Le 11 septembre du Chili - En souvenir de Salvador Allende

Des manifestations pour commémorer la mort de Salvador Allende de même que les exécutions et les disparitions de nombreux Chilliens ont eu lieu dimanche dans plusieurs villes du Chili.
Photo: Agence France-Presse (photo) Martin Bernetti Des manifestations pour commémorer la mort de Salvador Allende de même que les exécutions et les disparitions de nombreux Chilliens ont eu lieu dimanche dans plusieurs villes du Chili.

Les États-Unis commémorent, le 11-Septembre, l’attentat du World Trade Center et la mort de 3000 personnes. Il s’agit d’un tragique événement, injustifiable à tout point de vue, qu’il faut condamner. Mais ces faits ont eu pour conséquence de faire oublier le coup d’État et la mort du président Salvador Allende, survenue le 11 septembre 1973. Passent également sous silence les exécutions et disparitions de plus de 3000 Chiliens, ainsi que les arrestations arbitraires et les tortures infligées à plus de 30 000 personnes au cours des 17 ans de dictature du général Pinochet. Il ne faut pas oublier non plus que les États-Unis et particulièrement la CIA et des multinationales, telles que l’ITT, sont intervenues et ont été en partie responsables du coup militaire.

Beaucoup de Québécois d’origine chilienne sont arrivés à Montréal et au Québec pour fuir les atrocités commises par le régime militaire au Chili. Cela fait partie de nos traditions ici de commémorer, depuis 1974, notre 11 septembre. Allende, président de 1970 à 1973, avait mis en place des changements très importants en faveur du peuple, dont nous avons été des témoins.


À titre indicatif, il est utile de mentionner la nationalisation du cuivre qui constituait, à ses yeux, le salaire du Chili, principal pays producteur de ce métal au monde, encore aujourd’hui. Avec ces revenus, il voulait financer une partie de son vaste programme de réformes économiques, sociales, politiques et culturelles. Cependant, le coup d’État militaire a brutalement mis fin à ce projet de justice sociale et à la voie chilienne vers le socialisme.


Allende, l’une des personnalités les plus remarquables du xxe siècle, est devenu ainsi un symbole de militant socialiste engagé, d’un combattant par des moyens démocratiques, d’un homme de convictions profonde.


Les événements tragiques survenus au Chili ont suscité beaucoup d’émoi au Québec. Un grand nombre de Québécois ont manifesté beaucoup de sympathie pour le peuple chilien. Je me dois de remercier les Québécois de leur accueil très chaleureux et fraternel de milliers de réfugiés chiliens dans les mois et les années qui ont suivi le coup militaire. Le cas de Carmen Gloria Quintana, cette jeune brûlée atrocement par les militaires en 1986, constitue un exemple vivant de cette solidarité. Comme on le sait, elle a été traitée et soignée avec succès à Montréal par des médecins québécois.


En 1990, la communauté chilienne de Montréal a entrepris des démarches pour qu’une rue ou un parc porte le nom de Salvador Allende ou pour qu’un monument soit érigé ici à sa mémoire. Finalement, en 2009, avec l’appui financier de la ville et des Chiliens, notre rêve s’est concrétisé avec la construction, au parc Jean-Drapeau, d’une oeuvre d’art dont l’auteur est le réputé sculpteur québécois Michel de Broin.


Parmi d’autres activités, ce soir à 18 heures, les Chiliens et leurs amis québécois se rencontreront au pied de ce monument pour rendre hommage, une fois de plus, à ce grand chef d’État que fut le président Salvador Allende.

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4 commentaires
  • Marcos Ancelovici - Inscrit 11 septembre 2012 13 h 51

    Se souvenir d'Allende au-delà d'Allende

    Le gouvernement d'Unité populaire du président Salvador Allende (1970-73) a été un moment porteur de grands espoirs et qui a inspiré la gauche en Amérique latine et au-delà. Il n'y a aucun doute là-dessus. De même, le coup d'État du 11 septembre 1973 et la dictature militaire qui a suivi furent des moments tragiques dans l'histoire du Chili. Il n'y a aucun doute là-dessus. J'ai moi-même dû quitter le Chili avec ma famille à cause du coup d'État.

    Ceci dit, lorsqu'on s'adresse aujourd'hui à un public québécois, après 6 mois de grève étudiante et de mobilisation sans précédent contre le néolibéralisme, il me semble que la meilleure façon de rendre hommage à Allende n'est pas de nous parler de nouveau de ses réformes ou des atrocités de la dictature. Je crois plutôt qu'il faut faire le lien entre les idéaux de justice sociale qui ont inspiré Allende et le peuple chilien et ceux qu'une importante portion de la population québécoise a porté dans les rues de Montréal, jour après jour, durant des mois. Je crois qu'il faut faire le lien entre les "cacerolazos" contre la dictature, dans les quartiers populaires de Santiago, et les manifestations de casseroles qui ont secoué le Québec après l'adoption du projet de loi 78 à la fin mai. Enfin, je crois qu'il faut faire le lien entre le mouvement étudiant chilien, qui lutte depuis plus d'un an pour défendre l'éducation publique et libérer le Chili du carcan idéologique hérité de la dictature, et le mouvement étudiant québécois, qui, ce printemps, a réussi à donner une nouvelle vie aux principes abstraits qui guident soi-disant notre régime politique.

    Ces nombreux parallèles sont la meilleure façon d'illustrer la pertinence de la figure d'Allende pour la jeunesse d'aujourd'hui. C'est aussi la meilleure façon de montrer que le Chili et le Québec ont plus de choses en commun qu'on pourrait a priori le croire. Il faut beaucoup plus qu'une rue, un parc ou un monument pour rendre hommage à la mémoire d'un homme et encore plus pour v

  • Marcos Ancelovici - Inscrit 11 septembre 2012 15 h 06

    Se souvenir d'Allende au-delà d'Allende (fin)

    La fin de commentaire a été coupée...

    Je disais donc: Il faut beaucoup plus qu'une rue, un parc ou un monument pour rendre hommage à la mémoire d'un homme et encore plus pour voir ses idéaux repris par les nouvelles générations.

    • Jean-François Trépanier - Inscrit 11 septembre 2012 17 h 36

      Merci pour votre beau témoignage. Comme j'ai beaucoup d'amis chiliens qui sont venus se réfugier à Québec à cette époque, pour moi, le souvenir du 11 septembre sera toujours la plus importante attaque à la démocratie et à la liberté, fomentée par la CIA, donc le 11 septembre 1973. Qui étaient les terroristes qui ont renversé un gouvernement démocratiquement élu ? les États-unis d'Amérique !

  • Jean-Luc - Inscrit 11 septembre 2012 19 h 15

    Avec vous


    Avec vous je me souviens, concitoyen Nunez.

    Merci de faire oeuvre de mémoire.

    Et avenir radieux - et libre - au peuple du Chili !