La réplique - Moins de fermes, mais tant mieux pour qui ?

L'élimination des plus faibles, voilà ce que préconise le professeur Sylvain Charlebois dans un texte intitulé « Les fermes disparaissent, et c’est tant mieux ». Il invite même les pouvoirs publics à favoriser le phénomène, en les exhortant à « se désinvestir de l’agriculture ».

Quelle compassion éprouve Sylvain Charlebois, du haut de sa chaire universitaire, pour les hommes, les femmes, les familles qui perdent leur entreprise et leur gagne-pain, souvent après des décennies d’efforts ? Et quand il dit « tant mieux », il veut dire tant mieux pour qui, au juste ? Pour les multinationales ? Pour l’économie de nos régions ?


Au Québec, l’agriculture et la transformation génèrent plus de 120 000 emplois directs et indirects (MAPAQ, 2012), en région principalement. C’est six fois plus que ce que prévoit le Plan Nord, et ce sont des emplois durables. Pourquoi serait-il tant mieux, dans pareilles conditions, de voir décrépir notre secteur agroalimentaire ?


Sylvain Charlebois dénonce le soutien à l’agriculture, mais oublie de nous dire ce que celle-ci signifie en matière d’investissements et de revenus de taxation. Au Québec, l’agriculture génère des investissements de 625 millions par année (MAPAQ, 2009). Avec le secteur de la transformation, elle retourne aux gouvernements 4 milliards en taxes et impôts (ÉcoRessources, 2009). Quatre milliards de revenus contre un milliard en soutien agricole, une équation rentable.


Il s’en prend également à la compétitivité de nos fermes, en oubliant de souligner là aussi que nos producteurs font face à l’agriculture de pays où le climat est souvent plus clément et les règles sur l’environnement et la main-d’oeuvre beaucoup moins exigeantes. Ou qu’ils affrontent des mégafermes à l’américaine dont une poignée peut, dans certaines productions, fournir tout le marché canadien en entier. Autant de modèles que nos concitoyens rejettent.


Un tel propos traduit une vision restrictive de la réalité agricole, également peu soucieuse des préférences sociétales des Québécois et des agriculteurs eux-mêmes. On y devine, à peine voilés, les préceptes d’une idéologie ultralibérale qui prône les mérites de la sélection naturelle. Voilà justement qui l’amène à conclure que c’est tant mieux si nous perdons des entreprises bien de chez nous.

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