Conflit étudiant - Nous sommes arrivés à ce qui commence

Au cœur de ce printemps de tous les mécontentements, de partout au Québec s’élèvent un désir et une volonté irrépressibles de remettre en question les conditions du vivre-ensemble.

Devant cela, rien ni la loi ne semblent pouvoir faire barrage. Le statu quo qui, hier encore, nous tenait lieu de raison commune, ne parvient plus à garantir la paix sociale. C’est une certaine idée du Québec, de son avenir, au fond, qui bat de l’aile, et c’est une part de nous-mêmes qui en souffre, blessée dans son amour-propre.
 
Nous revoilà dressés les uns contre les autres, en grand danger de tout perdre pour sauver ce qui va mourir. Ces heures inquiétantes, il faut les vivre, car dans le face-à-face de deux Québec se dévoile, un moment, ce qui nous unit envers et contre tout et qui est immortelle : la liberté.
 
C’est dans ce contexte et dans cette conscience que s’ébranlent les états généraux sur la souveraineté du Québec. Promesse, idéal, pour les uns ; rupture, déchéance, pour les autres, la souveraineté, telle qu’on l’a toujours entendue, a divisé cette société aussi sûrement qu’une lame en deux parts égales d’un même tout. Mais avant d’être un projet, la souveraineté est une réalité.
 
Cette réalité, c’est celle du Québec, inaliénable et constitutive. Jusqu’à ce jour, l’impossibilité de considérer les choses sous ce rapport a déterminé notre vie politique. Obsédée par le renouvellement du fédéralisme et exaspérée par l’avènement sans cesse reporté du « grand soir », la politique s’est rabattue faute de mieux sur l’économie, seule capable, ici comme ailleurs, semblait-il, de souder nos destinées.

Les conséquences de ce premier blocage, intérieur, étaient hier encore partout présentes : désabusement, cynisme, dépolitisation. Si cette fatigue cède enfin le pas à une légitime et manifeste colère, celle-ci risque fort de se changer en frustration et en amertume, sans un cadre où elle peut trouver une cohérence.
 
À l’heure d’une ouverture toujours plus grande des marchés, cette précarité propre à l’indétermination du Québec laisse le champ libre à toutes les dépossessions, menaçant comme jamais cette souveraineté populaire qui est son identité profonde et son pouvoir méconnu.
 
Ce printemps du réveil coïncide avec le rappel historique d’un autre épisode déterminant pour la vie démocratique québécoise : le rapatriement de la Constitution canadienne. Depuis 30 ans, dans un déni flagrant de cette souveraineté populaire, cette Constitution continue de régir la vie des citoyens et citoyennes du Québec, quoiqu’elle n’ait jamais été signée par aucun de ses gouvernements, quelle que fût son allégeance.

Fausse idée de nous-mêmes

La Commission nationale de ces états généraux a rassemblé dans un document succinct ce qui, dans ce cadre politique canadien, fait obstacle au plein épanouissement du Québec. Ces blocages extérieurs découlent de cette première incapacité à penser, à concevoir, à éprouver le Québec comme essentiellement libre. Ils sont les mille et une coûteuses conséquences qu’entraîne cette fausse idée de nous-mêmes, la plus éloquente d’entre toutes demeurant la loi sur la clarté référendaire, obscur déni du droit imprescriptible des peuples à l’autodétermination.
 
Issue de la société civile, non partisane et indépendante, trois conditions garantes de sa crédibilité, la commission itinérante des états généraux s’est donné comme mission d’aller, partout sur son territoire, à la rencontre des citoyennes et citoyens du Québec. Tous et toutes sans exception sont invités à cet exercice unique de souveraineté populaire.
 
L’heure est grave, le dialogue est rompu. La suppression de droits fondamentaux encourage la désobéissance civile, laquelle entraînera fatalement plus de répression. Cette logique bientôt rendue folle ne peut mener qu’au désastre.
 
Une page de notre histoire s’achève, un monde nouveau se lève. Les états généraux sur la souveraineté du Québec sont une occasion historique de reconnaître et de rendre opérante l’essentielle liberté qui est le passé, le présent et l’avenir du Québec.
Nous sommes arrivés à ce qui commence.

***
 
Ont signé ce texte les membres de la Commission nationale des états généraux sur la souveraineté du Québec : Michelle Bussières, ancienne sous-ministre des Relations internationales du Québec ; Amélie Dionne, conseillère municipale à la Ville de Rivière-du-Loup ; Tania Kontoyanni, comédienne ; Renaud Lapierre, homme d’affaires et ancien sous-ministre adjoint à l’énergie au ministère de l’Énergie et des Ressources ; Danic Parenteau, professeur au Collège militaire royal de Saint-Jean ; Sébastien Ricard, comédien et musicien, membre du groupe Loco Locass ; Alice Tavares Mascarenhas, traductrice et professeure de portugais et de traduction.
6 commentaires
  • Cyrille-Daniel Janelle-Turcotte - Inscrit 30 mai 2012 06 h 27

    Et que cela continue

    Après le printemps érable du Québec... il faut qu'arrive l'été peuplier (peuple-lié)... pour que ce qui commence, se poursuive et donne les résultats attendus de ce peuple en marche vers la libération de ces gouvernances néo-libérales planétaires. Et que les casseroles continussent à se faire entendre et à se faire respecter de partout sur la Terre entière.

  • Michel Lebel - Abonné 30 mai 2012 08 h 22

    Le rêve!

    Plutôt délirant comme texte! Chacun ses rêves! Mais le réel finit toujours par nous attraper!

  • Jean Lapointe - Abonné 30 mai 2012 08 h 57

    La liberté


    Comme nous n'avons jamais connu la liberté comme peuple, nous ne pouvons pas travailler à retrouver ce que nous aurions perdu.

    C'est sans doute la raison pour laquelle beaucoup de Québécois semblent encore trouver que nous ne sommes pas si mal après tout.

    Quand on n'a pas connu mieux, on a tendance à se contenter de ce qu'on a déjà.

    Pourtant la soif de liberté est inscrite au coeur de chaque homme et de chaque femme.

    Ce qu'il faut donc faire c'est de trouver des moyens de l'éveiller cette soif.

    J'espère que c'est ce que la Commission nationale des états généraux sur la souverainté du Québec suscitera.

    Le temps presse. Il faudra agir avant qu'il ne soit trop tard.

  • Placide Couture - Inscrit 30 mai 2012 09 h 43

    Je souhaite de toute mon âme que le jour se lève.
    J'ai en tête la poésie de Gaston Miron:
    « Le sentiment dévorant de disparaître sur place de ce peuple qui n'en finit plus de ne pas naître. »
    J'irai déposer une copie de votre article sur la tombe de cet immense poète québécois et je lui dirai que nous sommes arrivés à ce qui commence. J'espère qu'il m'entendra.

  • Gabriel Duceppe - Abonné 30 mai 2012 10 h 02

    On à affaire à un bloc solide de citoyens qui ont comme but premier, comme intérêt principal, de faire en sorte que les choses aillent plus ou moins mal au Québec affin de décourager une sécession de cette escroquerie qu'est la confédération Canadienne. Il serait temps que les mouvements de contestation sociale commencent à cerner l'ennemi de façon précise affin de faire comprendre au Québécois moyen, malheureusement trop occupé à survivre (sur-taxation qui découle directement de la mauvaise gestion des fonds publiques et de la corruption généralisée) et généralement, très mal informé sur ce qui se passe réellement ici et ailleurs dans le monde (Québécor, Gesca, etc).