Études canadiennes aux états-Unis - Une autre décision regrettable

Le gouvernement Harper abolit son programme de bourses et de subventions en Études canadiennes qui représente environ 1,9 million de dollars dans le budget du ministère des Affaires étrangères.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Le gouvernement Harper abolit son programme de bourses et de subventions en Études canadiennes qui représente environ 1,9 million de dollars dans le budget du ministère des Affaires étrangères.

L'annonce de la décision du gouvernement fédéral, le 30 avril dernier, d’abolir son programme de bourses et de subventions en Études canadiennes, connu aujourd’hui sous le nom de « Comprendre le Canada », a stupéfait les 7 000 enseignants et membres des 22 associations nationales et plurinationales en études canadiennes réparties dans 39 pays.

Et cette annonce n’est pas venue seule. Il y aura élimination, en mars 2013, du Conseil international d’études canadiennes (CIEC), organisme à but non lucratif chargé de la gestion de ce programme. De nombreuses autres victimes suivront.


Le gouvernement conservateur est en feu ! L’élimination de ce programme d’environ 1,9 million de dollars dans le budget du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI) n’aura pas vraiment d’incidence marquante sur l’objectif global de la réduction du déficit budgétaire gouvernemental.


Alors, pourquoi tirer un trait aussi radical sur un programme qui a été populaire, rentable et bénéfique et qui est établi depuis plus de 40 ans ? Pourquoi abroger un programme qui a largement contribué au développement des connaissances au sujet du Canada et du Québec, à l’établissement de partenariats, à la multiplication de réseaux et à la formation de liens d’amitié entre professeurs, chercheurs et praticiens d’ici et d’ailleurs ?


Et que dire de la perte éventuelle de retombées considérables découlant des rapports tout à fait particuliers qui ont été tissés notamment avec les États-Unis, et ce, en bonne partie par l’entremise de l’Association des études canadiennes aux États-Unis (ACSUS) ?


Au fil des ans, ces liens ont été favorables au développement de réseaux sensibles à nos intérêts nationaux aux États-Unis, notre principal partenaire bilatéral. Le retrait de l’appui financier d’Ottawa à l’ACSUS met inévitablement son existence et celles d’autres organisations en péril.


Il en sera ainsi de la poursuite de recherches ciblées, de la tenue de colloques internationaux, de la pérennité de l’enseignement dans quelque 50 centres de recherche aux États-Unis et surtout des nombreuses collaborations universitaires et de multiples partenariats avec divers établissements au Canada et au Québec.

 

Agir contre ses intérêts


Les relations Canada-États-Unis, le Québec, l’Arctique, l’énergie, l’environnement, le commerce, les rapports économiques, mais aussi la culture, les communications, la littérature, l’histoire, la science politique, l’administration publique, voilà autant de domaines d’étude qui souffriront de la diminution, voire de l’abandon, de contributions universitaires, plusieurs effectuées en partenariat bilatéral et financées par ce programme canadien.


« Le Canada agit contre ses propres intérêts », affirme le professeur Patrick James de la University of Southern California et président du CIEC, en réponse à une lettre du MAECI lui annonçant la nouvelle, fin avril. Selon lui, ces décisions sont « extrêmement tristes et regrettables », d’autant que le Canada a énormément profité de la visibilité internationale que ce programme lui a offerte, d’importants retours sur investissements dont il a joui et de cette opportunité qu’il a su saisir à travers l’appui et l’expertise de nombreux experts internationaux étudiant la société canadienne.


Le programme Études canadiennes d’Ottawa avait pourtant plusieurs mérites, tout comme celui des Études québécoises dont le gouvernement du Québec fait à juste titre la promotion en collaboration avec l’Association internationale des études québécoises (l’AIEQ) et, aux États-Unis, l’American Council for Québec Studies (l’ACQS), fort de ses 300 membres. Car, de toute évidence, les Études québécoises aux États-Unis souffriront également de l’abolition du programme Études canadiennes.


Il faut à ce titre souhaiter que le Québec, tout particulièrement, maintienne ses engagements et son soutien financier afin que des centres comme l’Institut d’études québécoises de SUNY-Plattsburgh, le Center for Canadian-American Studies de la Western Washington University, le Canadian Studies Center de la University of Washington, le projet Duke in Montreal ou encore le Quebec and Canadian Studies Program de l’Université Vanderbilt puissent poursuivre leurs activités.


Afin, également, que nombre de professeurs, de remarquables spécialistes du Québec agissant un peu partout aux États-Unis poursuivent leurs recherches sur le Québec, continuent de les publier et organisent encore des colloques sur les études québécoises.

 

Repli sur soi


Comme l’indique Don Alper, ex-président de l’ACSUS et directeur du Centre d’études à la Western Washington University, là où le Québec appuie financièrement un programme spécial : « Si le Canada ne voit pas l’intérêt de soutenir financièrement les Études canadiennes, pourquoi les établissements d’enseignement et de recherche américains le feraient-il à sa place ? »


Dans « ce monde de plus en plus plat », comme le décrit Thomas L. Friedman, le repli sur soi est inapproprié et inadapté. Dans le contexte nord-américain, tout spécialement, il ne faut pas sous-estimer les retombées du dialogue constant et comportant à la fois des avantages économiques porteurs de prospérité et de richesse collective, et aussi des bienfaits résultant d’interventions en matière de diplomatie culturelle et de relations universitaires.


Aujourd’hui, ces domaines font partie intégrante de l’action internationale de tout État qui aspire à rayonner. La culture, instrument moderne de diplomatie, génère de la richesse pour la société qui en appuie la production, mais surtout, elle sert d’indispensable carte de visite internationale. De même, les relations universitaires contribuent à l’avancement des économies nationales et au bien-être des sociétés, tout en agissant comme les meilleurs ambassadeurs de leur excellence et de leur savoir-faire à l’échelle internationale.


Parce qu’elles figurent parmi les éléments les plus susceptibles de forger favorablement la fibre et la trame d’une image et d’une perception qu’on souhaite la meilleure possible à l’étranger, la diplomatie culturelle et les relations académiques méritent toute la considération de chaque État, ce que le gouvernement Harper semble malheureusement oublier. Une décision de plus qui nous semble aussi irréfléchie que contre-productive.


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Ginette Chenard - Ex-déléguée du Québec à Atlanta et chercheuse senior en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM
 

Ont cosigné ce texte : Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand ; Frédérick Gagnon, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis ; Joël Plouffe, chercheur à l’Observatoire de géopolitique de la Chaire et spécialiste de l’Arctique.

2 commentaires
  • Luc Normandin - Abonné 25 mai 2012 08 h 42

    Tirer dans ses buts!

    Les conservateurs de Stephen Harpeur enlignent les décisions stupides avec une régularité et une fréquence qui laisse songeur!

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 25 mai 2012 12 h 44

    Et dire...

    Que l'ami de Charest, Sarkozy, nous accusais nous, Québécois d'être pepliés sur nous-même. Casse-toi pauv'con !