Propos de Lucien Bouchard - Nouvelle pelletée de terre du fossoyeur en chef

Depuis sa démission, survenue le 11 janvier 2001 (notre photo), Lucien Bouchard joue périodiquement au « Bonhomme Sept Heures » en agitant le spectre de la dette, en accusant les Québécois de ne pas travailler suffisamment, et maintenant en condamnant le référendum d’initiative populaire, écrivent les auteurs de cette lettre.
Photo: La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson Depuis sa démission, survenue le 11 janvier 2001 (notre photo), Lucien Bouchard joue périodiquement au « Bonhomme Sept Heures » en agitant le spectre de la dette, en accusant les Québécois de ne pas travailler suffisamment, et maintenant en condamnant le référendum d’initiative populaire, écrivent les auteurs de cette lettre.

Dans son dernier livre, Lettres à un jeune politicien, dont des extraits ont été publiés dans l’édition du 10 septembre du Journal de Montréal, Lucien Bouchard s’en prend vivement au référendum d’initiative populaire.


Selon l’ancien premier ministre, ce serait un « comble » qu’un référendum puisse être déclenché si 15 % des électeurs en exprimaient le désir. Une « poignée d’activistes » pourrait envoyer le Québec « à l’abattoir » avec une « question rédigée à la sauvette » en faisant « fi de l’opinion majoritaire » et des « prérogatives de l’Assemblée nationale ».


Difficile de trouver autant de démagogie en si peu de mots. Premièrement, il a été établi clairement par Mme Marois que l’Assemblée nationale aurait le dernier mot. La question référendaire émanera donc du gouvernement, qui pourra prendre le temps voulu pour la rédiger.


Deuxièmement, faire signer 15 % de l’électorat ne peut être l’oeuvre d’une « poignée d’activistes ». Soyons réalistes. Si 850 000 personnes se déplacent pour apposer leur signature sur un registre dans les bureaux prévus à cet effet, ce sera une indication d’une volonté populaire beaucoup plus significative que n’importe quel sondage.


D’autant plus qu’il est facile de prédire que la presse fédéraliste se déchaînera contre cette initiative populaire. On n’a qu’à constater l’ampleur de la réaction actuelle - dont le texte de M.Bouchard n’est que le dernier avatar - pour que le Parti québécois abandonne cet engagement électoral.


Que M.Bouchard s’enrôle dans cette croisade n’étonne pas. À plusieurs reprises, depuis quelques années, il s’est prononcé contre l’option souverainiste sous prétexte, comme il le réaffirme dans son livre, qu’« il ne faut pas s’exposer inconsidérément à perdre un référendum ».

 

La capitulation de Lucien Bouchard


Cependant, on peut légitimement se demander si le Québec ne serait pas aujourd’hui indépendant si la possibilité avait existé que la volonté populaire s’exprime, par un référendum d’initiative populaire, en faveur de la tenue d’un nouveau référendum sur la souveraineté lorsque M.Bouchard a pris la succession de Jacques Parizeau en 1995. Selon les sondages, l’appui à la souveraineté dépassait alors les 60 %.


Mais M.Bouchard a tourné le dos aux Québécois et a refusé de profiter des « conditions gagnantes ». Alors que tous s’attendaient - autant au Québec qu’au Canada anglais - à ce qu’il prenne appui sur la quasi-victoire des souverainistes pour déclencher des élections et préparer un nouveau référendum, il a déposé l’arme au pied.


Dans la biographie qu’il a consacrée à Jean Chrétien, le journaliste Lawrence Martin écrit que Lucien Bouchard a capitulé devant les menaces de partition du territoire québécois proférées par le Canada anglais en cas de victoire du Oui. Est-ce vrai ? M.Bouchard devra un jour expliquer pourquoi il a refusé le rôle que l’histoire lui assignait à ce moment charnière de notre lutte d’émancipation nationale.


M. Bouchard a préféré centrer l’attention du Québec sur l’objectif du déficit zéro, cédant piteusement aux pressions de Wall Street, comme il l’a reconnu dans un article du journal Les Affaires du 5 novembre 2005.


Les résultats sont connus. La marche forcée vers le déficit zéro a complètement déstructuré le réseau de la santé, avec des milliers de départs prématurés à la retraite, et vient encore hanter le Parti québécois, comme nous l’avons vu lors de la dernière campagne électorale.


Au déjà lourd fardeau que Lucien Bouchard a laissé au PQ en héritage, nous pourrions également ajouter la politique catastrophique des fusions municipales. Laquelle, comble de l’ironie, a été renversée par des référendums d’initiative populaire mis en place par le gouvernement Charest. On se rappellera, en effet, que des référendums ont eu lieu lorsque 10 % des citoyens d’une municipalité fusionnée signaient le registre ouvert à cet effet, sans que personne y voie un accroc à la démocratie.


La grande coalition souverainiste, rassemblée par Jacques Parizeau à l’occasion du référendum et réunissant avec le Parti québécois et le Bloc québécois les grandes centrales syndicales, les organisations communautaires, les artistes et les groupes de femmes, n’a pas résisté à l’électrochoc du déficit zéro.


Et pour s’assurer que la coalition soit bel et bien détruite, le gouvernement Bouchard a adopté 11 lois d’exception antisyndicales pendant une des périodes de relations de travail parmi les plus calmes de notre histoire.


Alors que M.Parizeau avait réussi à rallier les groupes de femmes à la cause souverainiste en promettant la Loi sur l’équité salariale au lendemain de la marche Du pain et des roses de 1995, Lucien Bouchard s’est aliéné les mêmes groupes en répondant aux revendications de la Marche mondiale des femmes de 2000 avec une ridicule augmentation de 10 ¢ de l’heure du salaire minimum. Cette attitude a conduit Françoise David et les groupes de femmes à fonder Québec solidaire.


Nous avons été à même d’en voir les résultats lors du dernier scrutin. Peu importe la méthode de calcul, il est clair que les votes pour Québec solidaire ont coûté au Parti québécois la majorité parlementaire.


Plutôt que de s’être appuyé sur les Québécois au moment où les « conditions gagnantes » étaient réunies, Lucien Bouchard les a blâmés, au moment de sa démission, « pour avoir été étonnamment impassibles devant les offensives fédérales»!

 

Le « Bonhomme Sept Heures »


Un mois après sa démission, il se joignait au cabinet d’avocats Davies, Ward, Phillips Vineberg. Depuis, il joue périodiquement au « Bonhomme Sept Heures » en agitant le spectre de la dette, en accusant les Québécois de ne pas travailler suffisamment, et maintenant en condamnant le référendum d’initiative populaire.


Pour meubler ses loisirs, M.Bouchard siège à de nombreux conseils d’administration et préside l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), avec des honoraires versés par l’albertaine Talisman Energy.


Mais il s’est surtout employé, dans les coulisses, à susciter la formation d’un parti politique nationaliste, mais non souverainiste. Après des efforts infructueux auprès de Mario Dumont, à l’époque de la publication du manifeste des Lucides, il a jeté son dévolu sur François Legault, comme nous l’apprenait le journaliste Alec Castonguay dans son reportage « Dans le ventre de la CAQ », publié dans l’édition de mai 2012 du magazine L’actualité.


L’échec de la CAQ amène le fossoyeur en chef à jeter une nouvelle pelletée de terre pour enterrer le projet de souveraineté du Québec.


***
 

Marc Laviolette et Pierre Dubuc - Respectivement président et secrétaire du SPQ Libre

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28 commentaires
  • Alain Gaudreault - Abonné 12 septembre 2012 04 h 38

    Le démissionnaire

    Si on regarde son attitude présente,on peut se poser cette question,as t-il déja été souverainiste?

  • François Ricard - Inscrit 12 septembre 2012 06 h 19

    De belles trahisons!

    Bouchard et Legault, deux individus vire-capot qui veulent démolir le Québec qui a surgi de la révolution tranquille. Pour quelles raisons ces deux étoignoirs cherchent-ils à nous ramener cinquante années en arrière? Deux individus à qui la presse québécoise offre de nombreuses et puissantes tribunes où ils peuvent abreuver le peuple de leurs sophismes empoisonnés.

    • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 12 septembre 2012 17 h 09

      Au mieux, Lucien Bouchard correspond à l'homme politique issu de l'Union Nationale de D.Johnson de l'Égalité ou l'indépendance dont Marcel Masse est issu également. C'est un adepte du renouvellement du fédéralisme formé par l'école des notables Canadiens français qui ont cru à la notion des deux peuples fondateurs il y a longtemps.
      En 2012, la classe possédante ou notable majoritaire québécoise entre Montréal et la Beauce joue le jeu du système libéral mondial qui a fait de l'appartenance nationale ou commune par la langue et la culture quelque chose de non conforme à la circulation apatride des capitaux et des individus. L.Bouchard en se rattachant au vieux nationalisme de l'Union Nationale de Duplessis à celui plus évolué de Johnson mais à peine ne fait en vérité que se joindre au monde du capitalisme sans points de repères autres que la marchandise et l'argent.

      Pendant que P.Falardeau presque seul s'en est pris aux partitionnistes avant l'apparition populaire d'internet et d'une parole publique, L.Bouchard a voulu fusionner le tout Montréal anglophone et francophone ce n'était pas nécessairement une bonne idée lorsque le Montréal défusionné de J.Charest permet malgré tout l'élection de G.Tremblay par le vote non francophone majoritaire à sa dernière élection.

  • Gilles Bousquet - Abonné 12 septembre 2012 06 h 54

    M. Landry d'accord avec M. Bouchard

    Même M. Landry est d'accord avec M. Bouchard sur ce RIP apporté par M. Drainville pour calmer les caribous du PQ.

    Le RIP, une niaiserie qui pourrait être employé par nos fédéralistes actuellement pour aller chercher un troisième NON à la souveraineté dunQuébec, dans un temps où cette option ne va chercher que 28 % de OUI, selon le dernier sondage.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 12 septembre 2012 08 h 41

      Entièrement d'accord avec vous. Les référendums d'initiatives populaires ne peuvent en aucun cas être utilisés pour demander un référendum sur un sujet aussi important que l'accession à la souveraineté. Seul le gouvernemt peut décider du moment opportun, quoi qu'on en pense et qu'on en dise. Prétendre le contraire n'est qu'une entourloupette électoraliste pour enfirouaper la base militante du P. q. et nuire à un vrai parti indépendantiste tel qu'Option nationale.

    • Georges Washington - Inscrit 12 septembre 2012 20 h 50

      Faut croire qu'il y a encore bien du monde qui ne savent ce que sont les RIP pour agiter de tels épouvantails.

      Avez-vous au moins lu la lettre de messieurs Laviolette et Dubuc? J'ai des gros doutes.

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 12 septembre 2012 23 h 16

      Dans le sondage CROP qui dit 28 % de OUI, les indécis sont aussi comptés (comme ni OUI ni NON). En les retirant, le OUI devient proportionnellement 31 %.

      Pendant ce temps-là, EKOS sonde très différemment. Le dernier EKOS disait 23,3 % indépendantiste, 25,8 % associationniste, 19,2 % autonomiste, 20,0 % fédéraliste, 11,7 % NSP, ce qui donnerait en un certain sens 55 % OUI après répartition.

      Ce n'est pas vraiment la même question, mais ce sont deux questions valides. Il y a d'autres questions auxquelles il faudrait que les sondages répondent, comme des questions conditionnelles pour savoir dans quelles circonstances les gens qui votent NON se mettraient à voter OUI.

  • Bernard Gervais - Inscrit 12 septembre 2012 08 h 40

    M. Bouchard et les RIP

    Est-ce si nécessaire de savoir ce que M. Bouchard pense des RIP ? Compte tenu des résultats des élections, on sait déjà que l'adoption d'une loi les autorisant n'est pas pour demain !

  • Colette Pagé - Inscrite 12 septembre 2012 09 h 12

    Pourquoi pas des RIP à 33 1/3 % ?

    L'idée du RIP est intéressante. Par contre, le niveau de 15 % m'apparaît nettement insuffisant pour enclencher l'étude d'une question par l'Assemblée nationale. Si bien que si ce niveau était augmenté du double, disons 33 1/3 % ce chiffre significatif substantiel aurait le mérite de soulever l'intérêt et le respect non pas seulement du Parti au pouvoir mais également des partis d'opposition. Il faudrait s'inspirer pour ce faire des RIP en vigueur dans d'autres pays.

    • Normand Ouellet - Inscrit 12 septembre 2012 15 h 49

      33% c'est ce qui est nécessaire pour obtenir un gouvernement majoritaire. Il faudrait voir la mécanique proposée pour prendre en compte les préoccupations des citoyens. En clair, est-ce qu'une pétition de 15% des citoyens est suffisante pour mettre en place un vote des citoyens sur cette question?