Nos Olympiques à nous : une campagne électorale

Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir

Août 1964-août 2012. Quarante-huit ans de journalisme marqués par une intense activité politique : 15 élections fédérales, 12 élections québécoises et trois référendums. Et c’est aux premiers jours de ma retraite officielle de Radio-Canada que le premier ministre Jean Charest déclenche une autre élection québécoise.

La campagne électorale est aux journalistes qui couvrent la politique ce que les Jeux olympiques sont aux journalistes sportifs : un moment privilégié, l’aboutissement d’un long processus, l’heure de vérité et la promesse d’un renouveau.


Bien sûr, il y a des élus qui renoncent au combat et qui partent avec le sentiment personnel du devoir accompli. L’histoire jugera.


Il y a ceux qui ont exercé le pouvoir et qui sollicitent un renouvellement de mandat. À vous de dire s’ils le méritent. Encore faut-il faire l’effort d’évaluer le chemin parcouru. Les promesses des dernières élections ont-elles été tenues ? Qu’en est-il de l’état des finances publiques, de l’économie, de l’emploi, du français à Montréal, des régions, de l’environnement, de l’accès aux soins de santé, des urgences, des listes d’attente, de la jeunesse, de l’éducation, du sort des aînés, des plus démunis, de l’éthique, des caisses électorales ? Dans cette évaluation, il nous manquera un élément important : la réponse de la commission d’enquête Charbonneau sur la corruption. Elle viendra, mais après les élections.


Notre premier regard doit porter sur ce que nous connaissons le mieux, l’état de la situation dans nos régions respectives. Ensuite, sur l’ensemble de la situation.

 

Un seul événement suffit…


L’histoire politique nous apprend qu’un événement particulier peut faire oublier bien des choses et changer le cours de l’histoire.


Pierre Elliott Trudeau est devenu le candidat idéal, le champion du Canada après avoir dit non au premier ministre Daniel Johnson père sur la revendication d’un statut particulier pour le Québec lors d’une conférence fédérale-provinciale en février 1968. Il occupait alors le poste de ministre fédéral de la Justice. Dix jours plus tard, il devenait candidat à la succession de Lester Pearson. Il a gagné la dure course au leadership du PLC et les élections de 1968, au lendemain de l’émeute de la Saint-Jean à Montréal.


La crise d’octobre de 1970 a éliminé le Front d’action politique, le FRAP, l’opposition à Jean Drapeau, aux élections de Montréal en novembre, en pleine crise. Robert Bourassa a remporté sa plus grande victoire après un important conflit avec les syndicats et l’emprisonnement des trois présidents des grandes centrales en 1973. Joe Clark, premier ministre d’un gouvernement minoritaire, est tombé dans le piège de la démission de Trudeau en présentant un premier budget sans protéger ses arrières. Il a été battu et a perdu le pouvoir. Pierre Trudeau a mis sa démission au rancart et est redevenu premier ministre.


Le soir du référendum de 1995, le commentaire du premier ministre Jacques Parizeau sur l’argent et les votes ethniques a mis un terme à sa carrière et donné le pouvoir à Lucien Bouchard. Et le passage d’un Jack Layton sympathique et malade à la populaire émission Tout le monde en parle lui a valu une grande estime de la part des électeurs québécois. Et je pourrais allonger cette liste d’événements qui ont bouleversé les choses pour chacune des 27 élections du demi-siècle dernier.

 

Et vous, ces derniers mois ?


Pendant des mois, vous avez été très sévères envers le gouvernement Charest. Vous avez dit votre insatisfaction dans de nombreux sondages. L’affrontement des derniers mois entre les étudiants et le gouvernement, le bruit des casseroles, les foules dans la rue viendront-ils renverser la tendance cette fois-ci ? Le premier ministre et chef du Parti libéral du Québec saura-t-il se faire aimer le temps d’une campagne électorale, suffisamment pour conserver le pouvoir ? Pourra-t-il faire oublier les multiples crises, les nombreuses démissions de ministres vedettes fragilisés par des dossiers controversés ?


La chef de l’opposition officielle et du Parti québécois, Pauline Marois, n’a pas été épargnée. Forte dans les sondages un jour, tirée vers le bas par la démission de plusieurs de ses députés le lendemain, responsable d’une erreur politique pour avoir voulu mettre à l’abri des poursuites le projet d’amphithéâtre du maire Labeaume à Québec, verra-t-elle un petit carré rouge faire oublier le travail acharné de ses députés pour dévoiler des dossiers chauds de ministres libéraux, garderies et autres ? Et quel sera l’impact de la division des forces souverainistes pour le PQ ?


L’ADQ a été avalée par la CAQ. Sa députée, Sylvie Roy, qui a vu sa circonscription disparaître et qui doit faire maintenant la bataille dans une circonscription voisine, a été la première à l’Assemblée nationale à réclamer la tenue d’une enquête publique sur la corruption dans l’industrie de la construction à laquelle Jean Charest s’est opposé farouchement avant de céder. Qui s’en souviendra le jour de l’élection ? Quelques sondages ont éloigné certains des candidats prestigieux promis par François Legault pour la Coalition avenir Québec. Souhaite-t-il que le miracle du NPD se répète pour lui ?


Québec solidaire ? Amir Khadir a été un des députés les plus populaires de l’Assemblée nationale. Paiera-t-il pour son appui aux étudiants… et à sa fille ? Sa collègue Françoise David réussira-t-elle à se faire élire, cette fois-ci ?


Jean-Martin Aussant avec son Option nationale et les autres qui nous livreront leurs messages et à qui on accorde peu de chances ne seront-ils que des trouble-fête ?


Léo Bureau-Blouin, la nouvelle recrue du PQ, quel repêchage ! Un jeune qui ose. Un rayon de soleil dans cette campagne électorale. Je dirais la même chose s’il avait choisi une autre formation politique. Je me souviens de Claude Charron qui sortait d’une crise étudiante dont il avait été un des leaders et qui avait osé lui aussi. Il a été élu en 1970 dans le quartier populaire de Saint-Jacques à Montréal, une des rares victoires du PQ dans cette élection. Jean Charest lui-même a été élu député conservateur à 26 ans et nommé ministre à 28. Et Mario Dumont, si jeune quand il a tenu tête à l’establishment du PLQ et participé à la création de l’ADQ dont il est devenu le chef.

 

Mais d’abord, merci


En ce début de campagne électorale, un mot s’impose : merci.


Merci à tous ceux qui choisissent de se présenter devant nous par conviction et par intérêt légitime pour nous demander de leur faire confiance. Des centaines de candidats, souvent parmi les meilleurs, ne seront pas élus, mais ils auront participé à notre vie démocratique. Ceux que nous choisirons auront la responsabilité de nous servir. Viendra ensuite une autre élection où ils seront jugés.


Quant à nous, électeurs, nous avons le droit de réclamer des idées clairement exprimées, des promesses réalistes, des analyses sérieuses des programmes politiques. Nous avons la responsabilité de ne pas nous laisser guider par des slogans vides, des attaques sournoises et succomber aux campagnes de salissage. À vous écouter depuis tant d’années, je sais que vous pouvez vous faire confiance.


Je nous souhaite une belle campagne propre. Rêveur dites-vous ? Pourquoi pas ?

***

Pierre Maisonneuve - Journaliste de Radio-Canada nouvellement retraité, animateur ces neuf dernières années de la tribune téléphonique Maisonneuve en direct à la Première Chaîne

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

6 commentaires
  • Roland Guerre - Inscrit 2 août 2012 02 h 50

    La relève

    L'observateur attentif oubliera sa retraite pour suivre les pas de la jeune génération. J'ai la conviction que la jeune génération s'engagera pleinement dans la bataille, que son vote modifiera le paysage politique actuel. Elle est à même de relever les défis, que nous devons affronter, de nous entraîner à la construction d'une nouvelle Charte.

  • Ginette Bertrand - Inscrite 2 août 2012 03 h 13

    Paroles de grand sage

    Merci et puissiez-vous être entendu!

  • Fernand Lachaine - Inscrit 2 août 2012 16 h 37

    Les jeunes.

    Contrairement aux vieux (j'en suis un) retraités, les jeunes sont en train de nous montrer que la démocratie existe bel et bien.
    Beaucoup parmi nous avons été silencieux, au point où on nous a donné un titre: La majorité silencieuse...
    Mais les temps changent.
    Les jeunes nous ont invité sur la place publique et nous y sommes rendus avec nos casseroles.
    À mon avis, c'est à nous-mêmes qu'il faut se dire merci car c'est l'évidence même que le Québec ne sera plus jamais le même, indépendamment du résultat des élections.
    "Nos Olympiques à nous" devraient ressembler aux Olympyques: Se tenir à une date presque fixe.
    Peut-être que nos jeunes vont aussi faire ce changement.

  • Yvon Bureau - Abonné 2 août 2012 20 h 20

    Sagesse si espérée

    «Merci à tous ceux qui choisissent de se présenter devant nous par conviction et par intérêt légitime pour nous demander de leur faire confiance». J'aime.

    Pierre, merci pour ce merci. Si nécessaire et si vrai.

    Nos députés méritent tellement plus. Et ceux et celles qui veulent le devenir.

    Et j'aime aussi : « À vous écouter depuis tant d’années, je sais que vous pouvez vous faire confiance.»

    Pierre le sage, innonde-nous souvent de ta pensée, de tes pensées. Nous sommes si souvent en temps de sécheresse !

  • Denyse Fyfe - Abonnée 2 août 2012 21 h 19

    Bonne retraite M.Maisonneuve


    Je vous ai écouté pendant 25 ans, avec bonheur. C'est certain que je m'ennuie déjà de vous. Je vous souhaite une retraite heureuse et pleine de plaisirs.

    J'ai bien apprécié cette première chronique et vous encourage à continuer...même si quelques coquilles comme:

    - la phrase de Parizeau rapportée à la sauce de LaPresse ou de la SRC (?)
    Écoutez bien sur le fil de presse sa vraie déclaration : "battus par quoi ?" « Par l'argent et DES votes ethniques ». Voir la définition de "DES", dans Le Petit Robert.

    - Vous dites aussi en parlant de M. Marois : «...., le lendemain, responsable d'une erreur politique pour avoir voulu mettre à l'abri des poursuites le projet de.....»

    Si erreur politique il y eut : c'était d'avoir obligé ses députés à suivre la ligne de parti sur un sujet aussi litigieux ; et non pas d'avoir mis l'entente à l'abri comme le proposait le PLQ. Si ce fut une erreur politique de Marois, comment qualifier celle de M.Charest. A-t-il fait une erreur politique, lui aussi, ou seulement Mme Marois ?

    Je sais que vous allez me trouver pointilleux, mais...


    Jean-Renaud Dubois
    Sainte-Adèle