Hidjab olympique : vous avez dit «émancipation»?

La judokate sahoudienne Wojdan Shahrkhani a pris part à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres.
Photo: Matt Dunham Associated Press La judokate sahoudienne Wojdan Shahrkhani a pris part à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres.

Je n’ai pu m’empêcher de sourciller, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques, en entendant les chroniqueurs sportifs Guy D’Aoust et Marie-José Turcotte se féliciter de la participation de la Saoudienne voilée Wojdan Shahrkhani à la compétition de judo. Avec elle, sa compatriote Sarah Attar a pu courir le 800 mètres la tête couverte d’un hidjab, et l’équipe féminine iranienne de soccer a pu concourir vêtue du voile islamique.


S’il y a lieu de se réjouir de la première participation de femmes d’Arabie saoudite aux Jeux olympiques, les conditions de cette participation n’ont rien d’émancipateur contrairement à la vision à courte vue défendue par plusieurs.


Pour bien juger de la chose, il faut se demander ce que gagnent les femmes des pays islamistes à la participation d’une vingtaine de femmes voilées à des événements internationaux comme les Olympiques, ce que gagnent les régimes islamistes qui les y envoient, et ce que perd l’ensemble des femmes de la planète à voir ainsi affiché l’un des symboles les plus ostentatoires de l’infériorité dans laquelle ces mêmes régimes cherchent à les maintenir.

 

Émoussement des valeurs


Il est pour le moins paradoxal de voir un signe d’émancipation dans la présence de Saoudiennes voilées alors que leur pays, qui applique la charia, ne leur accorde ni le droit de vote, ni de conduire une voiture, ni de travailler librement, ni de se livrer à des compétitions en public et ni même d’y assister ! Et nos chroniqueurs ont oublié de mentionner que Sarah Attar devait s’entraîner aux États-Unis, que Wojdan Shahrkhani devait en tout temps être accompagnée et surveillée par un homme de sa famille et éviter de se trouver en contexte de mixité.


Les femmes saoudiennes n’ont ainsi absolument rien gagné à la participation de la judoka et de la coureuse, et elles n’auraient rien perdu si le Comité international olympique (CIO) avait maintenu sa décision initiale de refuser ce signe à la fois religieux et misogyne. Tout au plus, deux sportives auraient été privées d’un billet gratuit pour Londres.


Il est évident que l’Arabie saoudite n’a pas envoyé Shahrkhani et Attar à Londres pour montrer au monde qu’elle s’ouvrait à l’égalité des sexes. Ce pays envisage d’ailleurs de construire des villes entièrement réservées aux femmes afin qu’elles puissent y travailler sans jamais avoir à côtoyer d’hommes !


L’Arabie a plutôt réussi à infléchir les organisations sportives internationales en imposant ses conditions et ses valeurs religieuses à l’ensemble de l’univers du sport. L’instrumentalisation des Jeux olympiques à cette fin devient ainsi un autre symbole de l’émoussement des valeurs républicaines et universalistes vers lesquelles tendaient les Jeux. L’islamisme politique continue ainsi son avancée dans les organisations internationales en se drapant d’une vision chimérique des droits de la personne.


L’aspect émancipateur de telles rencontres internationales est réduit à néant parce que la supposée ouverture consentie aux femmes se fait en maintenant toutes les contraintes religieuses ou machistes qui bloquent leur accession à l’égalité. Le même constat peut être fait pour le voile en milieu de travail.

 

Accrocs à la Charte olympique


Cette participation de femmes voilées ne s’est faite qu’au prix d’accrocs majeurs à la Charte olympique, une charte d’inspiration nettement laïque. Au chapitre 1 (2.7), on peut lire que « le rôle du CIO est d’encourager et de soutenir la promotion des femmes dans le sport […] dans le but de mettre en oeuvre le principe de l’égalité entre hommes et femmes ».


Au chapitre 4 (27.6), on souligne que les comités nationaux olympiques « doivent résister à toutes les pressions, y compris les pressions politiques, juridiques, religieuses ou économiques qui pourraient les empêcher de se conformer à la Charte olympique ».


Enfin, au chapitre 5 (51.3), la charte stipule qu'« aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique ».


« Les Jeux doivent rester apolitiques et areligieux », avait d’abord déclaré Lassana Palenfo, chargé par le CIO de gérer les demandes de pays musulmans. Mais le CIO fait en même temps pression sur les associations sportives pour qu’elles accroissent la participation des femmes. Cette pression, et sans doute celle des pétrodollars, a eu raison des autres principes.


Pour justifier sa position, le CIO l’a présentée comme un accommodement respectant « les sensibilités culturelles », un argument repris chez nous par les tenants de la « laïcité ouverte ». Pourtant, c’est bien au nom de la religion, et non de la culture, que cette exigence du hidjab était réclamée.

 

Toilettes pour musulmans


Une telle exigence ne vient jamais seule. Déjà, en 2006, la Commission islamique des droits de l’Homme demandait que la date des Jeux de Londres soit reportée parce qu’elle coïncidait avec le ramadan ; cela allait donc désavantager les musulmans qui, pendant cette période, s’interdisent de boire et de manger entre le lever et le coucher du soleil. Le CIO n’a heureusement pas obtempéré, du moins pour cette fois.


Ce n’est pas la plus invraisemblable des demandes des islamistes. Le quotidien britannique Daily Mail nous apprenait que des toilettes spéciales ont été aménagées afin que les musulmans soient assurés de ne pas être dans la direction de La Mecque lorsqu’ils satisfont leurs besoins naturels, tel que le prescrit le Coran. Combien de musulmans se soucient de cette prescription lorsqu’ils louent un appartement ou achètent une maison ?


Le principe fondamental de l’olympisme est de « mettre le sport au service de l’humanité ». Si l’on cherche à concilier ce principe avec un mode de vie qui met la société tout entière au service de la religion, la collision est assurée.

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Daniel Baril - Militant laïque et libre penseur

10 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 20 août 2012 07 h 20

    Fléau national et international

    Très avisé cet article de M. Baril qui ressort les incongruités du CIO.
    Pourquoi ce dernier ne respecte-t-il ses propres règles? on peut supposer que le CIO croît peut-ètre qu'un jour, un riche pays arabe pourra s'engager à organiser une olympiade avec le faste habituel, ce qui coûte de plus en plus cher à organser pour nos pays occidentaux de plus en plus pauvre. Alors, on laisse passer ces transgressions aux règles par quelques voiles islamiques, qui un jour, amèneront des problèmes à ces jeux!

  • Pierre Rousseau - Abonné 20 août 2012 11 h 31

    Hiérarchie de droits?

    Cet article reflète bien la difficulté de concilier les droits humains dans le domaine public. Sans approfondir le sujet du voile et de son symbolisme religieux, on peut constater que l'on est en présence d'un conflit entre deux droits fondamentaux, d'une part l'égalité entre les femmes et les hommes et, d'autre part, la liberté de religion. Quand il arrive que ces deux droits soient en conflit, peut-on dire qu'un droit a préséance sur l'autre? et si oui, lequel? Sinon, si ces droits sont égaux, comment traiter de ce genre de conflit?

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 20 août 2012 13 h 56

      On ne peut pas parler de liberté de religion, car dans l'expression "liberté de religion", il y a précisément le mot "liberté". Or, ce voile, je refuse d'admettre qu'elles ont la liberté de le porter ou non. Je ne doute pas que des musulmanes choisissent réellement de porter le voile, mais je ne crois absolument pas qu'elles le choisissent toutes librement, spécialement pas celles qui viennent d'Arabie Saoudite et d'Iran, où on va jusqu'à l'imposer légalement.

      La liberté de religion, ça vaut lorsqu'un individu réclame lui-même son propre droit d'agir conformément à ses croyances religieuses. Lorsque des individus dominants revendiquent le droit d'imposer à des individus dominés de faire quelque chose parce que ça fait partie de leur religion, ce n'est plus de la liberté de religion, mais de la tyrannie religieuse.

    • Claude Verreault - Inscrit 20 août 2012 15 h 20

      Le port du voile ne relève pas de la liberté de religion; il faut être aveugle pour y voir un conflit avec l'égalité entre les hommes et les femmes.

  • Claude Verreault - Inscrit 20 août 2012 12 h 34

    Bravo!

    Et merci pour ce texte pertinent et percutant. Les commentaires de Guy D'Aoust et Marie-Josée Turcotte n'ont rien de surprenant. Ils travaillent au service des sports et ils sont incapables de porter un regard critique sur les JO; il fallait voir l'excitation de Mme Turcotte quand elle nous a annoncé que la SRC avait obtenu les droits de radiodiffusion des deux prochains JO. Par ailleurs, ces deux journalistes sportifs oeuvrent au sein d'une société qui se fait le plus grand apôtre du multiculturalisme avec, hélas, les accomodements qui viennent avec.

  • Annie-Ève Collin - Inscrite 20 août 2012 14 h 03

    Merci

    Je suis ravie de voir qu'il se trouve encore des gens pour le dire clairement et sans gêne : le voile islamique est un symbole religieux, un symbole politique et il est à la fois un symbole d'infériorisation de la femme ET une pratique discriminatoire contre les femmes. Il n'y a rien de xénophobe à dire quelque chose d'aussi évident pour quiconque s'informe sérieusement sur les raisons pour lesquelles des musulmanes portent un voile (intégral ou non).

    Oui, en portant un voile, la femme fait du prosélytisme religieux. Oui, elle fait du prosélytisme politique. Oui, elle exprime un message en ce qui concerne les rapport entre les sexes. Le voile n'est ni un simple bout de tissu, ni un simple vêtement culturel, il n'y a pas de neutralité possible quand on porte un voile islamique.

    • Albert Descôteaux - Inscrit 21 août 2012 00 h 17

      Bien d'accord avec le prosélytisme du voile. En effet, c'est comme si j'écrivais en grosse lettre au dos de mon manteau que Dieu n'existe pas (je suis athée). Et que j'ai raison (bien sur).

      Je crois que beaucoup seraient insultés/incommodés que j'exprime ainsi mes croyances et seraient sur la défensive. Il en est ainsi pour le voile.

  • Yvon Bureau - Abonné 20 août 2012 18 h 48

    Reconnaissance

    Merci M. Baril pour cet article si exact et si nécessaire.

    Écrivez encore svp.