Une ambition pour le Québec: une éducation accessible pour tous

Une cérémonie de remise de diplômes à New York.
Photo: Agence France-Presse (photo) Une cérémonie de remise de diplômes à New York.

Face à la crise qui secoue la société québécoise, il est urgent d’élever le débat et d’aller au fond des problèmes. Que nous révèle cette crise ?

Depuis des mois, des milliers de jeunes (et de moins jeunes) manifestent sous différentes formes leur inquiétude face à l’avenir de notre société ; c’est une inquiétude profonde qui dépasse largement le problème des droits de scolarité. Les « indignés », les casseroles et des mouvements tels qu’Occupy Wall Street s’inscrivent dans le même contexte. Celles et ceux qui y participent appellent de leurs voeux une société plus juste, égalitaire et solidaire.


Devant ces mouvements, le gouvernement du Québec n’est pas à la hauteur. Il est de mauvaise foi en affichant une volonté de négocier avec les étudiants, tout en affirmant qu’il ne cédera pas. Il a fait adopter une loi très spéciale, indigne d’un État de droit, qui ressemble à la législation répressive que Poutine vient de faire passer en Russie. Charest-Poutine, même combat ? Les arguments du gouvernement québécois volent de plus en plus bas.


On se souvient des remarques de Jean Charest, chef d’un gouvernement qui semble avoir perdu le nord, sur les jeunes qu’il faudrait y envoyer. Les récentes déclarations de la ministre de la Culture témoignent d’un déficit de culture du débat démocratique. Le ministre des Finances s’est fait terrible simplificateur en opposant ceux qui préconisent le gel des droits de scolarité ou la gratuité à ceux qui « veulent financer les universités ». Dans de nombreux pays, la gratuité de l’éducation universitaire est une réalité ; est-ce que les gouvernements des pays en question, tels que la Suède et la Finlande, ne financent pas leurs universités ?


Essayons de clarifier certains concepts fondamentaux et de nous interroger, comme le font des milliers de citoyens, sur le genre de société que nous voulons construire au Québec.


L’éducation


Face au danger évident de la marchandisation de l’éducation, il faut affirmer haut et fort que l’éducation n’est pas une marchandise que l’on achète. Elle occupe une place centrale parmi les droits de la personne ; elle est à la fois un droit fondamental en soi et une des clefs de l’exercice d’autres droits de la personne. Elle doit assurer à toute personne la possibilité de développer et d’exploiter tout le potentiel dont elle est porteuse en naissant. L’université, depuis des siècles un haut lieu de l’éducation, est un lieu privilégié de la transmission non seulement de connaissances, mais aussi, et surtout, d’une pensée analytique, critique et globale.


Le droit à l’éducation


Le droit à l’éducation, c’est évidemment bien plus que le droit d’accéder aux salles de cours. Il implique notamment des exigences d’accessibilité économique, comme le fait remarquer le comité onusien qui surveille l’application du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels dont le Canada fait partie.


L’article 13 du Pacte stipule que « l’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité […] par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité ». Des études comme la Higher Education Strategy montrent qu’au Canada et aux États-Unis, l’accessibilité de l’éducation universitaire va en diminuant alors que dans de nombreux autres pays elle augmente. En Amérique du Nord, le fardeau de la dette pèse lourd sur les étudiants. Aux États-Unis, on suit avec inquiétude l’évolution de cette « bulle ».


Par ailleurs, la charge de la dette accumulée lors des études a de nombreux effets pervers, dont celui de limiter le choix de carrière pour les étudiants qui sortent de l’université. Ainsi, j’ai vu de nombreux étudiants idéalistes qui auraient voulu s’engager pour de nobles causes, comme des organisations non gouvernementales de droits de la personne, opter finalement, sous la pression de leur dette, pour des postes bien rémunérés dans des cabinets d’avocats à New York ou à Boston, leur permettant de rembourser celle-ci aussi rapidement que possible.

 

Le rôle de l’État


Dans une société qui se veut égalitaire et solidaire, une responsabilité importante incombe à la communauté, à l’État, par exemple en matière de sécurité, de santé publique, mais aussi en matière d’éducation. Nos dirigeants politiques croient-ils encore à ce rôle de l’État ? Test révélateur : envoient-ils leurs enfants dans les établissements scolaires publics ?


Un des arguments invoqués ad nauseam en faveur de la hausse des droits de scolarité est que ceux-ci sont plus élevés ailleurs au Canada et aux États-Unis. Or le Québec, qui tient à affirmer sa différence, est-il condamné à être et à rester prisonnier du système nord-américain ? Ne pourrait-il pas avoir une autre ambition, un autre dessein - celui d’aller progressivement vers la gratuité des études universitaires ?


Assurer une éducation accessible à tous, c’est miser sur l’avenir d’une société. Évidemment, il ne faut pas s’attendre à ce que le gouvernement québécois actuel, adepte du fondamentalisme du marché et de l’idéologie panéconomique, s’engage dans cette voie.

28 commentaires
  • Marc Bourdeau - Abonné 16 juin 2012 05 h 15

    Tout est faux

    De Louis.Marc.Bourdeau@Gmail.com

    Tout est faux en effet dans la position du gouvernement Charest sur l'affaire des frais de scolarité comme du reste.

    Pour l'affaire des frais de scolarité, on s'est vu servir mensonges sur mensonges.

    À commencer par le prétendu sous-financement des universités québécoises (voir le rapport de Gilles Gagné, «Les revenus des universités selon la conférence des recteurs.»)

    http://www.iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads

    De plus, comment concilier le fait qu'on augmente les frais de scolarité universitaire de 75% sur quelques années avec le fait qu'on veut assurer le droit à l'éducation universitaire pour TOUS ceux qui le peuvent et le veulent. Avec un système dit bonifié (quelle farce) de prêts & bourses, une véritable usine à gaz qui est vue par ses usagers comme une course à obstacles. Pourquoi faire simple, quand il est si simple de faire compliqué...

    Et puis cette augmentation de presque 2000$ pour les 200 jours de deux sessions universitaires, cela fait bien aux environs de 10$ par jour... vous avec beau le défalquer des crédits d'impôts qui réduisent mais de très peu cette somme, ça reste 10$ par jour pour des projets de prestige pour les universités sur-administrées...

    Tout est faux, tout est hypocrisie dans ce gouvernement capitalo-mafieux! Et que dire de la position des recteurs?

  • Michel Lebel - Abonné 16 juin 2012 05 h 54

    Un texte excessif

    Le texte du professeur Leuprecht est nettement excessif. Il accuse le gouvernement actuel de mauvaise foi, il aurait perdu le nord, il associe la loi 78 à une loi de Poutine, etc. Trop, c'est trop!

    Le Québec a choisi depuis des lunes son modèle relatif aux droits de scolarité à l'université. Chaque pays fait de même. Le Québec a opté pour une certaine contribution financière de l'étudiant à sa formation. Aucun modèle n'est immuable, j'en conviens, mais celui du Québec, a une histoire et une tradition. Le gouvernment actuel a décidé d'augmenter ces droits de scolarité comme d'autres gouvernements l'ont fait antérieurement. Bien des commentateurs estiment que les hausses prévues sont raisonnables. D'autres affirment le contraire. Le gouvernement a fait ses choix et ceux-ci sont tout à fait légitimes.

    Je suis pour un enseignement supérieur accessible à ceux qui ont le talent pour suivre un tel enseignement. Je ne suis pas opposé à l'exigence d'une certaine contribution financière de la part de l'étudiant, le tout accompagné d'un régime de prêts et bourses. En d'autres termes, sur l'essentiel, je suis d'accord avec le modèle québécois. On peut certes le remettre en cause, mais pour cela il faudrait faire un large débat sur le financement des services publics au Québec. Puis-je ajouter qu'il n'y a pas seulement les étudiants qui sont en demande dans la société et que l'argent, à ce que je sache, ne pousse pas dans les arbres!


    Michel Lebel
    Ancien professeur d'université

    • Serge Grenier - Inscrit 16 juin 2012 13 h 03

      Trop de mauvaise foi : la Loi 78 est injustifiable !

      Et ce n'est pas pour une question d'argent que le le gouvernement veut hausser les frais de scolarité, ils veulent bloquer l'accès aux études supérieures pour les enfants des classes inférieures.

      Si l'argent ne pousse pas dans les arbres, pouvez-vous me dire où ils les ont pris les milliards qu'ils nous ont prêtés et sur lesquels on doit payer l'intérêt fort ? Out of nowhere ! De l'argent dette.

      En passant, j'ai copié ceci sur une affiche du Parti libéral dans les années 1960:

      1. Considérer l'instruction, à tous les degrés, comme un problème familial et une responsabilité provinciale.

      2. Gratuité scolaire totale - de la petite école à l'université inclusivement - pourvu que l'étudiant ait le talent et la volonté requis.

      3. Gratuité des manuels scolaires dans toutes les écoles publiques.

      4. Allocations de soutien coucrant logement, pension et vêtements - selon les besoins de l'étudiant.

      Serge Grenier
      qui n'a jamais été à l'université
      mais voudrait bien que les jeunes puissent y aller

    • Marc Bourdeau - Abonné 16 juin 2012 13 h 54

      De Louis.Marc.Bourdeau@Gmail.com

      Le modèle québécois est dépassé, rétrograde.

      Le système des Prêts & Bourses est une usine à gaz à gérer, inefficace sur l'atteinte des objectifs. C'est en fait une course à obstacles.

      Beaucoup d'étudiants potentiels, surtout dans les disciplines moins lucratives, sont découragés de s'inscrire à l'université. D'autant plus que 75% d'augmentation en quelques années c'est indigeste....

      Pensez à votre cas, chers lecteurs: que diriez-vous, si vous étiez étudiants, de vous endetter sérieusement avant de gagner le moindre sou? Il n'y a pas que des futurs comptables, médecins et avocats aux études universitaires. . Il y a d’autre chose à faire avec l’argent qu’on gagne durement en début de carrière que de payer des dettes de quelques dizaines de milliers de dollars…

      Que diriez-vous, parents, de voir la facture des études universitaires portée à 5000$ par année et pour chacun de vos enfants? Vous qui êtes souvent endettés à la limite de vos possibilités. Et que le travail d'été ne peut servir qu'à une fraction des coûts pour s'instruire à l'université. Et si vous êtes en région en plus...

      Le système de Prêts & Bourses est un cataplasme sur une jambe de bois. C'en est devenu ridicule.

      Et pourtant on sait tous que ces disciplines sont nécessaires à toute société. À la compréhension du monde, entre autres. À se donner une classe de gestionnaires publics pas trop incultes. À réfléchir et faire réfléchir de façon un peu distanciée. À être des citoyens responsables.

      Non! quand on y pense un tant soit peu, la gratuité des études doit être étendue, dans notre monde moderne fait de connaissances avancées, aux études universitaires.

      On ne peut se payer des universités payantes.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 16 juin 2012 14 h 18

      Le Québec a opté pour la gratuité avec le gouvernement Lesage/Gérin-Lajoie. Certains devraient relire le rapport Parent à ce sujet. Oui, la loi 78 est excessive et inutile. Elle sert à montrer comme Charest a des "c......" et qu'il est puissant et sait mâter les étudiants. Ce ne sont pas eux qui payent les études mais les parents. Pour comprendre le système de prêts et bourses, il faut entendre les témoignages des victimes de l'endettement.

      Il ne faut pas croire tout ce que dit Charest car il est loin de dire la vérité. Il cherche sa ré-élection en cachant son incompétence.

    • Catherine Paquet - Abonnée 16 juin 2012 18 h 19

      Notre bon ancien professeur Leuprecht feint d'ignorer que les mesures adoptés par le gouvernement (bourses, échelonnement des années de contribution et flexibilité de remboursement) facilitent en tout point l'accès à l'Université. Les conditions actuelles des étudiants est différentes et grandement meilleure que ce qu'elle était avant le boycott des cours par un minorité d'étudiants.

    • Léandre Déraspe - Inscrit 17 juin 2012 11 h 38

      Voici je l'espère un exemple de conversation qui permettra d'éclaircir les choses:

      Léandre Déraspe
      Argument Utilisateur/payeur: Je n'ai pas de voiture donc aucune cennes de mes taxes devrait aller sur les routes.


      Daniel: j'ai pas de permis, j'ai jamais droit au chomage, donc je vais economiser ;)

      Léandre Déraspe: Donc tu peut aller faire des études

      Louis-eric: ok mais pas de cut pour la route coupe ds lparc pour yaller a lecole

      Louis-eric: passe pas ds lchemin

      Léandre Déraspe: Le chemin m'est imposé et dans ce cas nuit à mon droit fondamental de liberté

      Léandre Déraspe: Parce que j'ai 4 chemins qui passe tout autour de chez moi et que je le paye pas je doit resté ''cloturé'' chez moi?

      Léandre Déraspe: Me semble sa serais de l'abus

      Léandre Déraspe: J'irais encore manifester

      Léandre Déraspe: Tu vois comment sa démontre que l'argument Utilisateur/payeur est ridicule?

      Louis-eric: les route sont un besoin fondamental a leconie a bien autre chose trouve une autre chose

      Louis-eric: oui cest ridicule

      Léandre Déraspe: le principe de route est fondamentalement bon, je dit pas que les routes sont une mauvaise chose à part si tu veut en débattre?

      Léandre Déraspe: Remarquez ici le parallèle: Imaginez Louis-eric(Néolibéralisme) Léandre Déraspe(Citoyen rationnel) On est pourtant d'accord sauf que dans ce cas-ci le néolibéralisme est de bon coeur, donc ne continue pas d'argumenter pour des raisons personnelles!

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 16 juin 2012 06 h 38

    La gratuité, seule solution

    C'est le parti libéral qui parlait de gratuité au temps de Lesage/Gérin-Lajoie. Il est écrit noir sur blanc dans le Rapport Parent que la gratuité doit exister de la maternelle à l'université. Le parti libéral de 2012 devrait relire ce rapport.

    Je voterai pour un parti qui promet la gratuité sinon j'annulerai mon vote.

  • Catherine Paquet - Abonnée 16 juin 2012 07 h 00

    Toute crédibilité perdue...

    Quelque soit le nombre de diplômes que peut afficher celui qui écrit: ''Charest-Poutine, même combat '' manque de mesure et amène à zéro la valeur de sa crédibilité et le sens de ce qu'il peut soutenir pas ailleurs.

    • Serge Grenier - Inscrit 16 juin 2012 13 h 06

      Monsieur Paquet, on ce qui me concerne, vous êtes bien mal placé pour parler de crédibilité, vous qui n'en avez pas du tout.

      Actuellement, dans le monde, il n'y a qu'un seul combat qui vaille la peine, c'est celui du 1% contre les 99%. Charest, Poutine, Obama, et tous les autres du 1% font partie de ce même combat.

      Facile à comprendre.

      Serge Grenier

    • Catherine Paquet - Abonnée 16 juin 2012 18 h 10

      M. Grenier, je vous retourne le compliment...

    • Gaston Fringon - Inscrit 17 juin 2012 21 h 43

      Pour Georges Paquet -

      Une petite fleur rouge est-elle rouge, si petite soit-elle?

      Une loi répressive est-elle répressive, même si elle l'est moins qu'une autre? On pourrait en effet se comparer à mieux, pour une fois que ce sont les bourgeois qui le demandent!

    • Timon Janzing-Bachelet - Inscrit 19 juin 2012 18 h 08

      Remarquez le point d'interrogation après le «Charest-Poutine, même combat ?»...


      Celui qui n'as pas de crédibilité est celui qui sur tous les articles favorables aux positions étudiantes répète le discours gouvernemental.

      C'est celui qui au lieu de porter attention contenu des revendications étudiantes se limite au moyen, au «blocage du pont Jacques-Cartier, [au] cassage du Bureau de la ministre de l'Éducation» (Malhonnêteté-éhontée, 19 juin).

      C'est celui qui tronque délibérément des citations à son avantage... (Tout. Va. Bien. , 15 juin)

      C'est pour cela, qu'à mes yeux, M. Paquet, vous n'avez aucune crédibilité.

  • Gilles Delisle - Abonné 16 juin 2012 07 h 44

    Un texte-clé dans la crise étudiante actuelle.

    Bravo Monsieur Leuprecht! En peu de mots, vous faites le tour de la question et posez bien la stratégie gouvernementale actuelle au Québec, en regard de l'éducation post-secondaire.