Archéologie - De la chicane dans la cabane!

La propriété des biens archéologiques est déterminée par la propriété foncière du lieu d’où ils sont tirés.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir La propriété des biens archéologiques est déterminée par la propriété foncière du lieu d’où ils sont tirés.

Les collections issues des fouilles archéologiques effectuées au Québec, conservées dans un lieu précis dans des conditions de conservation nécessaires à leur longévité, lieu appelé « réserve archéologique », sont sous la gouverne du ministère de la Culture et de la Condition féminine (MCCF), ou encore sous la gouverne de Services et Parcs canadiens (Parcs Canada) lorsqu’elles proviennent de territoires sous juridiction fédérale.


Toutefois, la propriété des biens archéologiques est déterminée par la propriété foncière du lieu d’où ils sont tirés. On s’accordait jusqu’à récemment sur un principe général et de bon aloi d’en confier la conservation et la gestion au ministère de la Culture, puisqu’au final, il s’agit des biens patrimoniaux de la collectivité québécoise. Or, il appert que cet aspect important du patrimoine risque de se diluer ou de se perdre par ignorance.


Il est incontestable que les coûts qu’entraîne la conservation de ces biens archéologiques, mais pas nécessairement muséologiques, sont importants, et le risque est grand de vouloir s’en tenir à la lettre de la Loi sur les biens culturels et de passer la « patate chaude » aux propriétaires fonciers désignés.


Peut-on laisser l’histoire s’écrire uniquement en fonction du budget des municipalités petites ou grandes ? Ainsi, sur un territoire municipal, la municipalité est propriétaire de ce qui repose dans son sol ; pourtant l’histoire d’une nation n’est pas affaire de division cadastrale !

 

Grand casse-tête


La connaissance appartient à tous et nul ne doit se l’approprier ou la subtiliser parce qu’on la laisse à la discrétion d’intervenants de certains échelons d’exécution. Le dérapage est facile et irréparable.


Il faut qu’un grand casse-tête compte tous ses morceaux, petits et grands, si on veut en comprendre l’image finale !


Les biens archéologiques enfouis dans le sol que mettent au jour les archéologues et qu’étudient et scrutent les chercheurs constituent un apport inestimable à la connaissance de nos racines. À ce titre, ils doivent être connus et conservés par des professionnels en la matière sous la gouverne du ministère de la Culture du Québec, afin d’assurer la cohésion et la concertation nécessaires à la compréhension de ces collections et à leur valeur de conservation.


Cet apport archéologique au patrimoine pose des jalons essentiels pour avancer sur les marches de l’histoire et comprendre le façonnage des diverses étapes de notre riche culture. Aussi est-il crucial que l’État québécois le prenne en charge, car confier à des fonctionnaires le soin de prendre les décisions et de les mettre en oeuvre risque de soumettre cet apport patrimonial à une fin nébuleuse, car elles sont trop souvent tributaires de tracasseries de tout acabit, de cloisonnement des décisions ou même d’objectifs obscurs inavoués.


Il arrive malencontreusement et presque inévitablement que les objectifs plus ou moins avouables de quelques-uns, aveuglés par leur besoin de gloire, par exemple, entraînent des effets pervers et suscitent de la « chicane dans la cabane ».

 

Des ajustements à apporter


Or aucun mécanisme, en dehors de ceux prévus par le ministère de la Culture (et du Services des parcs si le terrain est propriété fédérale), n’assure le suivi rigoureux du grand cycle des interventions archéologiques et de conservation. Tout dépend donc du degré d’éthique des professionnels directement concernés.


Bien sûr, tout est enregistré et codé pour la tenue de livres, et ce, sur la base d’ouvrages techniques de tenue de gestion et de consultation précis. Le problème n’est pas là.

 

Rameau du patrimoine


La Loi sur les biens culturels, qui répondait à un grand besoin, fut fort heureuse, mais il est normal d’y apporter certains ajustements à la lumière des événements récents et d’y inclure la propriété des collections archéologiques.


Madame la Ministre, il faut s’élever au-dessus de la mêlée pour discerner le réel objectif qui doit apporter à la collectivité la connaissance de son histoire.


Ce rameau du patrimoine que sont les collections archéologiques permet de mieux comprendre le grand « casse-tête » qu’est la culture québécoise. C’est pourquoi, Madame la Ministre de la Culture et des Communications, il est urgent d’en tenir compte.

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Lucie Boivin - Québec

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