Une nouvelle forme d'activisme politique

Le député Amir Khadir commente l’arrestation de sa fille par les policiers montréalais.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le député Amir Khadir commente l’arrestation de sa fille par les policiers montréalais.

Les arrestations du député Amir Khadir et de sa fille illustrent avec force la nouvelle forme d’activisme politique plus contestataire mené par les mouvements sociaux, en lien avec Québec solidaire (QS), qui agit comme leur porte-parole dans les institutions de l’État.

Monsieur Khadir n’est pas que le député du Plateau. Il est le lobbyiste en chef de la société civile organisée à l’Assemblée nationale. QS est une fédération de mouvements sociaux issus des syndicats, du tiers secteur, de la lutte contre la pauvreté, du féminisme et de l’environnement. Le mouvement social porté par les étudiants au printemps dernier a spontanément rencontré dans le député de QS à l’Assemblée nationale un allié à l’intérieur du système politique.


Cette forme d’institutionnalisation de la contestation n’a pas la force de menacer les autorités et la stabilité sociale. Mais elle fait du bruit. Elle fait une différence politique. Avec un député de QS au parlement, les étudiants ont un des leurs dans les institutions.


Sur le plan politique et des rapports de force, le député de QS négocie autant, sinon plus, que les représentants étudiants qui étaient dans les cabinets de ministres les dernières semaines. En bout de piste, la reconfiguration du système partisan dont est issue l’élection du député de QS confère aux mouvements sociaux de la société civile une voix politique plus unifiée et plus forte dans les institutions.


L’émergence d’une forme d’activisme politique plus radical dérange l’ordre institutionnel établi. Les mouvements sociaux contestataires repoussent les frontières de ce qui constitue en démocratie une action politique légitime et acceptée par la société. À quel moment une action politique de revendication devient-elle violente ?


C’est à cette difficile question que la contestation étudiante des derniers mois nous invite à réfléchir. Une société démocratique ne devrait pas laisser à ses policiers le devoir de définir les frontières de la légitimité de la contestation politique.


Dans cet exercice de définition, il est inutile d’opposer la légitimité de l’action politique de la rue à celle de la démocratie parlementaire, comme le fait trop souvent le premier ministre Jean Charest dans ses propos sur la grève étudiante.


Les étudiants qui prennent la rue pour protester, c’est aussi de la démocratie. On ne doit pas forcer les citoyens à choisir entre la démocratie des institutions et celle de la rue. Ces deux formes d’expression démocratique se complètent beaucoup plus en pratique qu’elles ne s’opposent en théorie.

9 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 8 juin 2012 11 h 54

    Confusion!

    Ne mettons pas de grâce sur le même pied l'Assemblée nationale et la rue, sinon c'est le triomphe de l'anarchie, du non-droit. Je préfère notre démocratie imparfaite à une foule hurlante qui dit n'importe quoi! Mais le jugement a foutu le camp chez plusieurs au Québec. La raison n'y est plus au rendez-vous.


    Michel Lebel

  • Michel Leclaire - Inscrit 8 juin 2012 13 h 11

    La rue...

    ...est la VRAI et la seule démocratie.

  • Frédérick Bruneault - Inscrit 8 juin 2012 13 h 45

    N'y rien comprendre...

    Visiblement MM. Lebel et Lafond n.ont rien compris à ce texte fort clair. La démocratie ne veut pas exclusivement dire (et n'a jamais voulu dire) l'exercice du droit de vote aux 4-5 ans suivi d'une totale liberté des parlementaires. Au contraire, la démocratie c'est des représentants élus qui doivent impérativement rester sous l'observation et la surveillance de ceux et celles qu'ils représentent. Différents moyens permettent cette surveillance: comités parlementaires, organismes non-gouvernementaux, partis politiques notamment d'opposition, liberté de la presse, etc. Un de ces moyens pour les citoyens qui n'ont pas (ou très peu) accès à ces méthodes de contestation, c'est la manifestation de ce qu'on appelle «la rue». Ceci est un rouage essentiel d'un système démocratique qui n'est pas sclérosé par une élite parlementaire qui se croit tout permis. Peut-être est-ce là la vraie confusion qui règne ici, nous nous sommes tellement habitués à un tel système sclérosé qu'on imagine que le remettre en question entraînera l'anarchie... Disons que ça en dit gros sur le travail qui reste à faire.

  • Geneviève Talbot - Abonnée 8 juin 2012 14 h 34

    Une nouvelle forme d'activisme plus radical. Vraiment?

    Est-ce que nous assistons vraiment à une nouvelle forme d'activisme plus radical? Permettez-moi d'en douter. Je suis d'accord pour dire qu'il y a une montée de la mobilisation sociale, une variété de tactiques. Mais est-ce qu'il y a vraiment un changement dans la forme de l'activisme? Pas vraiment: on parle de manif, de tintamarre, oui de blocage de ponts , de nudités mais rien de pire qu'un après- match du canadien durant les plays off!. Il ya eu trois manif de plus de 200 000 pers en trois mois pour faire changer des politiques et rien n'a bougé. Il y a eu plusieurs soirs de tintamarre pour dénoncer un loi anti-démocratique. Et la repression n'a fait qu'augmenter. Oui, il y une voix qui porte le message des étudiants à l'intérieur du parlement. Mais peut-on vraiment qualifier cette voix de radicale lorsqu'elle est portée par plusieurs milliers de personnes? Si radical il y a, ce n'est pas tant le mouvement de protestation, que le gouvernement libéral qui se durcit, qui emploi la police et la force pour faire taire des voix discordantes. La radicalisation, cette fois n'est ni du côté de la rue, ni du côté des parlementaires qui porte la voie de la rue dans les instances du parlement mais plutôt du côté du gouvernment libéral qui écrase à coup de matraque et d'amendes salées un mouvement populaire.

  • Nicolas Beaudry - Inscrit 8 juin 2012 15 h 00

    Merci!

    Merci de nous rappeler que les élus n'ont pas le monopole de la légitimité démocratique. S'ils font la sourde oreille entre deux élections, la rue ne pourra qu'hurler encore plus fort.