Prostitution - Affaire sociale plus que choix individuel

Le régime juridique encadrant la prostitution a des conséquences importantes : aux Pays-Bas, pays qui a légalisé la prostitution en 1999, de 60 à 66 % des hommes auraient payé pour un rapport sexuel. Au Canada, ce serait un homme sur neuf, soit 11,1 %.
Photo: Agence France-Presse (photo) Anoek de Groot Le régime juridique encadrant la prostitution a des conséquences importantes : aux Pays-Bas, pays qui a légalisé la prostitution en 1999, de 60 à 66 % des hommes auraient payé pour un rapport sexuel. Au Canada, ce serait un homme sur neuf, soit 11,1 %.

Le Conseil du statut de la femme (CSF) vient d’émettre un avis important et courageux sur la prostitution. Il est courageux parce qu’il adopte une position qui va à l’encontre d’un discours libéral postmoderne (libre-choix du « métier » de la prostitution, relations contractuelles entre deux individus consentants et prétendument égaux, travail comme un autre).

La décision de la Cour supérieure de l’Ontario d’invalider les articles du Code criminel sur le proxénétisme et la tenue de maisons closes - ce qui déréglemente la prostitution, sauf en ce qui concerne les mineures et, en appel, le racolage - s’appuie sur une vision libérale individualiste de la société, avec une interprétation de la Charte canadienne des droits où la liberté de circulation a nettement préséance sur l’égalité entre les femmes et les hommes, et où la sécurité des personnes n’est envisagée qu’au moyen d’un enfermement dans les bordels et non comme un problème constitutif de l’activité prostitutionnelle, découlant du rapport de domination qui la caractérise.

 

Un avis qui ratisse large


Cet avis touche à peu près tous les aspects de la prostitution : de l’âge moyen de recrutement, qui est très jeune en Occident et encore plus jeune dans les pays du Sud, à la violence inhérente d’une industrie basée sur la mise en service d’un sexe au profit de l’autre, de la surexploitation sexuelle des femmes et des filles des minorités ethnico-nationales aux effets de l’activité prostitutionnelle (entre autres le syndrome de stress post-traumatique, le taux de meurtre élevé des femmes prostituées, etc.).


Il met en évidence le lien entre les agressions sexuelles subies dans l’enfance et le risque accru de recrutement dans la prostitution. Il examine aussi le cas de pays (principalement l’Australie) qui ont légalisé le proxénétisme, la prostitution en bordels et dans des zones dites de tolérance, et le cas de la Suède qui, après 30 ans de recherches et de débats, a adopté une politique originale, à savoir la dépénalisation complète des personnes prostituées, la pénalisation des proxénètes et des clients-prostitueurs, la mise en place de services au profit des personnes prostituées, y compris pour quitter la prostitution pour celles qui le désirent. Les recommandations de l’avis vont dans le sens d’adopter une politique similaire à celle de la Suède.


J’aimerais mettre en lumière un aspect négligé de la légalisation de la prostitution ainsi que l’impunité des prostitueurs que cela raffermit, puisque cette activité est normalisée et même promue : il s’agit de la transformation des rapports sociaux et intimes que cela entraîne, ce que j’ai appelé la « prostitutionnalisation » du tissu social. Je ne parle pas ici du fait que les panneaux publicitaires des villes soient couverts d’affiches faisant la promotion de tel bordel ou de tel « eros center », que des guides touristiques vantent ces aspects pour attirer le voyageur, etc. Bien que cela ne soit pas à négliger sur le plan des impacts sur les imaginaires sociaux, ce qui m’intéresse ici, ce sont les changements dans les comportements masculins.

 

Les prostitueurs


Dans son livre sur les hommes qui achètent du sexe, Victor Malarek estime qu’un Canadien sur neuf, soit 11,1 %, a payé pour une relation prostitutionnelle. L’enquête du Mouvement du Nid estimait, en 2004, que 12,5 % des Français étaient des prostitueurs occasionnels ou réguliers.


En Allemagne et aux Pays-Bas, pays qui ont légalisé la prostitution en 1999, de 60 à 66 % des hommes auraient payé pour un rapport sexuel. En Thaïlande, on estimait, en 1995, que 75 % des hommes étaient des prostitueurs, mais 90 % en 2010. A contrario, en Suède, le nombre d’acheteurs de sexe a baissé depuis la loi de 1999 ; avant la loi, un homme sur huit était prostitueur (12,5 %) ; aujourd’hui, c’est un homme sur douze (8,3 %). (Source : Kajsa Ekis Ekman, Varat och varan (l’être et la marchandise), Stockholm, Leopard Förlag, 2010.)


Autrement dit, le régime juridique encadrant la prostitution a des conséquences importantes. Sans prostitueurs, il n’y a pas de prostitution. Et quand le nombre de prostitueurs augmente de façon importante, le nombre de personnes prostituées augmente aussi, d’où un essor de la traite humaine à des fins de prostitution. On estime en Allemagne que 75 % des femmes prostituées sont d’origine étrangère. Les données sont similaires aux Pays-Bas, en Espagne, en Suisse et dans d’autres pays qui ont légalisé l’inégalité entre les femmes et les hommes, ce qu’est la prostitution.


Quand une majorité d’hommes trouve normal que des femmes soient des marchandises sexuelles et qu’ils les « consomment » en tant que telles, cela a certainement des conséquences sur les rapports sociaux et intimes.

 

De la marchandisation sexuelle


La marchandisation sexuelle a pour but la satisfaction des plaisirs sexuels de ceux qui payent. Et celui qui avance l’argent a un avantage sur la personne qui offre la marchandise, ce qui, selon Georg Simmel, accorde à l’homme une formidable prépondérance dans la prostitution. Pour Françoise Héritier, « ce paiement-là n’est pas acte de liberté : il signifie affranchissement de l’homme et asservissement de la femme».


L’argent lie et soumet la personne prostituée au prostitueur, tout en réifiant leur rapport. Le sentiment de supériorité des prostitueurs, lequel fait partie intégrante de leur plaisir, est lié à la déshumanisation qu’implique la location du sexe d’autrui : « Ce n’est pas de moi qu’ils bandent, ça n’a jamais été de moi, c’est de ma putasserie, du fait que je suis là pour ça. » (Nelly Arcand, Putain)


Depuis 40 ans, la prostitution s’est massifiée et a colonisé tous les recoins du monde ; elle s’est mondialisée, engendrant une traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle et le tourisme de prostitution. Par ailleurs, la marchandisation prostitutionnelle touche les plus vulnérables, principalement les femmes et les filles des classes sociales et des groupes ethnico-nationaux subordonnés des sociétés.


L’avis du CSF a le grand mérite de remettre la question de la prostitution à l’ordre du jour, de montrer qu’elle ne relève pas simplement d’un comportement individuel (libre-choix, contrat, etc.), mais d’une question sociale, qu’elle a trait à un choix de société et que l’on peut et doit l’éradiquer, donc prendre des mesures qui tendent à son abolition.

***

Richard Poulin - Sociologue et professeur émérite, l’auteur a publié plusieurs livres sur les industries du sexe. Il a récemment dirigé avec Patrick Vassort Sexe, capitalisme et critique de la valeur. Pulsions, dominations, sadisme social (M éditeur).

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38 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 1 juin 2012 08 h 32

    Ouvrir la porte du cachot

    En lisant ce texte, j'ai fait ouf, enfin un peu de lumière.

    Un homme ouvre la porte du cachot, accepte de voir au fond les femmes, ses soeurs, enchaînées, qui sanglotent dans la crasse, muettes.

    • André Pilon - Inscrit 1 juin 2012 10 h 54

      Et moi j'ai fait un autre genre de ouf en lisant votre commentaire.

      Je crois que cela vous ferait beaucoup de bien d'aller rencontrer des prostituées sur le terrain. Moi je l'ai fait pendant quelques années, parfois comme observateur, parfois comme client, quelquefois comme ami et confident.

      S'il est vrai que j'en ai vu quelques-unes dans un état lamentable, le plus souvent ces femmes étaient très très loin d'être muettes et enchaînées! La grande majorité des femmes que j'ai rencontrées dans ce milieu étaient très consciente de leur condition.

      En fait s'il y a de la crasse ici, elle est dans les préjugés qui souillent des propos que j'estime beaucoup mieux intentionnés. J'imagine très mal la réaction des prostituées que j'ai connues s'il fallait qu'elles se voient décrites en ces termes.

  • David Boudreau - Inscrit 1 juin 2012 09 h 32

    Un commentaire troublant

    Hier (31 mai), au radiojournal de Radio-Canada, une dame a offert un témoignage troublant qui ne nous suprend guère et qui nous en dit long sur le rapport entre la morale et le pouvoir de l'argent. Je cite ici l'extrait: "...on dirait que plus les hommes y'ont de l'argent pis qui sont riches, plus qu'y demandent des choses barbares pis dégradantes..." Le complet-cravate ne fait pas le moine.

    http://www.radio-canada.ca/audio-video/#urlMedia=h

    L'extrait débute à 8min20sec

  • André Pilon - Inscrit 1 juin 2012 09 h 34

    Votre éclairage est plutôt brumeux...

    Monsieur Poulin, votre éclairage à propos des "prostitueurs" se limite à des pourcentages du nombre d'acheteurs de services sexuels? C'est très réducteur pour les clients des prostitués.

    S'il me semble très juste en effet de placer le phénomène de la prostitution au rang de problème social plutôt que juridique, qu'en est-il alors du point de vue des clients en regard de la santé publique?

    Ce sont les besoins sexuels insatisfaits des clients qui les poussent à consommer les services de prostituées. C'est de cela dont vous devriez nous parler. Mais non, vous faites comme plusieurs adeptes de l'anti-prostitution primaire dans ce dossier. Vous présumez que les besoins sexuels des clients disparaîtront avec les prostituées. Ce point de vue frôle l'inconscience.

    Pour le reste, les transactions financières entre consommateurs et fournisseurs de services sont toutes teintées par la puissance de celui qui possède le capital. Vous n'apprendez rien à personne en parlant de sentiment de supériorité de l'un et de soumission de l'autre. Cela ne se limite absolument pas au monde de la prostitution mais à l'ensemble de notre société de consommation.

    J'aurais attendu bien davantage comme analyse de la part d'un universitaire, professeur émérite en sociologie.

    • France Marcotte - Inscrite 1 juin 2012 09 h 54

      "...les besoins sexuels insatisfaits des clients".

      C'est vraiment tout ce qui vous préoccupe?
      C'est un sacrilège de laisser ces "besoins" insatisfaits?
      C'est un dogme que de les satisfaire?

      Vous illustrez très bien le problème malgré vous.

    • André Pilon - Inscrit 1 juin 2012 10 h 09

      Bonjour Madame Marcotte,

      Merci pour votre remarque. Ce n'est pas un dogme mais c'est un aspect fondamental que très peu d'analystes osent aborder. Et ce n'est pas du tout malgré moi que j'illustre cet aspect, bien au contraire.

      J'ose en parler avec l'espoir que l'on trouvera tous ensemble une vraie solution à ce problème. Car à mon avis, aborder la question de la prostitution sans aborder les besoins des clients, c'est faire fausse route.

      En passant avez-vous lu l'excellent texte de Josée Blanchette aujourd'hui dans LeDevoir? Si c'est bon pour les femmes pourquoi cela ne serait pas bon pour les hommes?

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 juin 2012 10 h 37

      Permettez-moi d'être plus clair: on a longtemps payé des femmes pour allaiter des enfants et plus généralement s'occuper des bébés des autres; on paie des hommes pour se faire tuer à notre place - des soldats. Les danseurs et danseuses utilisent leur corps pour nous faire vivre des émotions. Alors, en quoi la réification du rapport sexuel est-elle philosophiquement différente de ces autres cas? Je partage le même feeling que vous, je crois, mais ça ne suffit pas.

  • Sylvain Auclair - Abonné 1 juin 2012 09 h 47

    J'aimerais qu'on m'explique...

    pourquoi l'argent réfifierait un rapport sexuel, mais pas un autre rapport marchand, que ce soit l'embauche d'une bonne, d'un jardinier, un repas au restaurant, une coupe de cheveux...

    • France Marcotte - Inscrite 1 juin 2012 09 h 57

      Vous ne voyez vraiment pas l'écart, le gouffre entre un service sexuel et un autre?

      Cela n'est pas surprenant et c'est justement ce qui doit cesser.

    • David Boudreau - Inscrit 1 juin 2012 11 h 22

      Votre question ignore complètement le contexte de violence dans lequel évolue les femmes qui se prostituent. Ce n'est pas une profession dans laquelle on se dirige dans le cadre d'un programme d'étude....l'intégrité physique des personnes, ça vous dit quelque chose?

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 1 juin 2012 15 h 13

      Vendre son corps ?
      La prostituée (ou le prostitué) ne vend pas son corps. Elle (il) vend un service, et elle (il) utilise son corps pour rendre le service vendu, et c'est le cas pour tous les services que l'on échange contre de l'argent. Tous les services vendus impliquent pour celui qui le rend d'utiliser son corps.

      Les exemples de Monsieur Auclair sont pertinents : la bonne vend un service et elle utilise son corps pour faire le ménage. Le cuisinier au restaurant, ainsi que le serveur, la même chose. Un coiffeur utilise aussi son corps. Comme enseignante, même si c'est un métier considéré comme intellectuel, je dois me déplacer jusqu'à ma classe, écrire au tableau, etc. D'ailleurs, cela soulève aussi la question de s'il y a lieu de faire une différence, d'un point de vue éthique, entre utiliser son esprit et utiliser son corps, d'autant plus que n'importe quelle prestation de service implique l'utilisation de l'un et l'autre, bien que ça puisse être dans des proportions variables.

      Madame Marcotte, en tout respect, plutôt que de simplement insinuer que la différence entre la prostitution et un autre service va de soi, en répondant : "Vous ne voyez vraiment pas l'écart, le gouffre entre un service sexuel et un autre ?", je serais très intéressée (tout comme Monsieur Auclair, j'imagine) à connaître votre avis de façon plus approfondie. Qu'est-ce qui, selon vous, permet d'établir une différence nette ?

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 1 juin 2012 16 h 19

      @Monsieur Boudreau
      Il est possible que dans l'état actuel des choses, la majorité des prostituées vivent dans un climat de violence (je dis bien possible et non certain, car je n'ai pas suffisamment de preuves). Toutefois, il est peut-être envisageable de modifier les conditions de la prostitution, plutôt que de l'abolir (d'ailleurs, indépendamment de tout autre argument, je doute que l'abolition de la prostitution soit possible).
      La prostitution ne va pas forcément de pair avec la violence. Il faut distinguer le factuel du nécessaire.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 4 juin 2012 20 h 26

      En maternelle, on a demandé à mes enfants ce qu'ils voulaient faire plus tard comme métier.

      Verra-t-on bientôt un enfant de 5 ans dire : Moi je veux être prostitué???

      Ne vous faites pas d'illusion Mme Collin, la violence EST inhérente à la prostitution. Un très grand nombre d'études et de recherche l'indiquent. "Ca fait cool et à la mode d'être pour la prostitution, mais la réalité est infernal: vous saviez que le plus grand nombre de meurtres contre les femmes sont contre des prostituées??? Le "métier" le plus dangereux au monde.

      C'est pas banal lorsque M. Poulin dit que la prostitution "s’est mondialisée, engendrant une traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle et le tourisme de prostitution". Et que "la marchandisation prostitutionnelle touche les plus vulnérables, principalement les femmes et les filles des classes sociales et des groupes ethnico-nationaux subordonnés des sociétés." Pas banal du tout. Surtout lorsqu'on tient compte de l'âge d'"entrée" dans la prostitution qui est d'environ 13 ans!

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 5 juin 2012 00 h 11

      Madame St-Amour
      il ne faut pas tout mélanger : quand vous parlez de l'âge d'entrée dans la prostitution qui est de 13 ans, vous soulevez le problème des mineures qu'on entraîne dans le travail du sexe, ce qui est très différent d'une adulte qui choisit d'en être. Sans prétendre tout connaître du milieu des travailleuses du sexe, j'ai eu assez de contact avec ce milieu pour savoir que ça existe. Mon contact était plutôt avec des danseuses, mais on dit la même chose des danseuses que des prostituées, alors il se peut que ce soit pareil pour les prostituées.
      Quel que soit le nombre de cas où la prostitution est un cadre dans lequel les femmes sont réifiées, exploitées et abusées, ça n'implique pas comme conclusion que la prostitution doit être abolie (je vous renvoie à mon commentaire plus bas où je compare avec le mariage).
      Quant à votre argument : "Verra-t-on bientôt un enfant de 5 ans dire : Moi je veux être prostitué???", je dois dire que ça me surprend de votre part, puisque jusqu'ici, tous les écrits que j'ai vus de vous étaient articulés et vous ne faites pas généralement dans le sophisme...Bien des métiers ne font pas partie des rêves des enfants ; les enfants rêvent de métiers exercés par des héros dans les films ou par une personne de leur entourage à qui ils sont attachés ou qu'ils admirent, ou des métiers qu'on leur présente comme des bons métiers, et non nécessairement de tous les métiers acceptables. Aucun enfant ne dit : "Moi je veux être vidangeur." et pourtant le métier de vidangeur est non seulement respectable, mais on ne peut plus utile. Il va sans dire qu'on ne discute pas de prostitution avec les enfants, il y a bien d'autres tabous avec eux ; ce qui est tabou avec les enfants ne doit pas forcément être interdit.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 6 juin 2012 21 h 10

      - Dans le monde: Les 3/4 des personnes qu'on prostitue dans le monde sont âgées de 13 à 25 ans. 13 ANS À 25 ANS!

      - Dans le monde: 9 personnes sur 10 qu'on prostitue sont dépendantes d'un proxénète et 80% d’entre elles sont des femmes ou des filles.

      Au Canada, 80 % des personnes qu'on prostitue auraient commencé alors qu’elles étaient mineures (moins de 18 ans). 80 %

      Au Québec, 85% des femmes qu'on prostitue auraient été victimes d’abus sexuels avant leur entrée en prostitution.

      Si on déclare que la prostitution est un métier, je suppose qu'on va aller jusqu'au bout de ses convictions et le présenter comme un métier aussi aux enfants. On est conséquent ou on ne l'est pas! On verra peut-êtrebientôt les proxénètes promouvoir la prostitution dans les salons de l'emploi tant qu'à y être! Et quand les conservateurs auront passé leur nouvelle loi sur l'assurance emploi, on obligera des femmes à accepter un emploi de moindre qualité comme la prostitution???

      Concernant les premiers métiers des femmes, l'histoire est très instructive à ce sujet: accoucheuses, agricultrices, cueilleuses. L'histoire nous informe également que les femmes ont été CONTRAINTES à être prostituées. Leur mari les offrait à leurs visiteurs et certains y ont vu un marché lucratif... D'ailleurs, le crime organisé est le premier BÉNÉFICIAIRE de la prostitution qui s'en sert pour blanchir de l'argent.

      Quand on est rendu qu'on compare le mariage à la prostitution c'est qu'on n'a rien compris ni à la prostitution... ni au mariage!

    • André Pilon - Inscrit 7 juin 2012 12 h 33

      Madame St-Amour,

      Je ne sais pas où vous avez pris vos chiffres et ça ne m'impressione pas vraiment. Pas parce que je ne veux pas voir la réalité en face. Mais parce que je suis allé la voir cette réalité justement, par moi-même.

      Je ne fais confiance qu'à ma propre expérience lorsque je sens que l'on cherche à me convaincre d'une réalité qui ne va pas de soi avec ce que j'en connais. Pour moi une relation sexuelle me permet habituellement d'atteindre l'orgasme. Et l'orgasme est la sensation de plaisir la plus intense que mon corps puisse me procurer.

      Alors lorsque des gens mettent autant d'énergie à bannir une façon d'obtenir du plaisir qui m'apparaît légitime dans notre société (on paye pour se procurer toutes sortes de plaisirs dans notre société, pourquoi pas pour du plaisir sexuel?), je suis extrêmement sceptique.

      J'ai donc justement manqué de partenaires sexuelles à une période de ma vie où j'avais un peu d'argent disponible pour me faire une idée à ce sujet. J'ai donc fait ma propre enquête avec plus d'une centaine d'expériences différentes sur quelques années.

      Je vous accorde que dans la rue, le portrait est généralement inquétant, inhumain quelquefois même. Et ça m'a révolté autant que vous, croyez-moi bien. Mais ailleurs que dans la rue, le portrait est généralement innaceptable par ses conditions, pas par son objet.

      Ce qui fait défaut ailleurs que dans la rue, c'est surtout la dignité, le respect, la sécurité et la salubrité, à la fois pour le client et la travailleuse. Et aussi, car moi je n'ai pas peur d'en parler, la qualité du service, pour le client.

    • André Pilon - Inscrit 7 juin 2012 13 h 07

      Et c'est surtout ici que nous ne serons pas d'accord Madame St-Amour. Mais j'apprécierais beaucoup avoir votre point de vue.

      La seule solution à laquelle je crois pour enrayer les fléaux de la prostitution, ce n'est pas son utopique abolition, son inutile décriminalisation ou sa périlleuse légalisation.

      L'abolition est utopique car il y aura toujours des femmes qui verront l'offre d'une faveur sexuelle comme un moyen légitime de faire de l'argent. Et qu'il y aura toujours des hommes pour être d'accord pour payer pour ce service.

      La décriminalisation et la légalisation ne sont pas non plus adéquates, car l'emprise du crime organisé sur l'offre de services sexuels est beaucoup trop importante.

      Il n'y a que l'état qui pourra mettre suffisamment de ressources pour faire obstacle au crime organisé dans ce milieu. Il faut avoir le même courage que l'on a eu avec la SAQ pour l'alcool, et avec Loto-Québec pour les jeux de hasard.

      Si vous êtes d'accord avec l'existence de la SAQ et de Loto-Québec, expliquez-moi pourquoi vous ne croyez pas qu'une société d'état responsable de gérer l'offre de services sexuels ne pourrait pas intervenir efficacement dans le milieu de la prostitution?

      Cela implique la mise en place de Centres de services sensuels, contrôlés par l'état. Où l'on s'assure que les employé-e-s ne soient sous aucune pression extérieure. Que le milieu de travail soit sécure et salubre, et que les employé-e-s soient bien formé-e-s pour accomplir leurs tâches.

      Comme pour la SAQ, ils pourraient y avoir des entreprises privées qui pourraient obtenir un permis de cette société d'état. Mais elles seraient soumises à des conditions sévères, et à des inpections régulières. Les profits de la société servirait à intervenir auprès des personnes en difficultés à tous les niveaux (clients, employés ou de l'extérieur).

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 7 juin 2012 15 h 17

      "Dans le monde: Les 3/4 des personnes qu'on prostitue dans le monde sont âgées de 13 à 25 ans. 13 ANS À 25 ANS!"

      Si on avait la possibilité de faire des études fiables sur l'âge auquel on marie les filles dans le monde, je suis sûre que le nombre de fillettes de moins de...bon disons moins de 16 ans que l'on marie serait effarant. Ce nombre serait certainement encore plus effarant si on reculait de quelques siècles.

      Autre remarque : vous écrivez 13 à 25 ans, en ce qui me concerne, à 25 ans, ça fait longtemps qu'on est assez grand pour décider pour soi, y compris décider d'échanger des services sexuels contre de l'argent.

      "Dans le monde: 9 personnes sur 10 qu'on prostitue sont dépendantes d'un proxénète et 80% d’entre elles sont des femmes ou des filles"

      Si on avait la possibilité de faire des études fiables sur le nombre de filles et femmes qui se sont fait imposer un mari par leur père et qui dépendent de leur mari après le mariage... même suite que précédemment.

      "Au Canada, 80 % des personnes qu'on prostitue auraient commencé alors qu’elles étaient mineures (moins de 18 ans). 80 %"
      Voir ma première réponse.

      Et vous dites qu'il faut n'avoir rien compris à la prostitution et au mariage pour les comparer ?

      Tous ces défauts du mariage peuvent manifestement être corrigés, parce qu'ici au Québec, les femmes se marient une fois adultes et leur père ne peuvent pas leur imposer un mari. Il est assez rare, également qu'une femme dépende de son mari (du moins, qu'elle n'ait pas le moindre moyen de sortir de cette dépendance). Alors je reprends : pourquoi ces défauts de la prostitution ne pourraient-ils pas être corrigés.

      Puisque, je le répète, j'ai connu des danseuses et des escortes ayant choisi ce métier et étant parfaitement à l'aise dedans, pourquoi cela ne pourrait-il pas devenir le cas de toutes les travailleuses du sexe ? C'est loin de la réalité actuelle, mais l'abolition de la prostitution l'est tout autant.

  • Robert Delamare - Inscrit 1 juin 2012 10 h 23

    Merci mais question

    Bonjour et merci pour ce texte.

    D'accord sur bien des points j'ai beaucoup évolué sur cette question.

    À M. Pilon je crois que cette question du "besoin sexuel" est très réifiante et sexiste ; réifiante pour les prostitueurs comme si le sexe était vital et que seule la prostitution permettrait d'y répondre. Et sexiste car évidemment l'idée des "besoins" masculin l'emporte largement sur celle des "besoins" féminins.

    Le dernier point duquel j'ai du mal à sortir concerne la sacralisation différentielle du sexe induite par l'argument abolitionniste, alors même que l'inégalité est au coeur de tout "échange" marchand. Or tout "échange économique" met aux prises des inégaux, des payeurs et des payés, lesquels mettent leur corps à disposition, tout leur corps, leur cerveau, il est évident que la prostitution (bref les organes sexuels) n'ont pas le monopole de l'exploitation. Un grand nombre de travailleurs et travailleuses (hors prostitution) sont exploitéEs d'une manière scandaleuse, harceléEs au travail, opprimés, mis à disposition corps et âme (hormis le sexe) du patron-payeur. Petits services, grandes compagnies (cell.phone toujours allumé) et séminaires obligatoires en fin de semaine, travailleurs agricoles,sweat shops, etc... bref tout "rapport marchand" est potentiellement inégalitaire, et désolé, mon cerveau et le reste de mon corps valent au moins autant que mon sexe. Tous ces rapports mettent à disposition le corps pour de l'argent, et il existe aussi des maladies du travail, des dépressions par milllions, du harcèlement, de la violence symbolique, physique, économique, etc.

    Alors dans ce cas, merci de m'expliquer pourquoi la prostitution, bref, le sexe, serait redevable d'un traitement différent des autres "échanges" de services marchands qui mettent incontestablement le corps à disposition...?

    Bien à vous.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 juin 2012 11 h 52

      Merci d'avoir explicité ma question.

    • André Pilon - Inscrit 1 juin 2012 13 h 47

      Merci M. Delamare de me donner l'occasion de préciser ma pensée au sujet du "besoin sexuel" des clients des prostituées. D'abord, je souhaite laisser à d'autres le soin d'évaluer si la pulsion qui pousse un client de prostituée à recourir à ses services est soumise à un besoin réel ou pas.

      Il reste cependant que toutes les interventions coercitives pour éliminer les activités liées à la prostitution ont lamentablement échoués. Il me semble donc que chercher à encadrer le marché de la prostitution à l'intérieur de paramètres favorisant à la fois la salubrité, la sécurité et la satisfaction de tous les intervenants du milieu, clients et fournisseurs de services est une avenue à explorer sérieusement.

      Au delà des concepts moraux, cela s'apparente à mon avis beaucoup au cheminement que notre société a vécu avec l'alcool et les jeux de hasard. Dans les deux cas, nous avons établi que seule l'étatisation pouvait éliminer les abus des organisations criminelles dans ces marchés. Nous avons donc créé la SAQ et Loto-Québec qui semblent toutes deux des moindres mal généralement bien acceptés aujourd'hui.

      J'aimerais ainsi voir des spécialistes tenter de mettre au point ces paramètres de salubrité, de sécurité et de satisfaction pour tous, en abordant sérieusement les motivations des clients et clientes des prostitué-e-s. Cela pourrait par exemple mener à la mise en place d'une Société des services sensuels du Québec avec un salon au Casino de Montréal, par exemple.

      Ce salon pourrait employer des masseurs et des masseuses professionelles, formés pour accompagner des clients et des clientes dans un univers de sensualité de divers degrés. Je vais même jusqu'à y voir le fameux orgasmotron de Woody Allen, pour du plaisir garanti à moindre coût. Pourquoi pas?

      J'insiste cependant sur le fait qu'intervenir dans le débat sur la prostitution en occultant le point de vue des clients est futile.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 juin 2012 14 h 16

      Vous reprenez mon questionnement. Peut-être aurons-nous une réponse!