Crise atikamekw - Pourquoi vouloir noyer le poisson?

Les communautés atikamekws ont récemment fait des gestes d’éclat pour attirer l’attention du public sur la stagnation du processus de règlement de leurs revendications territoriales. S’agit-il simplement d’un cas de plus dans une longue liste d’escarmouches interculturelles ? D’une petite chicane autour des redevances sur l’exploitation des ressources forestières ? La teneur des discussions et le ras-le-bol généralisé manifesté par les Atikamekws montrent que le problème est autrement plus complexe.

À quand une analyse détaillée de la situation dans laquelle se trouve la nation atikamekw ? La question se pose, après plus de 33 ans de pourparlers en cul-de-sac et devant la surprenante méconnaissance du peuple atikamekw par les Québécois. Plusieurs occasions ont été manquées au cours des dernières décennies pour favoriser un rapprochement interculturel.


La dernière : les grands incendies de forêt au printemps 2010 qui ont forcé l’évacuation des trois communautés atikamekws. Dans les médias, aucune présentation du peuple atikamekw et du contexte social, culturel, environnemental, économique et politique dans lequel les personnes évacuées se sont retrouvées. Pas plus d’explications sur le lien particulier au territoire qui caractérise l’ensemble des peuples autochtones du monde et qu’entretiennent toujours les Atikamekws. « Ce sont nos maisons qui brûlent », rapportait une personne interrogée en faisant référence à Notcimik, la forêt, milieu de vie et garde-manger traditionnel de la nation.


Coûts sociaux


De retour en 2012. Devant la crise sociale dans laquelle sont plongées les communautés atikamekws, un simple calcul des pertes économiques engendrées par les barrages routiers et ferroviaires ne saurait tout expliquer et surtout, ne peut pas tout justifier. Sinon, il faudrait aussi chiffrer la perte d’autonomie économique et politique des Atikamekws à la suite du non-respect de leurs droits et à l’usurpation de leurs terres et de leurs ressources depuis des siècles : coupe des grands pins blancs aux xviiie et xixe siècles, construction du chemin de fer au début du xxe siècle, harnachement des rivières, développement de la villégiature, avènement des coupes forestières mécanisées, etc.


Une fois lancés, pourquoi ne pas ajouter dans la balance les coûts sociaux relatifs à la dépendance (planifiée) envers les programmes gouvernementaux fédéraux pour les 6000 membres de la nation atikamekw, dont 65 % ont moins de 35 ans ?

 

Pris en otage


La ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet, a parlé d’une « prise d’otage » des travailleurs dans ce conflit. On peut toutefois se demander où elle a puisé la légitimité de son intervention, alors que des travailleurs québécois affectés par le blocus ont mentionné aux médias qu’il faut écouter les revendications des Atikamekws. En réaction aux propos de la ministre, Caroline Nepton Hotte, journaliste à Radio-Canada, a posé la question suivante via les médias sociaux : « Est-il possible de penser que cela fait près de 200 ans que les Atikamekws sont pris en otage par la Loi sur les Indiens du gouvernement fédéral, par l’industrie forestière de la région de la Mauricie et par les lois votées par le gouvernement du Québec concernant l’aménagement et l’exploitation des ressources naturelles ? » Cette question illustre le coeur du problème et l’ampleur du fossé interculturel. Malheureusement, elle demeure sans réponse.


Dialogue constructif


Alors que le gouvernement se vantait récemment à Rio d’être à l’avant-garde du développement durable, il est pour le moins surprenant (et inquiétant) qu’il s’en tienne à des arguments économiques dans ses discussions avec les Atikamekws, évacuant totalement les dimensions culturelle, sociale, environnementale et historique de la situation.


Plutôt que d’essayer de noyer le poisson (Atikamekw signifie « corégone ») au bénéfice de l’industrie forestière, le gouvernement devrait considérer la question dans son ensemble et entreprendre un dialogue sérieux, sincère et constructif avec les Atikamekws. Comment comprendre que les droits autochtones sur le territoire et les ressources ne sont toujours pas reconnus après plus de 400 ans de cohabitation, mais que des portions immenses de ce même territoire sont octroyées en quelques semaines à l’industrie forestière ?

3 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 4 juillet 2012 01 h 07

    Question-réponse ...

    "Comment comprendre que les droits autochtones sur le territoire et les ressources ne sont toujours pas reconnus après plus de 400 ans de cohabitation, mais que des portions immenses de ce même territoire sont octroyées en quelques semaines à l’industrie forestière ?"
    Parce que notre Terre à tous appartient en droit à des monarchies et à des oligarchies Madame .
    Et que celles-ci sont passées maîtres depuis longtemps de la duperie, de la tromperie, de l'esquive et s'il le faut, de l'action brutale contre les peuples .
    Pour tout en dire, je crois fermement qu'un vote donné aux élections à quelqu'un qui veut maintenir le pouvoir dans des mains éloignées du peuple est un vote gaspillé . Commençons par voter pour des gens qu'on connaît pour les avoir vu faire leurs preuves auprès des petits et des modestes, bien avant de voter pour un parti plutôt qu'un autre . Et sans doute, tout de suite après ça ira un peu mieux .
    Par conséquent, il faut dès aujourd'hui solliciter de tels individus dans tous nos milieux de vie et les encourager fortement à prendre la parole et à se présenter à la députation et aux autres niveaux électifs .
    D'elles-mêmes, ces personnes ne le feront pas parce qu'elles ne sont pas intéressées par le pouvoir et tous ses lustres .
    Nous connaissons tous de ces gens qui donnent depuis des années à leur communauté, ville, village, municipalité, quartier, etc . Travaillons à leur élection .
    Ce sont elles qui doivent nous représenter et plus aucun de ces autres qui ne savent se montrer que pour être élu et mieux disparaître ensuite derrière une secrétaire . Ou une armée de secrétaires, pour servir non pas leurs électeurs mais les "financeurs" de leur élection ...
    Ne laissons plus toute la place qu'ils prétendent juste d'avoir à des gens qui regardent les humbles de haut . Choisissons nos représentant selon leurs qualités humaines et morales bien avant que pour leur élégance, leur apparence ou leur prestance .
    Et vivement la république !

  • Denis Paquette - Abonné 4 juillet 2012 10 h 06

    Le monde est complexe

    Le monde est complexe, établissons un concordat.
    Une nation ne peut offrir plus que ce qu'elle possede
    Si jamais l'on s'attendait sur ces principes, il serait alors possible de partager ce que la vie nous apporte
    Il faudrait alors prevoir des mécanismes pour en assurer l'exécution et le partage .
    Peut etre que la priorité serait de former des gens capables d'accomplir ces taches.
    Paix aux humains de bonnes volonté

  • - Inscrit 4 juillet 2012 11 h 47

    Triste histoire

    On connaît l'histoire tragique des peuples autochtones des Amériques qui ont été décimés par le contact avec les peuples européens. Au début, on avait besoin de nos frères et soeurs autochtones pour survivre dans ce pays mais dès que nous fûmes assez nombreux pour faire le poids, les peuples autochtones ont été mis au rancart et nous avons occupé le continent en les parquant dans des réserves pour qu'ils nous fichent la paix. Mais ce n'était pas assez et on voulait en faire des gens « civilisés » et on les a envoyés dans des pensionnats pour qu'ils cessent d'être qui ils étaient.

    Heureusement, cet ethnocide (certains n'hésitent pas à dire génocide) n'a pas marché et aujourd'hui on se retrouve avec un héritage qui n'est pas glorieux du tout et qui comporte une hypothèque assez importante sur le territoire, les droits fondamentaux des peuples autochtones. Ils sont incontournables et, comme le disent souvent les tribunaux canadiens, il s'agit de « l'honneur de la couronne » que de respecter les droits de ces peuples.

    Mais les gouvernements font l'autruche et ignorent ces droits, poussant ces peuples dans leurs derniers retranchements et à faire des actions susceptibles de faire comprendre aux gouvernements qu'ils ont des obligations qu'ils refusent d'honorer et qu'ils doivent respecter les droits des premiers peuples de ce continent. C'est tout simplement incontournable et imprescriptible, cela est très clair.