Polémique autour de Djemila Benhabib - La laïcité pour assurer la paix sociale et l’égalité des femmes

La candidate du Parti québécois Djemila Benhabib à Trois-Rivières, mardi, en compagnie de Pauline Marois
Photo: La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson La candidate du Parti québécois Djemila Benhabib à Trois-Rivières, mardi, en compagnie de Pauline Marois

Djemila Benhabib, le maire Jean Tremblay de Saguenay. Voici deux personnes représentant des idées très opposées au sujet des religions… Une femme. Et un homme. Capables tous deux d’influencer la société. Par la politique.

J’ai eu l’occasion de rencontrer personnellement Djemila à Montréal lors d’une réunion du Comité citoyen pour l’égalité et la laïcité. J’ai aussi lu les livres qu’elle a publiés. Cette femme de culture musulmane féministe et laïque n’a jamais eu besoin de quêter des accommodements religieux dans son pays d’adoption qu’est le Québec pour s’y intégrer. C’est une femme forte qui a placé l’amour, la justice, la liberté et l’égalité des personnes au-dessus des conflits religieux qu’elle a fuis (avec son père) quand des fondamentalistes politico-religieux islamistes ont envahi sa patrie. Elle sait ce dont elle parle. Elle sait ce qu’est l’abus religieux. Le maire Tremblay le sait-il ?


En tant que femme de culture chrétienne féministe et laïque, je pense comme Djemila et comme ces femmes d’autres confessions religieuses, elles aussi libérées de la séduction légaliste et dogmatique des religions patriarcales qui, trop longtemps, ont entretenu l’inégalité entre les sexes. Et l’entretiennent encore…


J’aimerais rappeler ici une citation (que j’aime répéter) de Galeb Bencheikh : « La laïcité est la loi qui garantit l’exercice de la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi. » La laïcité respecte aussi autant les croyants que les non-croyants. Comme Djemila, je désire une Charte de la laïcité au Québec, pour assurer la paix sociale et pour vivre ensemble sans heurt culturel ou religieux dans le futur.


J’espère que le maire Tremblay de Saguenay réfléchira à sa bourde. Dans certains pays du monde islamiste où s’enchevêtrent religion et politique, il y a des citoyens, des clans, des sociétés qui sont en train de s’entretuer pour prôner la supériorité de leur Dieu, pour imposer leur façon de concevoir la vie, la femme, et le monde… Notre maturité en tant que peuple nous défend ce comportement rétrograde.


Le maire Tremblay est censé connaître ce message : « Remets à César ce qui est à César, et remets à Dieu ce qui est à Dieu. » C’est-à-dire : n’entremêle pas la politique avec la spiritualité. Ce n’est pas de même dimension.


Un État évolué politiquement n’imposera jamais à ses citoyens et citoyennes une croyance plus qu’une autre. Cependant, les valeurs du coeur et de l’esprit des dirigeants que nous choisissons permettent soit d’évoluer, soit de régresser dans nos relations humaines citoyennes. Je souhaite donc ardemment que la voix de cette femme libre, représentant la majorité des femmes québécoises, puisse se faire entendre au sein de notre Assemblée nationale.


Si Djemila Benhabib a été invitée à prendre la parole devant les membres du Sénat français en 2009, je crois qu’elle peut faire beaucoup au sein du gouvernement du Québec et à l’échelle internationale pour le respect des droits de la personne, surtout celui de l’égalité des hommes et des femmes qui doit primer sur tous les autres droits, religieux y compris.

***
 

Angélyne Vallée - Saint-Georges

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

21 commentaires
  • André Loiseau - Inscrit 17 août 2012 00 h 38

    L'Église et l'état: même combat?

    La commission Bouchard-Taylor avait déjà recommandé d'enlever le crucifix de cet endroit précis. C'est Duplessis qui l'avait imposé à l'Assemblée nationale pour mieux symboliser la dépendance du Québec, à genoux devant le religieux. Dans ses réflexions précédentes, Djemila avait constater ce fait et celui qu'il ne serait qu'équitable de le faire en un état qui se voudrait vraiment laïque...devant ses citoyens.

    Il n'y aurait qu'à déménager l'objet traditionnel dans le salon bleu. Est-elle si jolie la fameuse tradition rappellant une domination cléricale devenue trop souvent néfaste?

    Cette dame est d'un courage et d'une franchise à toutes épreuves. Il gfallait la protéger. Pourquoi donc l'avoir envoyé dans uin comté pareil?
    Je n'ose croire à aucuns calculs de la part du PQ.

    • Solange Bolduc - Inscrite 17 août 2012 11 h 20

      Oui, parlons-en de la domination cléricale ! Et c'est ce fond de culture désuete qui empêche le Québec d'évoluer, rapetisse sa propre culture !.

      La soumission à un Dieu qui n'existe pas, nous restreint dans nos choix, même politiques, nous empêche d'être libre! Et la liberté est remplacée par la peur de soi, des autres, de la différence qui, pourtant, permet de prendre ce qu'il existe de meilleur chez les autres.

      Pensons seulement, à titre d'exemple, à la cuisine ethnique ! Combien de Québécois se privent de goûter à certains mets que certains même considèrent comme répugnant à cause des odeurs "ou textures, qu'ils flairent" comme de mauvais goût !

      Désolant !

    • Loraine King - Inscrite 17 août 2012 11 h 30

      En fait, Duplessis a installé le crucifix à l'Assemblée nationale alors qu'il se battait farouchement contre le droit de vote des québécoises. Ironique tout de même que Madame Marois tient à conserver ce symbole de l'opression des femmes dans le lieux même ou s'exerce l'autorité de l'état sur le peuple québécois.

      Va-t-on enlever le crucifix du toit de l'Hôpital du Sacré-Coeur ? Sans doute que non. Madame Marois et ses sbires préfèrent s'en prendre aux individus.

    • Jean Bouthillette - Inscrit 17 août 2012 13 h 56

      Et dire qu'il serait relativement facile pour un prochain gouvernement disposé à établir une saine loi sur la laïcité de l’état d’en finir avec cet “épineux” problème du crucifix à l'Assemblée Nationale.

      Me référant à <a href="http://www.ledevoir.com/non-classe/129565/assemble excellent article</a> de Jean-Pierre Proulx paru sur le sujet dans Le Devoir du 2 février 2007, je prétends qu’iI suffirait d'un tout petit peu de courage politique pour, prenant tout bonnement la question à bras le corps, affirmer haut et court que ce crucifix mérite bien qu’on lui réserve une bonne place à l’intérieur de l’Hôtel du Parlement à un endroit où sa valeur historique serait reconnue sans ambiguïté aucune…

      Pourquoi encore aujourd'hui continuer d'encourager les citoyens québécois à croire que retirer le crucifix de cet espace qui ne lui sied pas est un acte négatif ?

      Déjà en 2007, l'action positive à poser était pourtant tellement bien tracée dans <a href="http://www.ledevoir.com/non-classe/129565/assemble article</a> de Jean-Pierre Proulx

  • Gisèle Filion - Inscrite 17 août 2012 06 h 10

    Jean Tremblay dérape

    Madame Benabib fait tout le contraire de ce que lui reproche Monsieur Jean Tremblay .
    Elle ne nous dit pas quoi faire, au contraire elle affirme que malgré son opinion personnelle, elle va se rallier à la position du PQ.
    Monsieur Tremblay peut-il comprendre cela?

  • Pierre Côté - Inscrit 17 août 2012 06 h 25

    Lettre à monsieur le maire

    Monsieur le maire,

    « La laïcité est la loi qui garantit l’exercice de la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi », Djemila Benhabib.

    Cette simple citation représente mon opinion et vous devriez vous pencher sur sa signification.

    Si Dieu existe, il est le même pour tous, et ses lois d'amour, de respect et de justice sont universelles.

    Dans l'histoire, la référence à UN DIEU associé à UNE RELIGION n'a créé que le chaos, le désordre et la violation des lois universelles d'amour. Votre opinion entraine ce chaos au nom de VOTRE DIEU. N'en êtes-vous pas conscient ?

    Il est souhaitable de se recueillir en silence avant une réunion pour se recentrer et être plus efficace. Ceci est également une loi universelle que prônent toutes les religions. Cependant, si l'on associe ce temps de recueillement à une religion en particulier, l'effet bénéfique souhaité peut devenir diabolique, et ce, particulièrement lorsqu’il s’agit de promulguer une loi terrestre.

    Comme le montre la réaction à votre prise de position, disons extrême, qui tient plus de l'extrémisme chrétien que de l'amour, l'effet de votre position est bien diabolique. Est-ce ce que vous souhaitez ?

    Seriez-vous plutôt un de ces faux dévots qui, s'entourant d'une auréole de sainteté, viole sans vergogne les lois universelles d'amour, de respect et de justice prônées par JÉSUS VOTRE SEIGNEUR ?

    Pierre Côté.

    • Solange Bolduc - Inscrite 17 août 2012 11 h 29

      Les faux dévôts, on appelait ça dans ma Beauce natale, des grenouilles de bénitier, celles-ci pratiquant l'hypocrisie comme le font certains de nos politiciens !

      Les politiciens ont souvent hérité, à quelques exceptions près, du désordre mental et pervers de la religion catholique ou autres. L'absence de liberté de penser en tant qu'indivudu autonome, rend malade, nous aliène à un pouvoir inhumain, où l'injustice impose la soumission par le silence, ce qui engendre nécessairement la peur de l'autre, l'insécurité.

  • Claude Paradis - Abonné 17 août 2012 07 h 20

    Réflexion éclairante

    Je vous remercie, Mme Vallée, de cette lettre très éclairante, parce que très digne. Je ne connaissais pas cette citation de Galeb Bencheikh, que je conserverai précieusement. Une société laïque, c'est ce que le Québec souhaitait devenir dès la Révolution tranquille, mais le clergé catholique était alors trop influent pour qu'on y parvienne. L'État doit absolument se détacher, se distancer du spirituel. Quiconque croit posséder LA vérité est une menace pour la justice et l'égalité sociale.

    • Paul Gagnon - Inscrit 17 août 2012 15 h 40

      « Quiconque croit posséder LA vérité est une menace pour la justice et l'égalité sociale. » Cela inclut-il tout le monde et son père, et cela de tous les côtés?

  • Gilles Gagné - Abonné 17 août 2012 09 h 13

    Bravo!

    Et ce texte provient d'une région et mon appui d'une autre région du Québec, c'est ainsi que l'on ne retrouve pas que des pro Tremblay dans les régions contrairement à ce que j'entends de la part de certains journalistes. On catalogue bien vite dans ces polémiques et on s'étonne de la polarisation ensuite.