Ressources minières - Au-delà de la question des redevances

La gestion des ressources minières est complexe et elle ne peut se limiter à la question des redevances.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jacques Lemieux La gestion des ressources minières est complexe et elle ne peut se limiter à la question des redevances.

Au cours de la campagne électorale, presque tous les partis ont pris position sur le type et le niveau de redevances qu’il faudrait aller chercher pour nos minerais. Pourtant, la gestion de nos ressources minières est complexe et ne peut se limiter à cette simple question. Parmi les particularités de ce secteur, cinq apparaissent incontournables.


La malédiction des ressources. Cette expression imagée décrit la perte systématique de la valeur des ressources minières par rapport aux autres biens industriels. Malgré l’augmentation des prix des dernières années, les données historiques sont sans appel : un pays dont l’économie repose entièrement sur l’exploitation des ressources minières ne peut que s’appauvrir à long terme, à moins de constamment augmenter sa production, une course dont on ne sort jamais gagnant.


Des retombées économiques toujours réduites. Corollaire du premier point, l’industrie minière a su systématiquement augmenter sa productivité au cours des dernières décennies afin de maintenir sa rentabilité en dépit d’une diminution irréversible de son poids dans l’économie mondiale. Malgré la croissance de taille des mines, la modernisation de l’extraction a mené à une réduction marquée du nombre de travailleurs requis, longtemps une des retombées économiques les plus importantes pour les collectivités locales.


Une industrie très cyclique. Plus que toute autre industrie, les mines vont et viennent au rythme des cycles mondiaux, affectant les populations locales et les revenus des gouvernements. Les prix élevés des dernières années s’expliquent avant tout par l’absence, dans les cartons de l’industrie minière, de projets de nouvelles mines, une situation qui change rapidement et qui ramènera les prix à un niveau plus en accord avec les tendances à long terme.


Des impacts environnementaux considérables. En dépit des gains environnementaux liés à une productivité accrue, l’impact de l’industrie sur l’environnement croît avec la taille des mines, ce qui affecte les populations locales et les Premières Nations qui dépendent de ces territoires.


Un développement durable douteux. Malgré les promesses de l’industrie minière, celle-ci n’a toujours pas réussi à livrer un modèle d’exploitation qui respecte les principes du développement durable alors que les ressources s’épuisent. Les médias nous montrent plutôt, presque chaque jour, que l’industrie continue trop souvent de se conduire de manière cavalière avec les collectivités locales.

 

Dépasser les redevances


Dans un contexte où, à long terme, la valeur économique de l’industrie minière est appelée à diminuer inexorablement, il est dangereux, à moins de disposer de ressources d’une ampleur démesurée, comme c’est le cas avec les sables bitumineux, d’en faire un point central du développement économique. Qu’importe la terminologie utilisée - maladie hollandaise ou pas -, une économie entièrement centrée sur les ressources finira toujours par s’appauvrir.


Toute stratégie minière doit donc aller au-delà des simples redevances afin de s’assurer que les retombées serviront avant tout à la diversification économique des collectivités minières et à l’enrichissement collectif et durable de la société.


Au Québec, cela signifie, entre autres, revoir la Loi des mines et éliminer le principe du free mining afin de donner à l’État la capacité de gérer le développement de son territoire et des collectivités qui l’occupent ; proposer une stratégie minière viable à la fois durant les cycles haussiers et baissiers ; respecter les collectivités locales et les Premières Nations ; améliorer le système de permis afin d’assurer le financement adéquat des équipes chargées d’inspecter et de faire respecter les normes gouvernementales ; favoriser l’émergence de nouvelles industries spécialisées dans la haute technologie minière et la seconde transformation ; diversifier les revenus miniers en allant chercher également une part nettement supérieure de la valorisation des gisements lors de l’exploration ; créer un fonds souverain afin que la richesse créée soit partagée entre les générations.


Les élections ne sont pas, on le répète régulièrement, le bon endroit pour discuter des vrais enjeux comme celui-ci. On peut à tout le moins espérer que ce soit un moment approprié pour promettre de revoir l’ensemble du modèle minier québécois.


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Normand Mousseau - Professeur de physique à l’Université de Montréal et auteur du livre à paraître Le défi des ressources naturelles (Éditions MultiMondes)

7 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 30 août 2012 04 h 41

    Monsieur Mousseau...

    Monsieur Mousseau, merci !
    La clarté de votre texte reflète la profondeur de votre réflexion.
    Et votre capacité à ne pas rester le nez sur le métal pour juger de la pertinence de creuser et tout chambouler pour le trouver...

  • François Ricard - Inscrit 30 août 2012 05 h 24

    La nationalisation

    Seule l'ON propose de nationaliser nos richesses naturelles pour en avoirf le plein contrôle à tous les stades d'utilisation:
    l'exploration, l'exploitation, la restauration des sites et le partage des profits.
    Comme pour l'hydro-électricité, il faut nationaliser toutes nos richesses naturelles afin d'en avoir le plein contrôle dès leur exploration, durant leur exploitation, lors de la restauration des lieux et, bien sûr, dans une participation pleine et entière aux profits.
    Le jeu des redevances comporte tellement de complexités et de méandres qu'il est pratiquement impossible de fixer des règles qui soient en notre faveur.
    Seule l'Option Nationale, s'inspirant de pays qui ont emprunté cette voie avec succès, propose cette nationalisation de nos richesses naturelles.

    • Charbel Hanna - Inscrit 4 septembre 2012 12 h 03

      Québec Solidaire propose la nationalisation des ressources naturelles depuis bien longtemps - avant même la naissance d'Option nationale, en fait.

  • Gilbert Troutet - Abonné 30 août 2012 09 h 27

    Excellent article

    Merci, Monsieur Mousseau. Il faut expliquer cela à nos politiciens et surtout les convaincre de la justesse de vos analyses. Le Parti québécois devrait lui aussi s'en inspirer s'il veut vraiment qu'on soit «maîtres chez nous».

  • Marc Bergeron - Inscrit 30 août 2012 11 h 12

    Le plan mort!

    Vous savez certainement que actuellement c'est de la poudre aux yeux car le recul de plus de 25% des prix et la position du gouvernement Australien est claire pas d'investissement de 80 milliards dans le monde pour les minières.
    AU delà de ce positionnement je déplore votre position associé à des groupes de pressions en environnement lorsque vous prônez le retour du chauffage au bois et de la biomasse pour les édifices publique. L'OMS dénonce cette énergie qui pollue, Greene Peace qui dit pollue même plus que le charbon. Des scientifiques affirme le contraire de vos positions. Il serait plus juste de consulté Claude Viau en santé que Claude Villeneuve en foresterie.
    J'ai un courriel de votre main encourageant le chauffage au bois connaissez-vous le smog et des suites sur les décès et les maladies que nous vivons actuellement et la proportion des PM 2.5 par secteur d«'activité?

  • Daniel Côté - Inscrit 30 août 2012 13 h 05

    Les minières sont pragmatiques

    À l'époque, une mine était exploitée pendant 50 ans, maintenant, elle l'exploite sur 15-20 ans.

    Pourquoi alors construire des infrastrutures ?

    Autant les refiler aux citoyens....