Manifeste de la CLASSE - Les libéraux et l’angoisse de la défaite

Lors d’une manifestation nocturne des étudiants, la 75e à Montréal, il y a deux semaines.
Photo: François Pesant Le Devoir Lors d’une manifestation nocturne des étudiants, la 75e à Montréal, il y a deux semaines.

Depuis le lancement de notre manifeste Nous sommes avenir et l’annonce de notre tournée nationale de mobilisation, on a assisté à une réaction épidermique de la part de divers intervenants et intervenantes. Une avalanche de critiques, certaines ayant l’avantage d’être formulées intelligemment, d’autres relevant tout simplement de la diffamation. Dans ce contexte, il nous semble pertinent de rectifier certains faits.

 

Organisation étudiante ou parti politique ?


Voilà une des premières critiques qui nous est systématiquement adressée. Lors du lancement de notre manifeste le 12 juillet dernier, cela a d’ailleurs été la première réaction de nos détracteur-e-s. Une réaction compréhensible : le manifeste aborde en effet des thèmes aussi larges que la justice sociale, l’égalité hommes-femmes, l’environnement et la démocratie. De quoi se mêle-t-on, nous a-t-on alors demandé ?


De nos affaires, justement. Les membres de la CLASSE sont des étudiants et des étudiantes, mais ce sont aussi des travailleurs et des travailleuses, des hommes et des femmes. Les espaces de démocratie directe qui se sont créés durant la grève devraient-ils se limiter à traiter des droits de scolarité et des prêts et bourses ? Il est d’une délicieuse ironie de constater que ceux et celles qui nous reprochent aujourd’hui de nous éparpiller sont les mêmes qui, il y a de cela quelques mois à peine, fustigeaient le mouvement étudiant en le qualifiant de « corporatiste », lui reprochant (déjà injustement) de se mobiliser pour sauvegarder ses privilèges, sans avoir de réflexion sur la capacité de payer de l’État. Il faudrait bien se décider : qu’attend-on de la jeunesse du Québec ? Qu’elle ne se lève que lorsqu’il s’agit de ses propres intérêts, ou qu’elle s’engage réellement dans un débat sur notre devenir collectif ?


Nous ne nous gênons pas de prendre position sur des enjeux de société. Au contraire, nous en tirons fierté. Nous dirions même plus : cela est notre première responsabilité. Il faudrait s’inquiéter de notre génération si, après quatre mois de mobilisation et de débats, nous étions encore en train de discuter bêtement du montant de notre facture universitaire. Nous représentons une partie importante de la jeunesse du Québec, qui s’inquiète de voir la santé et l’éducation se privatiser, la nature vendue au plus offrant, les droits des femmes plafonner et la corruption ronger notre démocratie. Nous nous inquiétons de ce que devient le Québec et il est de notre devoir de le dire haut et fort.

 

Syndicalisme de combat ?


La CLASSE n’est pas un groupuscule. Nous regroupons près de 100 000 membres, soit environ 70 % des étudiants et étudiantes qui étaient en grève lors de l’adoption de la loi spéciale, répartis dans une soixantaine d’associations étudiantes collégiales et universitaires. La CLASSE n’est pas marginale, ni dangereuse, ni obscure : nos instances sont publiques, tout comme les documents préparatoires et procès-verbaux. Nous ne prônons pas la violence gratuite et surtout pas l’intimidation : en tant que partisans de la démocratie directe, nous croyons au contraire que les débats (notamment au sein de nos assemblées générales) doivent se faire dans un climat le plus sain et le plus inclusif possible, afin de laisser à tous et toutes la chance de s’exprimer.


Le syndicalisme de combat, ce n’est pas l’insurrection armée. C’est une forme d’organisation démocratique, autonome, progressiste et militante, dont se réclamaient d’ailleurs les plus grands syndicalistes de notre histoire. Le plus célèbre est évidemment Michel Chartrand, qui l’expliquait à sa manière en 1978 : « Le syndicalisme, ce n’est pas une patente, une compagnie comme IBM, une compagnie internationale ; c’est une façon de vivre […]. » Le syndicalisme combatif, c’est une démocratie syndicale réelle, une valorisation de l’implication de chaque membre et l’organisation de mobilisations massives et d’actions d’éclat afin de faire valoir nos droits face à ceux et celles dont le profit est le seul intérêt. Le syndicalisme combatif, c’est ce qui a donné aux travailleurs et aux travailleuses du Québec les meilleures conditions de travail en Amérique du Nord.

 

L’angoisse de la défaite


Cet été, nous avons décidé de partir en tournée. À voir la réaction des libéraux, de leurs alliés médiatiques et des petits baronnets de région qui leur sont inféodés (nos pensées vont à Jean-Pierre Rioux, maire de Trois-Pistoles et président du PLQ dans Rivière-du-Loup), on croirait que la CLASSE est une horde de barbares partant brûler les villages du Québec. Rassurez-vous, il n’en est rien. Mais pour le règne de cette petite clique d’affairistes, c’est peut-être pire : pour une des rares fois, nous irons directement à la rencontre des gens, sans le filtre des médias, sans la distorsion des commentateurs de mauvaise foi.


Voilà ce qui angoisse les libéraux : nous avons, partout au Québec, des dizaines de milliers de militants et de militantes qui ne demandent qu’à faire la liste des scandales libéraux : Anticosti, loi 78, Plan Nord, gaz de schiste, corruption, droits de scolarité. Pour une des premières fois, peut-être, la machine libérale se sent dépassée. « If they’re shooting at you, you must be doing something right », comme le dit l’un des personnages d’une célèbre télésérie américaine : leur réaction, dont la lettre mensongère de Karl Blackburn au Directeur général des élections est le meilleur exemple, démontre que les libéraux ont, tout simplement, peur de perdre le pouvoir.


Quoi que disent leurs communiqués officiels, les libéraux savent que le conflit étudiant aura stimulé autre chose qu’un bête réflexe de type law and order. Les libéraux savent également que notre mobilisation a éveillé des idées endormies, redonné vie à des projets morts : démocratie directe, justice sociale et environnementale, égalité, gratuité scolaire. Les libéraux savent que la jeunesse du printemps québécois a un avantage : elle a encore des projets, elle a encore des rêves. Nous sommes fatigués de la corruption et de la vente aux enchères du bien commun : nous avons décidé de faire autre chose.


Et c’est avec enthousiasme et ouverture d’esprit que nous partons à la rencontre des gens de partout, la tête pleine d’idées et le coeur plein d’espoir, convaincus que les rencontres que nous ferons seront tout aussi enrichissantes et formatrices pour le Québec qu’a pu l’être cette magnifique mobilisation printanière.

***

Gabriel Nadeau-Dubois, Jeanne Reynolds et Camille Robert - Coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE)

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36 commentaires
  • Roland Guerre - Inscrit 23 juillet 2012 01 h 02

    Pour la Justice

    J'espère que la tournée, lancée par la Classe, permettra de recueillir de nouveaux cahiers de doléances, de saisir les aspirations du peuple, de définir les lignes de la nouvelle Charte sociale. Votre générosité, votre humanisme, votre volonté, sont de précieux gages pour le renouvellement du personnel politique, la conduite du gouvernement, l'épanouissement du Québec.

  • Cyrille-Daniel Janelle-Turcotte - Inscrit 23 juillet 2012 04 h 29

    merci

    Oui merci, d'être là pour dénoncer les abérations néo-libérales et faire en sorte que ce parti soit honni des québécois et soit chassé du pouvoir qu'il utilise avec multiples malversations. Félicitations pour vos prises de positions sur divers sujets québécois à haute saveur politique. Grande reconnaissance à vous qui avez ranimé la flamme au coeur de notre identité nationale. Ce printemps érable et cet été peuplier (peuple-lié) restera dans nos mémoires longtemps (Je me souviens). Bravo pour cette révolution démocratique... enfin. (D'une tête blanche de 58 ans et ancien étudiant universitaire)

  • Chantal Mino - Inscrite 23 juillet 2012 05 h 53

    Bravo à Gabriel Nadeau-Dubois, Jeanne Reynolds et Camille Robert et à tous les étudiant(e)s et citoyen(ne)s québécoi(se)s qui persévèrent pour le bien commun de l'ensemble du 100% des Québécoi(se)s !

    Et bravo pour la belle manifestation d’hier, 22 juillet 2012 ! C’était beau à voir !

    Vous avez toute mon admiration ! Cette éclatante, intelligente et enrichissante jeunesse, dont vous êtes, sait être à l'écoute de la sagesse de l'expérience avec ouverture et magnanimité et est sans nul doute notre plus belle richesse au Québec en ce moment qu'il faut savoir alimenter et préserver.

    Qui a des rêves a de l’espoir et qui a de l’espoir vit pour s’actualiser au lieu de survivre. Allons-y pleinement dans l’épanouissement citoyen de notre Québec ! Lâchez pas !

    Et à tous ceux qui priorisent l'enrichissement personnel et l'économie, je les encourage fortement à vous rencontrer pour se faire afin de s'enrichir pleinement et d'éviter une perte de temps et d'argent à regarder ou écouter certains médias complètement biaisés qui ne savent que manipuler et vous diffamer gratuitement afin de maintenir les Québécoi(se)s dans la désinformation et l'ignorance dans le but évident de s’avantager et d’avantager le 1%, leurs larbins et leurs tits amis, et ce, au détriment de 79% des Québécoi(se)s (99% - 20% qui ont le syndrome du larbin = 79%) et de leurs biens communs (terres, eau, services publics, justice, etc).

    Pour ce qui est du comportement du maire de Trois-Pistoles et président du PLQ dans Rivière-du-Loup, M. Jean-Pierre Rioux, un autre ploutocrate, tels que Jean Charest et ses sbires, qui se permet d’agir comme dans un pays totalitaire en jetant à la poubelle démocratie et droits fondamentaux de l’ensemble des citoyen(ne)s qu’il devrait normalement représenter en démocratie, je vous encourage grandement à porter plainte contre lui à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) pour discrimination selon vos convictions politiques : votre manifeste, votre âge : la jeunesse et votre condition sociale : étudiant(e)s, car cela fait partie de sa mission.

    • France Martin - Inscrite 23 juillet 2012 13 h 05

      Je me copie conforme à vos propos! Quelle belle jeunesse!

  • Monique Hamel - Inscrite 23 juillet 2012 06 h 22

    Espoir et inspiration


    Vous êtes inspirants et votre mobilisation est magnifique. Vous êtes solides, articulés et intelligents... consciencieux et engagés pour le bien commun. Votre mouvement, vos valeurs, vos idées, votre persévérance et votre authenticité mettent en lumière la pauvreté intellectuelle, la désinformation et les tentatives de manipulation malsaines de vos adversaires de droite... je devrais dire: de nos adversaires de droite... ceux qui dilapident le bien commun dans leurs sales intérêts (liberaux.net).

    Nous sommes nombreux à être reconnaissants à l'égard du mouvement étudiant... et du mouvement social que vous avez su construire avec tant de créativité, de sensibilité et d'honnêteté intellectuelle. Nous en avons grandement besoin. Puis, nous vous faisons confiance pour contrer la manipulation et la récupération indues des politiciens de carrière... ces grands stratèges ridicules dépassés par les événements. Effectivement, votre perspicacité et la profondeur de votre réflexion et de vos critiques les angoissent; ils ont perdu le contrôle... et la face même.

    Merci à vous... nous sommes avec vous et n'en déplaise à plusieurs: nous sommes le peuple. Nos racines sont profondes, vous avez le «souffle le plus long» et nous respirons à vos côtés.

  • Catherine Paquet - Abonnée 23 juillet 2012 06 h 48

    Question de représentativité

    Il ne faudrait pas oublier de souligner que si la CLASSE peut se venter de représenter plus de 100,000 étudiants, c'est d'abord parce que l'appartenance est obligatoire et deuzièmement ne pas oublier qu'une très grande majorité de ces étudiants ne sont pas d'accord avec cette stratégie du boycott des cours.

    • Monique Hamel - Inscrite 23 juillet 2012 07 h 38

      Les associations étudiantes membres de l'ASSÉ se sont désaffilées soit de la FEUQ, soit de la FECQ, par proposition et vote démocratique. Ce n'est donc pas par obligation, mais par choix. Et la CLASSE est une coalition large en temps de grève (toujours sur la base du choix des étudiants). Renseignez-vous.

    • Louise Poulin - Abonnée 23 juillet 2012 08 h 44

      Louise Poulin
      En réonse à Monsieur Paquet, il faut souligner que dans les 70% d'étudiants qui sont en classe, ils ont eux aussi voté et la démocratie a fait en sorte qu'ils devaient retourner en classe. Donc si on fait les comptes, le nombre d'étudiants qui sont contre la hausse des frais de scolarité sont surement 100,000 étudiants. J'ajoute que pour plusieurs ce n'est pas pour eux mais pour la génération suivante.

    • Dominique Garand - Abonné 23 juillet 2012 08 h 59

      Merci, Monsieur Paquet. Je souhaite de tout coeur que vous continuerez de nous faire part de vos réactions. Il fut un temps où je me proposais de combattre vos idées, mais aujourd'hui je constate que vous êtes le meilleur allié de la pensée progressive, même si c'est a contrario! En vous lisant, n'importe quel lecteur un peu avisé comprend que vous représentez à merveille la mauvaise foi bornée d'une certaine clique au pouvoir.

    • Jean-Claude Richard - Abonné 23 juillet 2012 10 h 40

      Monsieur Paquet. J'ai plus de 70 ans et j'ai beaucoup fréquenté le milieu universitaire au cours des 50 dernières années, ce qui inclut la session du printemps dernier. Je dois vous dire que votre analyse de la volonté des étudiants ne correspoond pas du tout avec ce que l'on peut discerner sur le terrain. Je pense que, dans ce cas-ci comme dans beaucooup d'autres, vous auriez intérêt à enlever ldes oeillères qui semblent limiter votre vision des choses et à mieux vous renseigner.

      Jean-Claude Richard

    • France Martin - Inscrite 23 juillet 2012 12 h 57

      M.Paquet,
      Moi aussi je ne suis pas une petite jeunesse(59 ans). Je m'attriste de vous voir adhérer à de telles pensées. Les jeunes sont loin des visions d'enchaînés où vous les croyez. Ils sont avertis, réfléchis et comprennent bien la démocratie. Je les admire et je les remercie pour leur belle invitation à la réflexion sur l'enjeu des mes aspirations sociales et mes visions au sujet des relations intergénérationnelles. Ils m'ont aidé à repenser en fonction du NOUS collectif. Grand merci à eux!

    • France Martin - Inscrite 23 juillet 2012 13 h 03

      J'ai 59 ans et à chaque fois que je vous lis, vous entends ou vous vois, j'aimerais tant pouvoir vous remercier pour toute cette belle fraîcheur et ce merverveilleux retour au NOUS! Je suis enseignante à la retraite,c'est vous dire combien ma joie est grande de retrouver ce pronom, un des mots les plus puissants de la langue. Vous m'avez fait rajeunir de 40 ans! Merci pour tout! Soyez assurés de mon entière adhésion à votre réflexion sociale.

    • Réjean Grenier - Inscrit 23 juillet 2012 14 h 55

      George Paquet, ou sont vos chiffres.
      Vous êtes décevant et cela depuis toujours.
      Vous lancez comme ça, comme si de rien était
      des affirmation gratuite sans jamais donner la
      moindre petite preuve.

      Même si je suis âge, je vis près des jeunes et je
      vous pris de croire que l'on ne fait pas avaler
      ce que l'on veut au jeune d'aujourd'hui.

      S'ils veulent adhérer, c'est de plein gré, sinon.

      Les jeunes ont votés à 72% pour la grève mais certains, qui le pouvait sans mettre la bisbille dans
      leur rang, on continué les études avec l'assentiment de leur collègues, en toute démocratie.

      Réjean Grenier.
      P.S. Et votre parti, néolibéral, sera battu à plate
      couture.

      Réjean Grenier.

    • Catherine Paquet - Abonnée 23 juillet 2012 21 h 50

      Je suis sidéré de constater que plusieurs de ceux qui se permettent de dire que je suis borné, ne savent même pas que l'adhésion et les contributions financières des étudiants à leurs Associations sont automatiques et obligatoires. Ajoutons à cela le constat que 70% des étudiants, membres de ces Associations, n'ont pas boycotté leurs cours, ont obtenu leur diplôme et plusiurs sont déjà sur le marché du travail.

      Et d'autres qui pensent que leur âge avancée leur donne la permission de dire n'importe quoi.