Il faut en sortir, non ?

La voie de compromis la plus prometteuse dans le conflit actuel entre le gouvernement et les associations étudiantes me semble être celle de l’indexation des droits de scolarité. Si on emprunte cette voie, il faut choisir un point de départ, un indicateur auquel accrocher le taux d’indexation et le rythme auquel on rattrape la courbe.

Je partirais de 1994, soit l’année du dernier dégel majeur, alors que le niveau des droits a été établi à 1668 $ par le ministre de l’Éducation Claude Ryan. Cette année 1994 est beaucoup plus fraîche à la mémoire que 1968, année repère qu’a utilisée jusqu’ici le gouvernement.


Je choisirais un taux d’indexation à long terme de 3 % par année. C’est plus élevé de 1 % que la hausse annuelle de l’indice des prix à la consommation, qui est à peu près stable à 2 % depuis 1994, ainsi que le veut la Banque du Canada.

 

Ce taux d’indexation de 3 % est toutefois :


- moins élevé que la hausse annuelle des coûts de fonctionnement par étudiant à temps complet des universités québécoises, qui a été de 4,4 % entre 1997-1998 et 2008-2009 (dernière donnée de l’Association canadienne du personnel administratif des universités) ;


- moins élevé que la hausse annuelle du revenu moyen de la famille biparentale québécoise, qui a été de 3,6 % de 1994 à 2009 (donnée de Statistique Canada) ;


- moins élevé que la hausse annuelle du revenu disponible par habitant du Québec, qui a été de 3,2 % de 1994 à 2011 (donnée de l’Institut de la statistique du Québec) ;


- moins élevé que la hausse du prix du lait au Québec, qui suit le coût de production et de transformation du lait et qui a été de 3,1 % par année de 1994 à 2011 (donnée de Statistique Canada).


150 $ par année


À partir du niveau actuel de 2168 $ en 2011-2012, une période de rattrapage de 10 ans avec des hausses annuelles de 150 $ des droits de scolarité (75 $ par session) serait déclenchée. Cette augmentation annuelle de 150 $ équivaudrait à 45 % de la hausse de 325 $ (sur cinq ans) initialement envisagée par le gouvernement et à 60 % de la hausse de 254 $ (sur sept ans) que contient sa proposition la plus récente. Pourquoi 10 ans ? Parce que 10 est le nombre de doigts des deux mains.


En 2021-2022, cela porterait le niveau des droits de scolarité à 3668 $, soit 1500 $ de plus que les 2168 $ de la présente année (2011-2012). Ce serait à peu près le même niveau que les 3705 $ qu’aurait permis une indexation annuelle à 3 % de 1994 à 2021. Ceux et celles qui le désirent pourraient descendre dans la rue et frapper leurs casseroles pour les derniers 37 $.


On continuerait ensuite à indexer les droits de scolarité de 3 % par année, soit au même rythme que le prix du lait et que la capacité de payer de nos concitoyens telle que mesurée par le revenu personnel disponible par habitant. La hausse serait de 110 $ en 2022-2023, etc.


Pas un mauvais deal


Cette proposition de compromis laisserait les droits de scolarité universitaires du Québec inférieurs de 45 % au niveau moyen dans les autres universités canadiennes, qui sera probablement d’environ 7000 $ en 2021. Pas un mauvais deal pour les étudiants québécois. Bien évidemment, cette approche réduirait de quelques dizaines de millions de dollars le montant promis aux universités en 2016-2017, mais elle ne changerait pas vraiment en substance leur situation financière. Dans l’intervalle, on pourrait étudier de plus près leurs besoins financiers véritables.


Après cela, finies les crises sociales tous les cinq ans sur les droits de scolarité. Come on, il faut en sortir, non ?


 
31 commentaires
  • Robert Delamare - Inscrit 2 juin 2012 00 h 17

    Fort en maths

    Vous croyez vraiment que l'heure est encore aux discussions de boutiquier alors que ce que cette crise révèle, c'est un besoin majeur de repenser la place de l'université et de la marchandisation par rapport au bien commun ?

    Quand on a qu'une calculatrice en tête, tous les problèmes se transforment en feuille excel... belle réduction, c'est épeurant de voir cela venir de l'UQAM.

    • jacques bisson - Inscrit 2 juin 2012 10 h 25

      "...repenser la place de l'université...".

      Ce que vous soulevez n'est pas dénué de sens.

      Cependant, j'ai cru comprendre que c'est de finances qu'il s'agit présentement aux tables de négociation (enfin, lorsqu'il y en a !). L'important, côté pratique, c'est d'aligner le dossier vers une issue favorable aux deux partie. Çà, c'est URGENT.

      En celà, je considère la contribution de M. Pierre Fortin (pour lequel j'ai beaucoup de respect) constructive. Une fois le conflit réglé, la philosophie suivra (n'y voyez pas de sens péjoratif).

  • jacques bisson - Inscrit 2 juin 2012 07 h 07

    Solution raisonnable

    je suis en accord avec votre proposition. J'avais déjà envisagé une formule de ce genre mais j'admet volontier que la vôtre est plus complète et détaillée.

    Personnellement, j'aurais préféré un étalement sur une plus longue période (20 ans) mais puisque les élections ont normalement lieu aus 4 ans...vaut mieux ne pas traîner.

    J'imagine qu'un médiateur, à partir de cette base, permettrait de rallier honorablement les intérêts et préoccupations de chacun.

    Jacques Bisson, Laval

  • Claude Smith - Abonné 2 juin 2012 08 h 32

    Indexation

    N'est-ce pas là la proposition qui a été faite par le parti québécois.


    Claude Smith

  • Mario Jodoin - Abonné 2 juin 2012 08 h 48

    Drôle de calcul...

    «moins élevé que la hausse annuelle des coûts de fonctionnement par étudiant à temps complet des universités québécoises, qui a été de 4,4 % entre 1997-1998 et 2008-2009 (dernière donnée de l’Association canadienne du personnel administratif des universités)»

    Une des principales questions est justement là : pourquoi les «coûts de fonctionnement par étudiant à temps complet des universités québécoises» ont-il augmenté à un rythme si élevé, nettement plus que l'inflation? Ne serait-ce pas justement parce que les universités souffrent de malfinancement, comme le disent le mouvement étudiant et les chercheurs de l'IRIS?

    Ce n'est sûrement pas parce que les chargés de cours, proportionnellement toujours plus présents dans les salles de cours, sont mieux payés que les professeurs qu'ils ont remplacés! Il est donc clair que ce sont les autres dépenses (publicité, gestion, frais administratifs recherche, ouverture de campus hors territoire, etc.) qui ont fait augmenter autant les coûts de fonctionnement des universités québécoises, pas les coûts de l'enseignement comme tel. Et ce serait aux étudiants à payer pour cela?

  • Richard Thibault - Inscrit 2 juin 2012 09 h 59

    NON! Pas comme ça et surtout pas avec des phrases méprisante comme celle là ...

    "Ceux et celles qui le désirent pourraient descendre dans la rue et frapper leurs casseroles pour les derniers 37 $."

    • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 2 juin 2012 12 h 43

      Pierre Fortin a beau cacher son côté «lucide», ça revient toujours le hanter.