Forum mondial de la langue française - Spectateurs de notre régression

«Il faut sonner le rappel des troupes, remobiliser, réanimer des coalitions larges, développer à nouveau ces rapports de force qui ont engendré le changement au Québec.» — Fernand Daoust
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir «Il faut sonner le rappel des troupes, remobiliser, réanimer des coalitions larges, développer à nouveau ces rapports de force qui ont engendré le changement au Québec.» — Fernand Daoust

Je [voudrais] faire quelques propositions qui me paraissent minimales, si nous avons à coeur de renverser la situation [concernant l’usage du français dans le milieu du travail] ; ce sont, selon moi, les revendications que nous devons formuler et défendre avec énergie.

35 ans après l’adoption de la Charte de la langue française, on doit faire une étude approfondie et un bilan de son application dans les milieux de travail. L’établissement de cet état des lieux permettra de prendre en compte les nouvelles réalités structurelles et organisationnelles des entreprises ; on pourra mieux cibler les gestes à poser pour contrer le laisser-faire et le fatalisme qui favorise l’anglicisation de ces lieux.


La Charte de la langue française, comme garante de notre identité culturelle, doit devenir un texte fondamental ; son application ne doit plus relever de la responsabilité d’un ministre, mais de l’Assemblée nationale. Les responsables des organismes encadrant l’application de la Charte devraient être nommés par l’ensemble des députés.


On doit, de toute urgence, financer substantiellement et donner des moyens d’intervention significatifs aux organismes et mécanismes de surveillance de l’application de la Charte.

 

D’autres mesures


Le français langue de travail doit aussi être réaffirmé comme droit de tous les travailleurs et travailleuses du Québec ; les comités de francisation doivent être créés non seulement dans les entreprises comptant plus de 100 salariés, mais aussi dans celles en embauchant plus de 50.


Les entreprises de 10 à 49 salariés doivent être tenues de se doter d’un programme de francisation.


Une campagne intensive et soutenue de publicité auprès des groupes cibles que sont les jeunes (dans le milieu scolaire entre autres) doit être lancée dans le monde du travail et les associations culturelles sur les objectifs de la Charte de la langue française et de ses principales dispositions. […]


Un appui financier substantiel doit être apporté aux divers groupes qui militent pour la cause du français au Québec, notamment l’Association pour le soutien et l’utilisation de la langue française (ASULF), le Mouvement impératif français, le Mouvement Montréal français.


Il est impératif de privilégier l’enseignement de notre histoire nationale.


Les politiques d’immigration doivent favoriser nettement la venue d’une majorité de personnes maîtrisant déjà le français ; les mesures d’intégration et d’apprentissage de la langue nationale doivent être considérablement renforcées.

 

Engourdis, les Québécois ?


Une majorité de Québécois et Québécoises sont agacés, frustrés et humiliés. Mais nous vivons notre mal chacun de notre côté, chacun pour soi. Il me semble qu’un certain engourdissement nous transforme peu à peu en spectateurs de notre régression. Plutôt que d’entendre monter la colère ou la révolte, nous voyons notre propre léthargie se muter en fatalisme.


Je ne peux accepter cet état de capitulation silencieuse. Je souhaite de tout coeur que soient alertées toutes les forces vives du Québec et que nous nous attelions à cette tâche collective essentielle. Nous devons nous lever et parler haut et fort pour réaffirmer nos droits. Dans chacun de nos milieux, il faut sonner le rappel des troupes, remobiliser, réanimer des coalitions larges, développer à nouveau ces rapports de force qui ont engendré le changement au Québec.


Je sais, quant à moi, parce que tout son passé en témoigne, que le mouvement syndical, et la FTQ au premier chef, ne se déroberont pas. Ils seront, comme toujours, au front. […]

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