Résultat des élections - Sournoise division du vote

Pauline Marois faisant campagne dans Gouin, une circonscription finalement remportée par Françoise David, de Québec solidaire. Un gouvernement majoritaire était à portée de main du Parti québécois - il ne manquait que 9 sièges. Or, il échappa à la famille souverainiste en raison de l’éparpillement du vote entre trois partis politiques.
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hugues Pauline Marois faisant campagne dans Gouin, une circonscription finalement remportée par Françoise David, de Québec solidaire. Un gouvernement majoritaire était à portée de main du Parti québécois - il ne manquait que 9 sièges. Or, il échappa à la famille souverainiste en raison de l’éparpillement du vote entre trois partis politiques.

Les forces souverainistes se sont lancées dans la campagne électorale en rang dispersé. La démarche du Front uni a échoué. Le Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale ont tous trois opté pour une stratégie du tout ou rien. Cette division du vote s’est traduite le 4 septembre par cette victoire en demi-teinte. Un pouvoir majoritaire était possible, mais c’est d’un gouvernement minoritaire dont les forces souverainistes devront se contenter.


Les militants de ces trois formations, aux personnalités politiques distinctes, ont certainement des raisons différentes pour aspirer à faire du Québec un pays. Des différences légitimes, qu’il ne sert à rien de vouloir gommer. Mais force est de reconnaître que si ces formations persistent à vouloir continuer à lutter en ordre dispersé, le rêve commun qu’elles poursuivent risque de rester ce qu’il n’a été jusqu’ici : un simple rêve.

 

L’échec d’une majorité en raison de la division du vote


Dans le système parlementaire britannique québécois, la différence entre un gouvernement minoritaire et un gouvernement majoritaire ne tient souvent qu’à quelques votes. La dernière élection ne fait pas exception.


Le Parti québécois a réussi à obtenir 54 sièges, la députation de Québec solidaire s’élève maintenant à deux, alors qu’Option nationale échoua à faire élire un seul député. Or, dans 13 circonscriptions (Laporte, Drummond -Bois-Francs, Jean-Lesage, Hull, Jean-Talon, L’Assomption, Papineau, Saint-Jérôme, Mille-Îles, Orford, Verdun, Groulx et Maskinongé), la défaite du Parti québécois est attribuable à une différence de moins de 5 % de voix aux dépens d’un candidat libéral ou caquiste, alors que dans ces comtés, la combinaison des votes pour Québec solidaire et Option nationale aurait permis une victoire des souverainistes. C’est également la division du vote qui explique la défaite des forces souverainistes dans Nicolet-Bécancour et dans Laurier-Dorion.


Un gouvernement majoritaire était à portée de main - il ne manquait que 9 sièges. Or, il échappa à la famille souverainiste en raison de l’éparpillement du vote entre trois partis politiques. Surmonter cette division avant la prochaine joute électorale, laquelle pourrait venir rapidement, devrait constituer l’objectif politique le plus urgent pour ces trois formations.

 

Une stratégie à adopter


Pour contrer cette division du vote, trois options sont envisageables.


Absorption. Premièrement, l’un des trois partis parvient à absorber les deux autres partis. D’un côté, à court terme, force est de reconnaître que Québec solidaire et Option nationale en seraient incapables. Ces deux partis constituent des forces politiques non négligeables - Québec solidaire ayant obtenu un peu plus de 6 % du vote au niveau national et Option nationale, un peu moins de 2 % -, mais insuffisamment puissantes pour amener les militants péquistes à se rallier à eux.


De l’autre côté, le Parti québécois peut certes prétendre être la véritable coalition souverainiste, déplorer la division des votes ou blâmer les deux autres partis pour cette division - il n’y aurait effectivement pas de division si Québec solidaire et Option nationale n’existaient pas, mais ils existent. Le pouvoir d’attraction du Parti québécois n’est plus ce qu’il était au sein de sa grande famille politique. Et il est aujourd’hui insuffisant pour contrer l’éparpillement des troupes souverainistes.


Élimination. Deuxièmement, l’un des trois partis peut tenter d’affaiblir suffisamment les deux autres partis pour qu’ils cessent de représenter une « nuisance » pour lui. D’une part, on peut douter de l’efficacité de cette tactique, compte tenu du rapport de force qui existe entre les trois formations en présence. D’autre part, y recourir risquerait au contraire de produire l’effet contraire : cela contribuerait certainement à conforter les militants des deux autres partis qu’ils ont toutes les raisons du monde de continuer d’exister en tant que formation politique distincte.


Front uni. Troisièmement, les trois partis souverainistes s’entendent pour une coalition, un front uni ou un pacte électoral. Cette dernière option est la seule réalisable à court terme.

 

Une grande alliance des souverainistes


De manière générale, il faudra bien un jour que cette famille politique parvienne à contrer cet éparpillement des votes. Il ne s’agit pas de gommer les différences qui existent entre ces formations. Mais sans une grande alliance, cette famille politique risque de ne pouvoir espérer mieux que les résultats du 4 septembre.


Il faudra un jour que ceux qui se disent d’abord progressistes avant d’être souverainistes (de nombreux militants de Québec solidaire) admettent que leur projet politique ne sera réalisable que lorsqu’ils parviendront à combiner leurs efforts avec ceux qui se disent d’abord souverainistes - avant d’être progressistes ou souverainistes tout court (de nombreux militants du Parti québécois).


Cela relève d’une exigence stratégique. Mais à l’opposé, ceux qui se disent d’abord souverainistes avant d’être progressistes ou exclusivement souverainistes (de nombreux militants péquistes) doivent reconnaître que sans la capacité de mobilisation dont sont capables les progressistes (ce qu’ils ont amplement démontré tout au long du « printemps érable »), ils risquent de ne pas être en mesure de réaliser le rêve de pays.


Pareillement, les pressés de l’indépendance (les militants d’Option nationale) doivent voir que malgré toute l’audace et la force de conviction dont ils sont capables, ils n’y arriveront pas seuls ; ils ont besoin des souverainistes moins pressés qui militent au sein de Québec solidaire et du Parti québécois. Mais à l’opposé, ces souverainistes moins pressés doivent également comprendre qu’il est parfois important, pour des considérations de diversité des tactiques, d’avoir à sa disposition des « troupes de choc » pour mener à bout un projet d’une telle ampleur.


Or, une telle alliance ne sera possible que lorsque les uns et les autres, militants de ces trois partis, seront capables de mettre de côté l’hyperpartisanerie. En politique, la partisanerie, même à grande dose, peut représenter une arme politique extrêmement efficace, dans la mesure où démontrer de la conviction et de la détermination peut produire un effet de ralliement. Mais lorsque celle-ci se transforme en dogmatisme et confine au purisme idéologique, elle devient alors contre-productive.

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Danic Parenteau - Professeur au Collège militaire royal de Saint-Jean

34 commentaires
  • Philippe Hébert - Inscrit 7 septembre 2012 06 h 27

    Je suis tout à fait d'accord, le Front Uni et un gouvernement de coalition est la seule chose envisageable.

    Étant membre d'Option Nationale moi-même, je ne vois pas comment on pourrait rassembler autrement les troupes souverainistes de la gauche au centre. Si ON n'aurait pas existé, j'aurai annulé mon vote. Non pas parce que je n'aime pas le PQ et QS, mais parce que le PQ et QS ne représentent pas mes valeurs.

    • Lise Boivin - Abonnée 12 septembre 2012 16 h 59

      Monsieur Hébert
      Si QS ne représente pas vos valeurs, que faites-vous alors à ON? Avez-vous vraiment lu le programme de votre parti qui est calqué à près de 90% sur celui de QS!

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 7 septembre 2012 07 h 55

    Et bien voilà !

    Bien formulé !
    C'est clair comme de l'eau de source.

    Depuis quelques années, avec la perspective d'élections, je ne sais combien de textes, dans les pages de Le Devoir proposent la même analyse et les mêmes solutions.

    Qu'est-ce qui va faire que ça va arriver ?
    Une défaite aux prochaines élections ?

    Rappelons-nous ce qui s'est passé dans les années soixante : le Mouvement Souveraineté Association (MSA), le Ralliement National (RN) et le Rassemblement pour l'Indépendance Nationale (RIN) se sont fusionnés pour créer le Parti Québécois.

    Il y avait alors plus de différences idéologiques entre eux qu'entre le Parti Québécois, Québec Solidaire et Option Nationale.

    Ce qui a prévalu alors, c'est l'intérêt supérieur de la Nation : choisir le réalisme pour réaliser le rêve.

  • NOËL Martin - Abonné 7 septembre 2012 08 h 35

    Très bonne analyse! Après avoir mis de côté la question référendaire avant les élections, c'est sur ce terrain que le PQ a perdu sa majorité. En effet, c'est la CAQ et ensuite le PLQ qui ont ramené ce sujet au coeur de l'élection. Le PQ devra, par conséquent, reprendre l'initiative et prendre le taureau par les cornes s'il veut devenir maître du jeu. Tant qu'à perdre, aussi bien le faire en se battant pour la cause.

  • Jean Lapointe - Abonné 7 septembre 2012 08 h 37

    Il faut voir les choses telles qu'elles sont

    Québec solidaire a été fondée par des gens qui trouvaient que le Parti québécois n'était pas assez à gauche. Leur ambition était et est toujours de prendre sa place comme parti souverainiste dominant au Québec.

    Je ne vois pas comment des gens comme eux puissent un jour vouloir l'union des souverainistes étant donné qu'il est manifeste qu'ils n'en veulent pas d' union. Elle existait l'union mais ils l'ont délibérément brisée.

    Leur façon de se comporter dans Gouin l'a très bien illustré.

    Je n'ai aucune confiance en ce parti ni en ses dirigeants. Ils ont toujours des plans derrière la tête qu'on ne connaît pas. Ils ne jouent pas franc jeu.

    Monsieur Aussant, de son côté, reproche aux dirigeants du Parti québécois «d'être malhonnêtes intellectuellement» parce qu'ils ne se sont pas engagés à faire la souveraineté une fois élus.

    A ses yeux, cela révèlerait qu' ils ne seraient pas vraiment souverainistes, contrairement à ce qu'ils disent.

    Il a donc fondé un parti qui lui ne «cacherait» pas son option dans l'espoir de prendre éventuellement la place du Parti québécois comme parti franchement indépendantiste.

    Il est donc manifeste ici aussi que monsieur Aussant ne veut pas l'unité des souverainistes parce qu'il prétend qu'ils sont les seuls, lui et son parti, à l'être vraiment.

    Trop de souverainistes s'emprisonent eux-mêmes dans notre système électoral. Au nom de la démocratie, trop d'entre nous veulent faire valoir leur petite idée et leur propre stratégie référendaire et ne semblent pas se rendre comptre qu'en agissant de la sorte ils ne se rendent pas service et ne nous rendent pas service.

    J'en viens donc à la conclusion que le Parti québécois naura d'autre choix que de procéder seul comme il l'a fait lors de ces dernières élections étant donné qu'il est impensable que madame David et monsieur Khadir, ainsi que monsieur Aussant, changent d'idée.

    Nous devrons malheureusement vivre avec ça.

    • Philippe Labelle - Inscrit 7 septembre 2012 10 h 57

      «Je n'ai aucune confiance en ce parti ni en ses dirigeants. Ils ont toujours des plans derrière la tête qu'on ne connaît pas. Ils ne jouent pas franc jeu.»

      C'est étrange, c'est exactement ce que je penses du Parti Québécois! Leurs années au pouvoir ont largement prouvé ce que vous venez d'énoncer.

      J'en tire une toute autre conclusion : le PQ, s'il continue sur la même lancée, subira le même sort que le Bloc Québécois puisque les souverainistes, fatigués des promesses non tenues, se tourneront progressivement vers d'autres options. Vous devrez malheureusement vivre avec ça. Ça s'appelle la démocratie!

    • France Marcotte - Abonnée 7 septembre 2012 11 h 56

      Vous oubliez M.Labelle que le Parti québécois est un grand parti de masse et qu'il est actuellement au pouvoir.

    • Philippe Labelle - Inscrit 7 septembre 2012 14 h 28

      N'oubliez pas qu'il était autrefois un tiers parti et qu'il a perdu quelques élections avant d'être porté au pouvoir, une première fois.

    • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 7 septembre 2012 17 h 14

      L'union c'est la voie. Pierre Bourgault qui lui s'est fait hara kiri politiquement en sabordant le RIN l'a compris en 1969!

      Par cette référence nous pouvons voir la grandeur d'un homme politique, d'un homme tout court.

      La naissance de QS est le produit d'un parti socialiste d'abord ce qui détermine son inclinaison à s'opposer davantage au PQ qu'au PLQ pour la simple et bonne raison que plusieurs militants solidaires s'opposent au nationalisme, au patriotisme tout simplement même lorsqu'il en est un de résistance. Il y a des points d'accords de QS avec le PLQ sur le multiculturalisme et même sur la protection en baisse de la langue française. Si autrement, le NPD Québec est créé malgré les 50 députés libéraux, nous pourrions être témoins d'une fusion presque banale entre le nouveau NPD et QS.

      L'union pourrait se faire par un projet de coalition très difficile entre le PQ,QS et O.N à moins d'un médiateur extérieur qui fasse un rapprochement. Évidemment si le NPD
      social- fédéraliste apparaît et absorbe QS ce sera une question insoluble. La division du vote quoique se faisant entre le NPD, la CAQ et le PLQ fédéralistes relativement malgré la coloration gauche fédéraliste du NPD, cela pourra donner une chance au PQ.

      Mais T.Mulclair avec les résultats de mardi va probablement renoncer à ce projet? Possible mais ça reste à confirmer.
      Dans cette opposition PQ-QS, qui diabolise le plus l'autre? La diabolisation exprimant le purisme et le refus de communication. La réponse se trouve chez les militants de QS et c'est tout le problème.

    • Martin Dubois - Inscrit 7 septembre 2012 17 h 49

      Je suis entièrement d'accord avec vous M. Lapointe. Quant à vous, M. Labelle, je vous confirme que je resterai fidèle au PQ. Si par malheur le PQ ne pouvait plus poursuivre son chemin, je contribuerais à mon tour à créer un autre parti capable de représenter les québécois souverainistes pragmatiques, du centre, pas pressés et attachés à une approche identitaire forte. Vous comprendrez qu'il n'y a aucune place pour de telles idées au sein d'Option nationale et de Québec Solidaire, adeptes du multiculturalisme et très à gauche. Si Québec Solidaire était capable de tuer le PQ, sa progression depuis sa fondation aurait déjà été plus significative. Je vous rappellerai à cet effet que le vieux parti québécois était passé de 23% à 30%, puis à 41% et 49% en l'espace de 13 ans. Après 6 ans, vous en êtes toujours à 6%. Mais évidemment, aucune remise en question de votre côté. Grand bien vous fasse. Vous finirez peut-être par nous obliger à choisir entre vous et un parti comme la CAQ. De toute façon, ça ne ferait pour vous aucune différene, puisqu'à vous entendre il n'y a déjà pas de différence entre PLQ/PQ et CAQ...

  • Philippe Labelle - Inscrit 7 septembre 2012 10 h 00

    Pour en finir avec la division du vote

    La division du vote souverainiste est l'oeuvre du PQ et des partisans du vote stratégique! Si Pauline Marois et son équipe se retrouvent aujourd'hui avec un gouvernement minoritaire, ils n'ont qu'eux-mêmes à blâmer. Combien de mea culpa avons-nous entendus dans les médias de la part d'électrices et d'électeurs qui se disaient «déchirés» d'avoir à faire un choix stratégique alors que leur coeur penchait plutôt vers des tiers partis comme QS ou ON? En brandissant la menace d'un retour des libéraux au pouvoir, en insistant sur la nécessité d'un gouvernement majoritaire péquiste, en essayant de culpabiliser les souverainistes qui ne se reconnaissaient plus dans le Parti Québécois, les stratèges du PQ ont créés un climat de d'hésitation et de méfiance dans le clan souverainiste. Une alliance des forces souverainistes ne sera possible que si le Parti Québécois et ses hyperpartisan(e)s cessent d'exercer leur chantage politique qui ne vise qu'à éliminer ce qu'ils considèrent (à tort) comme de la concurrence! D'ici là, je continuerai à me tenir debout dans les rangs de Québec Solidaire.

    • France Marcotte - Abonnée 7 septembre 2012 11 h 44

      Je vous invite à lire aussi la chronique d'aujourd'hui de M.Rioux.

      J'irai lire votre commentaire, promis...

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 septembre 2012 13 h 38

      Bien sûr que c'est de la concurrence. Sans cela, les souverainistes seraient majoritaires à l'Assemblée nationale.

      Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi des gens comme François David, Amir Khadir ou François Saillant décident de se présenter contre d'autres souverainistes gauchistes au lieu d'investir le Parti québécois et de discuter là où ça compte, soit dans le caucus du parti au pouvoir.

    • Philippe Labelle - Inscrit 7 septembre 2012 15 h 55

      Dans le cas de François Saillant, il se présente dans Rosemont depuis la création de Québec Solidaire en 2005. C'est Lisée, qui se définit lui-même comme un souverainiste de gauche, qui a décidé de se présenter contre un autre souverainiste de gauche. Et la raison pour laquelle QS ne veut pas investir le caucus du PQ est très simple : il ne veut pas devenir comme le SPQ libre, une aile gauche qui bat de l'aile et qui n'a pas la moindre influence sur la ligne de pensée du PQ.