Recherche - Des leçons à tirer des États-Unis

Dans un contexte de crise économique mondiale, le Canada tire bien son épingle du jeu et devrait profiter de cette conjoncture favorable pour renforcer son leadership sur la scène internationale. Il dispose de solides assises : de saines politiques économiques et sociales, et un excellent réseau universitaire. D’ailleurs, certaines recommandations du rapport sont inspirées d’initiatives canadiennes, notamment les programmes d’infrastructure et de chaires de recherche du Canada.


Le Canada demeure néanmoins confronté à des problèmes qui, s’ils ne sont pas résolus, risquent de lui faire perdre son avantage concurrentiel : nombre insuffisant d’établissements canadiens dans les palmarès universitaires mondiaux, faibles investissements commerciaux en recherche et développement, et sous-évaluation de l’importance des sciences humaines et sociales, ainsi que de la recherche fondamentale, qui sont pourtant à la base même de l’innovation. Nous reposer sur nos lauriers serait une erreur. Les pays émergents - moins touchés par la situation économique mondiale - et certains pays industrialisés investissent comme jamais auparavant dans l’innovation et dans leurs universités. Par exemple, en 2008 seulement, la Chine a octroyé davantage de diplômes de doctorat que les États-Unis.

 

Des pistes de réflexion


Voici quatre leçons que le Canada devrait tirer des travaux du Conseil de recherches des États-Unis s’il veut s’assurer de tirer pleinement profit des investissements actuels et accroître sa compétitivité sur la scène internationale :

 

1. S’engager à financer la recherche et le développement universitaires de façon stable et efficace


L’instabilité est l’ennemie de l’innovation. Alors que de nouveaux chercheurs et diplômés s’établissent au pays, la concurrence s’accentue pour obtenir l’appui financier d’organismes subventionnaires canadiens, particulièrement dans le domaine de la recherche fondamentale qui, si elle est essentielle, donne généralement des résultats à plus long terme.


Paradoxalement, l’appui important consenti à la recherche universitaire par le gouvernement canadien a engendré un fardeau financier considérable pour les principales universités de recherche au Canada, en raison de coûts non capitalisés. En effet, chaque dollar investi dans la recherche engendre des « coûts indirects » de l’ordre de 50 à 70 cents : services de commercialisation, services publics, technologies de l’information et examens des organismes de réglementation, par exemple. Ainsi, pour chaque subvention fédérale, les universités doivent réaffecter des fonds qui seraient autrement alloués à l’enseignement ou à d’autres secteurs clés. Afin d’accroître la compétitivité des États-Unis sur la scène internationale, le rapport recommande au gouvernement d’assumer la totalité des coûts directs et indirects de la recherche universitaire - et le Canada devrait emboîter le pas.

 

2. Réduire le fardeau réglementaire et accroître la responsabilisation


Nous devons disposer de mécanismes de responsabilisation qui favorisent la souplesse plutôt que de la réprimer. Les universités croulent sous le fardeau administratif, sans cesse alourdi par de nouveaux règlements et exigences en matière de rapports, et ce, tant au niveau provincial que fédéral.


Les universités et le gouvernement doivent revoir leurs processus afin de simplifier les mécanismes en matière de rapports, et les universités doivent s’engager à communiquer leurs résultats, à maximiser le rendement des investissements publics et à rentabiliser leurs opérations, services et programmes, conformément à leur mission fondamentale.

 

3. Favoriser l’enseignement aux cycles supérieurs


Le gouvernement fédéral et celui de nombreuses provinces ont investi judicieusement dans l’enseignement aux cycles supérieurs (maîtrise et doctorat), comme en témoigne le nouveau Programme de bourses d’études supérieures du Canada Vanier. Toutefois, comme l’indique le rapport, les universités doivent accroître la qualité et l’efficience des programmes aux cycles supérieurs, offrir à ces étudiants un encadrement de haute qualité et leur permettre d’acquérir une expérience et des compétences grâce auxquelles ils pourront jouer un rôle déterminant au sein ou à l’extérieur du milieu universitaire.


Pour ce faire, les universités doivent faciliter une obtention plus rapide du diplôme, améliorer le taux de diplomation et restructurer les programmes en fonction de nouvelles perspectives de carrière et de secteurs professionnels émergents.

 

4. Renforcer les partenariats avec les intervenants en innovation


En matière d’innovation, gouvernements, entreprises publiques et privées et universités ont tous un rôle à jouer. En multipliant les occasions pour les professeurs et les étudiants d’interagir avec les secteurs public et privé, au Canada comme à l’étranger, les diplômés seront mieux préparés, plus efficaces, innovants et productifs. En outre, l’élargissement et la diversification des programmes de stage axés sur la recherche collaborative ouvriront la voie à de nouvelles perspectives de carrière pour les diplômés.


Alors que d’autres pays cherchent à relancer une économie chancelante, le Canada jouit d’une conjoncture favorable et doit en profiter. Il lui faut agir maintenant.


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Heather Munroe-Blum, Principale et vice-chancelière de l’Université McGill

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La professeure Heather Munroe-Blum est la seule membre de l’extérieur des États-Unis au sein du comité ayant préparé ce rapport.

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