Élections 2012 - La gratuité scolaire, totalement absente!

Six mois de crise étudiante, des centaines de manifestations de rue, des arrestations massives et abusives ainsi que le déferlement de véritables raz-de-marée humains n’auront pas suffi à amener la gratuité scolaire dans le débat électoral.

Les fédérations étudiantes ont eu beau s’insurger et les grèves sévir sans discontinuer, nos politiciens font la sourde oreille. Les universités, quant à elles, n’ont eu qu’à réclamer cette hausse en prétextant que les droits de scolarité n’ont pas augmenté au même rythme que le coût de la vie, elles ont eu immédiatement satisfaction. Peu leur importe l’avis des étudiants ou la nécessité invoquée de démocratiser l’enseignement supérieur dans une société où l’égalité fait gravement défaut.


Certains ne manquent d’ailleurs pas de souligner que les universités ne sont pas sous-financées, mais que l’argent y est simplement mal distribué. À leur avis, non seulement ces dernières pourraient couper en matière d’administration et de salaires des dirigeants, mais les ressources gagneraient à être transférées davantage vers l’enseignement que vers la recherche, laquelle, en plus d’être largement surfinancée, cannibalise les ressources humaines et matérielles des institutions universitaires.


Une chose demeure certaine : les libéraux disent vouloir faire de l’université un moteur de croissance économique. Mais derrière leurs décisions, il y a une tendance à la marchandisation de l’éducation qui subordonne le rôle des universités à l’économie, au détriment du patrimoine social, culturel et scientifique de l’humanité. Ainsi apparaît-il que la véritable mission de l’enseignement supérieur a été jetée aux oubliettes, alors qu’il importe de la ramener sans plus tarder à l’avant-scène.

 

L’éveil progressif d’un peuple


Il y a cinquante ans, après des siècles d’obscurantisme et d’ignorance, la réforme de l’éducation s’est érigée au rang de valeur inestimable aux yeux de nombreux Québécois. Le rapport Parent avait fait de la gratuité scolaire une condition nécessaire pour sortir le Québec de l’illettrisme. Une commission d’enquête, qui devait produire un rapport en cinq tomes, fut menée sur l’état de l’éducation au Québec, avec l’intention de démocratiser le savoir, de même que d’éliminer toute barrière psychologique et financière à l’accessibilité aux études. Progressivement, le Québec s’éveillait. Quelques années plus tard entrait en vigueur le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de l’Organisation des Nations unies (ONU), dont l’article 13 valorise l’instauration graduelle de la gratuité scolaire. Il est du reste intéressant de souligner que le Canada a adhéré à ce pacte et qu’il en fait toujours partie. Depuis, le principe même de la gratuité a fini par sombrer dans l’oubli.

 

Pour la justice et l’équité en éducation


Aujourd’hui, on nous ressort que le principe de gratuité scolaire est une « utopie ». Ce qui était valorisé et réclamé hier, même par les plus hautes instances internationales, est devenu une lubie de rêveurs. Même si dans de nombreux pays la gratuité scolaire a fait des merveilles et propulsé des populations entières dans la modernité et la prospérité. Plusieurs États de l’OCDE, les pays scandinaves, en particulier, ont vu leur niveau de vie et d’éducation dépasser ceux du Canada. La Norvège en est le parfait exemple. La gratuité scolaire n’y a jamais été remise en question depuis son instauration, en 1947. Chaque étudiant norvégien reçoit un montant lui permettant d’étudier à temps plein, libéré de tout travail extérieur susceptible de nuire à ses études. L’accessibilité est également assurée par un système de prêts et bourses accordés à tous, peu importe leur situation sociale et financière.


Ainsi donc, il s’agit d’un choix de société qui s’accorde avec un idéal de justice et d’équité. La gratuité scolaire permettrait en effet au Québec de s’enrichir culturellement, humainement et plus encore. N’oublions pas que l’éducation représente la clé de l’épanouissement des individus d’une société, considérant qu’elle permet le plein développement des talents et des connaissances, le partage du savoir au bénéfice de la collectivité et de l’humanité.


Il est désolant de constater que le dernier débat électoral a exclu cette importante question. Tout comme il est incompréhensible qu’ait été écarté des médias l’un des rares partis politiques québécois à promouvoir la gratuité scolaire, en l’occurrence Option nationale.


À l’échelle internationale, le Québec n’est-il pas déjà reconnu pour sa créativité foisonnante ? Pourquoi devrions-nous nous inspirer d’un modèle éducatif venant du sud, les États-Unis, dont le système d’éducation, en plein marasme, connaît aussi les droits scolaires les plus faramineux ? Ne devrions-nous pas plutôt nous tourner vers des modèles éducatifs qui marchent et qui correspondent davantage à nos valeurs profondes ?

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10 commentaires
  • Stéphane Thellen - Abonné 22 août 2012 02 h 05

    Québec solidaire fait bande à part!

    Merci à Françoise David et à Québec solidaire, de porter seuls, cette question de la gratuité!

    • François Ricard - Inscrit 22 août 2012 10 h 25

      Depuis toujours, M. Aussant parle de gratuité scolaire. Il en parlait même lorsqu'il était au PQ dans les présentations de l'ABCD de la souveraineté.
      La gratuité scolaire est aussi au programme de l'ON.
      Il faut rendre à César....

    • Dominique Beaulieu - Inscrit 24 août 2012 00 h 39

      Ce n'est pas une bonne stratégie.
      Premièrement, Jean Charest aime Françoise David, ce qui est mauvais signe sur qui QS aide vraiment.
      Deuxièmement, la gratuité ne reçoit pas l'appui de la majorité de la population. En campagne électorale, ce n'est pas le temps de partir ce genre de réflexion.
      Troisièmement, QS et ON peuvent promettre ce qu'ils veulent, ils ne formeront pas le gouvernement. Pire, ils aident la CAQ et le PLQ.

  • Roland Guerre - Inscrit 22 août 2012 02 h 47

    Pour la gratuité

    L'actuelle campagne électorale reprend les vieilles recettes du théa^tre de boulevard pour "oublier" le débat principal : la restauration du contrat social, la définition de la nouvelle Charte. La politique de l'éducation, de la recherche, s'inscrit dans ce cadre. La Classe, les organisations étduiantes, posent, avec justesse, le problème de la gratuité, engagement souscrit mais non respecté ; de la place du savoir, des rapports enseignement - recherche. Enseignement supérieur et recherche sont indissociables, se nourrissent l'un l'autre. Les avancées de la recherche irriguent l'enseignement supérieur, qui, à son tour, nourrit les autres niveaux d'enseignement.
    Le désir des principaux chefs de file de ne pas voir le sein de l'Alma mater n'épargnera pas au pays le vigoureux et indispensable sur l'éducation, la gratuité, l'élargissement de l'accès à l'enseignement supérieur, la gestion des universités. Universitaires et étudiants sont prêts à poursuivre leurs travaux sur la politique éducative. Le printemps érable donne de beaux fruits. Le personnel politique gagnerait à participer à la cueillette.

  • François Ricard - Inscrit 22 août 2012 06 h 52

    Un peu de la faute des étudiants

    Qs et ON ont la gratuité scolaire inscrite à leur programme respectif.
    M. Aussant parle de gratuité scolaire sur toutes les tribunes, fort peu nombreuses, qu'on lui offre.
    Où sont alors les étudiants ? Où sont les associations étudiantes?Quel support donne-t-on à M. Aussant? Le silence.
    M. Aussant, qui était de toutes les manifestations et marches ce printemps, exclu des débats télévisés, n'a jamais reçu aucun support des étudiants dans sa bataille pour y être inclus.
    Mais M. Aussant et l'ON continuent à croire que la scolarité gratuite est une source de richesse pour un pays.

    • Viviane Genest - Inscrite 22 août 2012 12 h 59

      Je crois que l'électorat de ON est jeune et très étudiant, ces mêmes étudiants le suivent sur les médias sociaux. Beaucoup d'étudiants dans mon entourage vont voter ON.

      Faut quand même pas blâmer les étudiants pour le manque de visibilité de ON. Ce qui est innacceptable c'est qu'il est exclus des débats télévisés.

  • Jean Alfred Renaud - Inscrit 22 août 2012 07 h 17

    Vous avez strictement raison, mais

    Un titre plus descriptif mais trop long aurait été : « Les vieux partis du PLQ, du PQ et du nouveau vieux parti de la CAQ, complices de leur monopole médiatique, choisissent leur camp et marchandisent l'instruction de nos enfants et petits-enfants. »

    Ils doivent faire leur juste part, disent-ils. Serons-nous la dernière nation de la planète à réaliser que l’éducation est un investissement payant?

    Ces vieux partis – avec le très communautaire Québec solidaire – bafouant la Loi électorale du Québec, sont allés jusqu'à occulter le programme du seul parti crédible qui considère la gratuité scolaire comme un investissement payant. Seul Option nationale présente un programme qui se donne les moyens de ses ambitions.

    Ne soyez pas dupe, voyez plutôt vous-mêmes : http://www.optionnationale.org/la-plateforme

    • Paul Doyon - Abonné 22 août 2012 11 h 56

      La gratuité à tous les niveaux était un objectif du parti libéral des années 60. Le discours de "la juste part", c'est celui des Charest, et de tous les perroquets du parti libéral auquel s'assimile François Legault. Il faut déplorer que le PQ ne propose pas la gratuité, mais quand même ne pas oublier que le PQ, qui a peut-être plus de chance que QS et ON le 4 septembre, s'engage à annuler la hausse et à convoquer des états généraux sur l'enseignement supérieur. Qu'est qui empêchera alors tous ceux qui croient la gratuité nécessaire pour le Québec d'amener ces états généraux à conclure à l'urgence de la réaliser? Quitte, si cela ne suffit pas, à revenir aux casseroles! Les élections ne sont pas un mandat en blanc ni une licence d'agir à sa guise jusqu'aux prochaines élections. La démocratie exige beaucoup plus; c'est ce que viennent de nous rappeler les étudiants.

      Paul Doyon
      Montreal

  • Albert Descôteaux - Inscrit 22 août 2012 10 h 00

    L'exemple du Bresil

    Les meilleures universités brésiliennes sont les universités fédérales, publiques. La scolarité y est gratuite, mais pour y être admis, il faut passer des concours nationaux où la compétition est très forte. Pour ceux qui ne réussissent pas à y être admis, il y a les universités d'état (gratuites aussi, mais moins prestigieuses) et les universités privées.

    Je suis en faveur d'un système d'universités publiques gratuites de haut niveau, accessible aux plus brillants des étudiants québécois. Ce serait certainement un investissement sûr.