La réplique — Manifeste de la CLASSE - Les absences de la CLASSE

Dans son manifeste « Nous sommes avenir », dévoilé la semaine dernière, la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) souligne, avec raison, que la lutte exemplaire des étudiants québécois est « une action collective qui dépasse les intérêts étudiants, qui ose revendiquer un monde différent, loin d’une soumission aveugle à la marchandisation ». Le manifeste met en lumière deux conceptions qui s’affrontent : une première néolibérale, discriminatoire, dont la pierre d’assise est la tarification ; une autre, fondée sur le bien commun, prône la gratuité de l’ensemble des services publics.


Le manifeste élargit sa critique de la société en abordant le dossier de l’exploitation des ressources naturelles (Plan Nord) et la condition des peuples autochtones, de même que la reproduction de la discrimination à l’égard des femmes par notre système d’éducation. Le manifeste se termine par un plaidoyer en faveur d’un syndicalisme de combat, comme celui pratiqué par les associations étudiantes, et « un appel à la grève sociale ».


Le manifeste est un exposé de la « vision » de la CLASSE d’une « démocratie directe, agissante et rassembleuse » qu’elle oppose, dans une dichotomie « Nous » et « Eux », à la démocratie représentative présentée comme étant « leur vision, leur démocratie ».

 

Première absence : la prochaine élection


Dans ce manifeste, aucune analyse de la conjoncture politique globale, des différentes forces politiques en présence, ni même une simple mention du prochain rendez-vous électoral où se décidera, pour le court terme, le sort de la principale revendication étudiante !


Pourtant, les enjeux sont clairs. Une victoire du Parti libéral signifierait la poursuite de l’implantation du modèle néolibéral anglo-saxon avec l’augmentation des droits de scolarité et la mise en application de la loi 78. Une victoire du Parti québécois se traduirait par la révocation de la loi 78, l’annulation de la hausse des droits de scolarité et la tenue d’un sommet où le PQ proposerait, comme Mme Marois s’y est engagée, une augmentation modérée des droits de scolarité modulée sur l’indice du coût de la vie.


Lors d’un tel sommet, les associations étudiantes et d’autres forces sociales pourront proposer la gratuité scolaire, et le SPQ Libre sera de ce nombre. Mais nous l’assortirons à la nécessité de l’indépendance du Québec. Car il faut être réaliste, nous n’aurons pas les budgets nécessaires pour nos programmes sociaux tant que nous continuerons à envoyer la moitié de nos impôts à Ottawa pour soutenir les choix économiques et militaires d’un gouvernement élu par une autre nation.

 

Deuxième absence : la question nationale


De façon symptomatique, toute référence à la question nationale - hormis la question nationale autochtone - est absente du manifeste et du discours général de la CLASSE. Pourtant, seuls les pays indépendants siègent à la table des nations où se négocient les accords de libre-échange, véritable cheval de Troie du néolibéralisme.


De plus, nous savons très bien que le sous-financement du réseau universitaire émane de la décision unilatérale du gouvernement canadien, prise en 1994-1995, de réduire de 50 % les transferts fédéraux aux provinces pour l’éducation postsecondaire. Cela s’est traduit, selon les estimations prudentes du ministère québécois des Finances, par un manque à gagner de 800 millions de dollars par année.


Méditons également sur le fait que le coût d’achat de deux seuls F-35 équivaut à la somme nécessaire pour instaurer la gratuité scolaire dans l’ensemble du réseau universitaire québécois.


Cela nous renvoie encore une fois au prochain scrutin et à des enjeux qui semblent avoir échappé aux dirigeants de la CLASSE, mais pas à la classe politique canadienne. Plus qu’un simple changement de gouvernement, l’élection du Parti québécois remet à l’ordre du jour la question de l’indépendance nationale du Québec, avec en prime une crise sociale et politique d’une ampleur tout autre que celle dont rêve la CLASSE avec sa grève sociale.


Sous aucun prétexte, la classe dirigeante canadienne ne veut revivre le traumatisme de 1995, consciente que la prochaine fois pourrait être la bonne. Tout sera mis en oeuvre pour empêcher l’arrivée au pouvoir du Parti québécois. C’est ce qui explique la rencontre Harper-Mulroney-Charest.

 

Un rendez-vous à ne pas manquer


Nous entrons dans une conjoncture politique particulièrement complexe. Nous devons nous attendre à toutes sortes de pièges et de traquenards, de manipulations et de « coups fourrés » de la part des forces fédéralistes. Nous aurons besoin d’analyses fines de la situation et de beaucoup de clairvoyance de la part des leaders politiques et étudiants.


Une élection du Parti québécois représenterait une grande victoire pour le mouvement étudiant, avec la satisfaction de ses principales revendications. Elle ouvrirait la porte à une remise en question du fédéralisme canadien, salutaire pour le Québec, mais également pour les différentes nations opprimées du Canada (autochtones, acadienne, etc.), de même qu’elle permettrait d’envisager la mise en place d’une autre société, axée sur le bien commun.


Dans le combat titanesque qui s’ouvrirait alors, les forces représentées à l’Assemblée nationale ne seraient pas suffisantes pour venir à bout d’un adversaire beaucoup plus puissant. Elles devront nécessairement s’appuyer sur des formes de démocratie directe s’inspirant de celles dont fait état le manifeste de la CLASSE.


Démocratie représentative, démocratie directe, les deux font la paire, aujourd’hui comme demain.

***
 

Marc Laviolette, Pierre Dubuc - Respectivement président et secrétaire du SPQ Libre


 
22 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 19 juillet 2012 06 h 31

    C'est presqu'un appel "Au Secours"

    S.V.P. Appelez vos membres à voter pour le PQ, autrement on va rester dans l'Opoosition.

  • Michel Laurence - Inscrit 19 juillet 2012 07 h 01

    Tout un programme !

    "Une élection du Parti québécois... ouvrirait la porte à une remise en question du fédéralisme canadien" WOW !

    Quel programme !

    Ma position :

    1 - Ne pas voter ‪PLQ‬ http://liberaux.net
    2 - OUBLIER le vote stratégique
    3 - Voter pour le parti qui représente vos valeurs. ‪

    • Richard Laroche - Inscrit 19 juillet 2012 09 h 01

      Je voterai pour qui ON veut. QSa vous plaise ou non.

    • Guy Drouin - Abonné 19 juillet 2012 10 h 58

      Malheureusement, un vote pour Québec Solidaire équivaut à un vote pour les Libéraux. Dans Argenteuil, ils ont bien failli faire réélire les Libéraux. Pourquoi ne pas faire l'Indépendance d'abord, ensuite on aura tout le loisir de faire des débats gauche droite. Pour l'instant, on doit parvenir à rassembler le plus grand nombre de gens sous un même projet: la souveraineté.

  • Jean Lapointe - Abonné 19 juillet 2012 07 h 21

    Il y a des choses que certains Québécois ne veulent pas voir


    C'est vrai qu'il y a de quoi s'étonner du fait que la question nationale québécoise soit complètement absente dans le manifeste de la CLASSE.

    «Cela nous renvoie encore une fois au prochain scrutin et à des enjeux qui semblent avoir échappé aux dirigeants de la CLASSE, mais pas à la classe politique canadienne. Plus qu’un simple changement de gouvernement, l’élection du Parti québécois remet à l’ordre du jour la question de l’indépendance nationale du Québec, avec en prime une crise sociale et politique d’une ampleur tout autre que celle dont rêve la CLASSE avec sa grève sociale.» disent Dubuc et Laviolette.

    Cela n'échappe pas par exemple au journalise Martin du GLOBE AND MAIL de Toronto.

    Il considère Jean Charest comme un GÉANT de ce qu'il appelle «l'unité nationale».

    JEAN CHAREST: GIANT OF NATIONAL UNITY

    http://www.theglobeandmail.com/commentary/jean-cha

    LA CLASSE serait-elle aveugle ? Ou bien la question nationale serait-elle un problème secondaire pour la CLASSE?

    Ce silence de sa part ne peut qu' intriguer et inquiéter les Québécois qui se préoccupent de l'avenir de leur pays le Québec.

    Ils disent vouloir défendre les droits des autochtones mais ils semblent considérer que les droits des Québécois ne seraient pas en danger. Curieux n'est-ce-pas?

  • Jean Lapointe - Abonné 19 juillet 2012 07 h 36

    Démocratie directe vs démocratie représentative


    La CLASSE semble vouloir une démocratie directe en remplacement de la démocratie représentative que nous avons actuellement.

    Ils jettent le bébé avec l'eau du bain.

    Ce qui est à condamner c'est la façon dont le gouvernement actuel bafoue la démocratie en imposant ses idées sans tenir compte de l'avis de ceux et de celles qui sont concernés. PLusieurs fois il a fallu les forcer à revenir en arrière.

    Les libéraux de Jean Charest considèrent qu'une fois élu un gouvernement peut faire ce qu'il veut, comme si la démocratie se limitait à la tenue d'élections tous les 4 ou 5 ans.

    Ils ignorent ce que cela veut dire que de gouverner de façon démocratique.

    La démocratie représentative elle-même n'est donc pas à condamner comme le fait la CLASSE. Comme le soulignent avec raison Dubuc et Laviolette, au lieu de s'opposer, les deux formes de démocratie «font la paire» c'est à-dire qu'elles peuvent et qu'elles doivent fonctionner de pair.

    L'une ne doit pas aller sans l'autre. Elles peuvent et elles doivent se compléter si on veut qu'une société se développe dans la meilleure harmonie possible

    • Richard Laroche - Inscrit 19 juillet 2012 09 h 06

      À mi-chemin entre une représentation par une classe politique copain-copain avec le monde des affaires, une oligarchie, et une démocratie directe désorganisée dans un parc en fûmant du pot, il existe certainement une République où les représentants sont transparents et où le Peuple a à sa disposition des moyens plus élégants et efficaces que la manifestation pour influencer la politique.

      La raison pour laquelle je ne voterai pas PQ, c'est parce que quand M. Drainville a proposé de donner au Peuple ce pouvoir, le référendum d'initiative populaire, la Marois s'est empressée d'enterrer l'idée.

    • Philippe Beaulac - Inscrit 19 juillet 2012 10 h 46

      En fait, m. Laroche, le référendum d'initiative populaire à été accepté à l'avant dernier congrès du parti québécois, et madame Marois n'a pas enterré cette idée, elle l'a plutôt soutenu. Votre affirmation date de plusieurs années. Je vous invite donc à remettre à jour vos informations qui vous convies à ne pas voter pour le parti québécois, et donc de reconsidérer votre position.

    • Richard Laroche - Inscrit 19 juillet 2012 13 h 43

      Tout ce que le congrès du PQ a accepté, c'est une vague idée de pétition à 15% qui ne concerne que les questions de judiction provinciale. La majorité des détails restent à définir "par des consultations à la population".

      http://pq.org/actualite/communiques/le_parti_quebe

      Parions que si le PQ remporte l'élection, l'oligarchie s'empressera d'enlever les potentielles dents qui pourraient être greffées sur cette bibitte. Excusez ma méfiance, mais après l'avènement de Bouchard et Boisclair au service des pétrolières, j'ai peine à faire confiance.

      Peut-être que si cette proposition était mieux définie et ramenée de l'avant, le PQ pourrait me faire songer au vote stratégique... peut-être.

  • Benoît Landry - Inscrit 19 juillet 2012 07 h 43

    Le passé est garant de l'avenir....

    et vous croyez vraiment que le PQ n'agira plus comme il l'a fait par le passé. Le néolibéralisme du véhicule libéral a roulé sur des infrastructures mises en place par le PQ de Lucien Bouchard et Bernard Landry avec Pauline Marois est au première loge.

    Décidéement M. Dubuc et Laviolette, vous êtes très représentatif du masochisme péquiste. Cela fait combien des fois que le PQ rejette vos propositions et vos analyses?

    • Richard Laroche - Inscrit 19 juillet 2012 09 h 14

      Vous avez raison. Le PQ c'est une oligarchie.

      La crise au Québec est surtout une crise sur l'axe de la gouvernance. Il faut passer de l'oligarchie à la république, sans aller trop loin vers l'anarchie.

      http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/a/a0/Eric