Science et environnement - Un portrait inquiétant pour le Québec

Depuis son accession au pouvoir, le gouvernement Charest procède à une monumentale opération de dépossession du contrôle québécois de notre énergie et de nos ressources : éolien, pétrole, gaz, petites centrales, minerai. Il refuse de nous révéler la teneur de ses « ententes » avec Pétrolia pour Anticosti, les montants de redevances et les quantités de minerai extraits par les minières.
Photo: Pétrolia Depuis son accession au pouvoir, le gouvernement Charest procède à une monumentale opération de dépossession du contrôle québécois de notre énergie et de nos ressources : éolien, pétrole, gaz, petites centrales, minerai. Il refuse de nous révéler la teneur de ses « ententes » avec Pétrolia pour Anticosti, les montants de redevances et les quantités de minerai extraits par les minières.

Quiconque suit l’actualité de près conviendra que nous sommes témoins depuis quelque temps de décisions qui sont en train de modifier considérablement le Québec et le Canada… et pas pour le mieux. Récapitulons.


Au début de cette année, les pétrolières ont vu leur taux d’imposition baisser grâce au gouvernement fédéral au moment même où celui-ci prétend agir de façon économiquement responsable.


Au Sommet (l’échec) Rio+20, alors que nous constatons que nous sommes au bord du gouffre en matière de réchauffement climatique, le Canada a été un des très rares pays à se prononcer contre la fin des subventions aux entreprises d’énergies fossiles, évaluées par l’Agence internationale de l’énergie à une somme qui oscille entre 700 et 1000 milliards $, soit 6 fois plus que pour les énergies renouvelables. Comment ce gouvernement, qui se targue d’être « économiquement responsable », peut-il couper dans des domaines essentiels tels que la science, la lutte aux fraudeurs ou les pensions, etc., mais pas dans les subventions aux gazières et pétrolières ?


La semaine dernière, plus de 1000 scientifiques sont descendus dans la rue pour dénoncer les coupes dans de nombreux programmes scientifiques et le bâillon imposé par le gouvernement fédéral aux chercheurs à son emploi. Cette sortie n’était rien de moins qu’historique.


Quatre siècles après que Galilée (1616) a vu le collège inquisitorial porter l’ouvrage de Copernic sur la liste des livres interdits « jusqu’à ce qu’il soit retouché » et déclarer sa doctrine hérétique, nous avons entendu Stephen Harper « justifier » ces coupures ainsi : « Si nous dépensons sur des organisations qui font des choses contraires à la politique du gouvernement, je crois que c’est un usage inapproprié des fonds publics et nous chercherons à l’éliminer. »


En d’autres mots, le gouvernement ne tolérant pas de voir ses politiques et programmes critiqués, même par des scientifiques, leur coupera les fonds. Bienvenue dans cette nouvelle ère de grande noirceur à la sauce conservatrice.

 

Environnement et économie


Du côté du nucléaire, nous avons vu l’an dernier le gouvernement fédéral vendre Énergie atomique Canada Limitée (EACL) pour une bouchée de pain (15 millions) à SNC-Lavalin, puis accroître l’impunité de la Commission canadienne de sûreté nucléaire, à tel point que celle-ci a récemment fait fi des rapports indépendants sur la catastrophe de Fukushima.


Au Québec, nous avons récemment appris du commissaire au développement durable que le pétage de bretelles du gouvernement Charest en matière de lutte aux changements climatiques reposait beaucoup plus sur la conjoncture économique actuelle que sur un plan crédible… et que le $1,5 milliard dépensé à ce chapitre l’aurait été sans réel résultat ni suivi concret.


Pire, le commissaire est d’avis que la petite baisse des émissions de CO2 résulte plus de la crise économique (fermeture de nombreuses usines, dont plusieurs papetières) et de la fermeture de la centrale de Bécancour… pour laquelle nous devrions avoir payé à la compagnie Albertaine TCE près de 3 milliards d’ici 2020 pour zéro production. Imaginons le bilan si les projets gaziers dont le gouvernement s’est fait le promoteur inconditionnel tels Le Suroît, Rabaska, Cacouna et les gaz de schiste étaient allés de l’avant ! Bref, il n’y a pas de quoi se vanter.


Mine Jeffrey : la honte


De plus, nous apprenions récemment que, contre toute logique scientifique, médicale et économique, le gouvernement Charest « prêtait » 58 millions pour relancer la mine d’amiante Jeffrey. Ce projet sans queue ni tête constitue pour le Québec une honte internationale. Nous ne pouvons plus nous contenter au xxie siècle de creuser des trous pour créer des emplois. Nous devons surtout nous creuser les méninges. Les gens d’Asbestos méritent beaucoup mieux. Ils méritent une vision et des emplois du xxie siècle… Et que dire du docteur Yves Bolduc qui « a pris ses responsabilités » vis-à-vis des compagnies de tabac et les salons de bronzage, mais appuie la relance de ce projet ? Tout ça sans compter les risques de poursuites internationales qui menacent le Québec.


En outre, depuis son accession au pouvoir, ce gouvernement procède à une monumentale opération de dépossession du contrôle québécois de notre énergie et de nos ressources : éolien, pétrole, gaz, petites centrales, minerai, tout, ou presque, y passe… Ce processus, engagé à l’insu du peuple québécois, constitue une très claire trahison de l’héritage du Maîtres chez nous des René Lévesque et Jean Lesage. Nous assistons présentement à un vaste transfert de propriété et de profits du peuple du Québec vers des intérêts particuliers, dont la plupart sont étrangers. Des milliers de milliards de dollars sont ainsi détournés.


Non contents de nous déposséder, ce gouvernement refuse de nous révéler la teneur de ses « ententes » avec Pétrolia pour Anticosti, les montants de redevances et les quantités de minerai extraits par les minières. De plus, il subventionne des routes, offre notre électricité au tarif L et ne les contraint même pas à transformer ce minerai ici, même lorsque des dirigeants tels que ceux de Stornoway s’y sont montrés ouverts !


Et après, ce gouvernement ose nous demander de faire « notre juste part » ?

 

Mal desservis par Québec et le Canada


Partout dans le monde, nous assistons aux mêmes stratagèmes. Les exemples pleuvent. Mentionnons simplement le processus de fusion et de privatisation d’Elf-Aquitaine et Total dans les années 1990 en France. En 2009 et 2010, cette entreprise, qui est la plus profitable de toutes les sociétés de l’Hexagone, a réussi l’exploit de payer zéro euro en impôt au fisc français.


Que restera-t-il aux Québécois de l’exploitation de nos ressources par ces conglomérats étrangers ?


Finalement, que dire du fait qu’en 2011, le Canada s’est retrouvé bon dernier en matière de lois d’accès à l’information, ou qu’en 2009, Hydro-Québec s’est vu « décerner » le prix Noirceur par la FPJQ ?


Pas besoin de plus de recul pour réaliser à quel point la science, la démocratie, l’énergie, l’environnement, le bien commun et la santé des citoyens canadiens et particulièrement québécois sont desservis par ces deux gouvernements. Nous ne devons pas attendre pour nous réveiller de nous retrouver dans la même situation que tant de pays qui se sont vu infliger la même médecine en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie et dans de plus en plus de pays d’Europe.


Disons-le : il y a péril en la demeure pour le Québec.

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Daniel Breton - Ex-président du groupe Maîtres chez nous-21e siècle et candidat du Parti québécois dans Sainte-Marie -Saint-Jacques

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