne présente pas de risque".

    Dans le même ordre d'idée, on utilise la théorie du complot pour réfuter tous les arguments contraires à notre théorie surtout si la majorité s'opposent à notre position. Incidemment, c'est exactement la même stratégie utilisé par les climatosceptiques. Pour renforcer, cette image, on s'identifie à Galilée oppresé par le système.

    Je note au passage qu'ici on s'identifie à Copernicqui aurait été supposéement persécuté et excomunié par l'Églie pour sa théorie héliocentrique. Le problème est que c'est une affirmation totalement fausse. La théorie Copernicienne n'a jamais été contestée de son vivant! Cela en dit long sur la fiabilité des arguements utilisés.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 18 septembre 2012 09 h 16

      "Le Dr Notebaert évoque des études épidémiologiques réalisées en Europe et au Canada qui démontrent une incidence plus grande de certains cancers, dont la leucémie à proximité des centrales."

      En autant que je sache, personne n'a dit que cette affirmation était fausse.

      On argumente autour que la question si cela serait causé par la proximité des centrales nucléaires ou non. Effectivement, la relation de cause à effet n'a pas été démontré scientifiquement. Mais la non-relation n'a pas été démontré non plus.

      Je veux bien qu'on dise que les centrales n'ont rien à y voir. Toutefois, j'aimerais bien qu'on me présente d'autres théories qui pourrait expliquer ce taux plus élevé de cancer. Pour l'instant, on nous dit que cela ne serait qu'une anomalie statistique. J'avoue que je demeure un peu sceptique devant cette explication, qui me paraît un peu facile.

      "La théorie Copernicienne n'a jamais été contestée de son vivant! Cela en dit long sur la fiabilité des arguements utilisés."

      Il ne faudrait quand même pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il y a effectivement eu confusion sur la personne: Copernic vs Galilée. Cela n'en discrédite toutefois pas la validité de l'argument. Soit que des "intérêts privés" ont souvent intérêt à discréditer ou nier le travail de scientifiques. Que ce soit l'Église catholique ou une industrie qui brasse des milliards (tabac, pétrolière, nucléaire, etc...), on défend ses propres intérêts bec et ongles.

      Quand les gourrnements sont perçus comme étant en collusion avec ces "forces", il y a un terrain fertile au scepticisme.

    • Yvan Dutil - Inscrit 18 septembre 2012 10 h 27

      Le problème est aussi qu'il y a un paquet d'études épidémiologiques qui montrent le contraire. Si on combine toutes ces informations, on arrive à la conclusion qu'il n'y a pas d'excès de risques. Mais pour vous satisfaire, il faudrait faire la démonstration qu'il n'y a pas lien causal possible entre le taux de cancers et la présence de centrale nucléaire. Pour ce qui est de théorie alternatives, il suffit de considérer que les centrales nucléaires ne sont pas construites dans un environnement moyen. Juste cela peut créer un biais. Par exemple, Gentilly-II est construite dans un parc industriel à proximité d'une aluminerie. On a donc des sources de risques environnementals supplémentaires. Une façon simple d'évaluer cette hypothèse serait de refaire la même analyse que KiKK pour les centrales thermiques classiques qui ont des contraintes de positionnement similaires. À ma connaissance, cela n'a pas été fait.

      Comme je l'ai dit plus tôt, c'est parfaitement impossible du point de vue de la logique. Cependant, la physique et l'arithmétique vous donne à toutes fins pratiques une preuve parfaite au sens courant.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 18 septembre 2012 15 h 00

      Il n'y a aucune dose de radiation «sécuritaire». C'est une forme de pollution. On doit viser le moins de pollution possible.

      Gentilly sera désamorcée avec l'approbation et au bonheur de la très grande majorité de la population. Surtout quand le pollueur en question est non-renouvelable, produit des déchets dangereux pour des milliers d'années, n'est pas nécessaire aux besoins énergétiques du Québec et n'est pas justifiable d'un point de vue économique.

      Je pense que le tour de la question a été fait mille fois : le nucléaire c'est le passé.

    • Yvan Dutil - Inscrit 18 septembre 2012 15 h 54

      «On doit viser le moins de pollution possible.»

      Le problème est quand le niveau de pollution visé est bien inférieure aux variations naturelles. Là, on sombre dans le ridicule.

      Pour ce qui est du nucléaire, je ne serai pas aussi catégorique. C'est probablement l'avenir et cela va le rester pour un bon bout de temps.

    • Éric Cyr - Inscrit 18 septembre 2012 21 h 22

      @Djosef Bouteu
      C'est même la pire des pollution car les doses S'ACCUMULENT avec le temps. Elles tuent et rendent difformes les enfants et les petits enfants, même non exposés eux-même, sur des milliers d'années!

      Dans mon livre, le nucléaire est un crime contre l'humanité présente et à venir.