Conflit étudiant - Ou comment oublier les vrais problèmes

Il faut vraiment être un pays sans problème et sans souci pour devoir se quereller ainsi sur des enjeux vraiment mineurs, comme des droits de scolarité somme toute relativement très faibles avant et après la hausse. Bien que tout le monde veuille recevoir les meilleurs services en tout, personne ne veut en payer le prix ou plutôt tout le monde préfère faire payer quelqu’un d’autre : c’est normal. Et ça passe mieux dans les médias si c’est camouflé comme « projet de société ».

Pendant qu’on se chamaille ainsi sur des enjeux enfantins (les droits de scolarité, pas la loi spéciale), on peut oublier les vrais problèmes spécifiques auxquels le Québec fait face. On peut illustrer l’ampleur de l’enlisement social et économique relatif du Québec à l’aide des constats suivants.


1. Seulement 17,6 % des emplois à temps plein créés au Canada depuis 30 ans l’ont été au Québec ; si le Québec avait créé des emplois au même rythme que le reste du Canada (ROC), il aurait créé sur cette période 300 000 emplois de plus que le nombre d’emplois effectivement créés ; pour que le taux d’emploi au Québec, à 60 % en moyenne pour les dix dernières années, atteigne celui du ROC à 63,1 %, il faudrait 200 000 emplois supplémentaires au Québec.


2. Entre 1981 et 2011, le nombre de jeunes âgés de moins de 15 ans a diminué de près de 12 % (moins 166 000) au Québec alors que ce nombre augmentait de 6,7 % (plus 278 000) au ROC et augmentait de 20 % aux États-Unis. Quant à la population des 15-44 ans (jeunes familles, jeunes travailleurs), elle a diminué au Québec de 5,4 % (moins 180 000) alors qu’elle augmentait de 22,6 % (plus 2 millions) au ROC et de 16,7 % aux États-Unis : le Québec perd sa population de jeunes et de jeunes familles. Cette perte est directement reliée à sa mauvaise performance en création d’emplois.


3. Depuis trente ans, le Québec représente bon an mal an le tiers des prestataires d’assurance-emploi au Canada ; le Québec versera cette année environ 3,5 milliards à la caisse et recevra environ 6 milliards en prestations, soit 2,5 milliards de plus.


4. Par rapport au ROC, les investissements des entreprises en pourcentage du PIB sont inférieurs de 2,9 points de pourcentage en moyenne depuis 10 ans. Cela implique un déficit d’investissements de 73,0 milliards (en $ de 2002). Les déficits chroniques au chapitre des investissements des entreprises sont à la fois le témoin et le précurseur d’une dégradation continuelle de la position concurrentielle du Québec, une situation d’autant plus préoccupante que notre économie est fortement ouverte vers l’extérieur : près de trois emplois sur cinq dépendent de marchés extérieurs au Québec.


5. L’équilibre social macroéconomique du Québec, résultant des décisions des individus, des ménages, des entreprises et des gouvernements, se traduit par une utilisation relativement faible de nos ressources humaines potentielles (taux d’emploi relativement faible), une proportion relativement élevée de nos ressources humaines et matérielles consacrée à satisfaire nos demandes de biens de consommation et de services gouvernementaux (soi-disant gratuits) au détriment des investissements des entreprises et des administrations publiques avec comme conséquence une création d’emplois et des gains de productivité anémiques.


Et pendant ce temps, on s’amuse collectivement à se créer des problèmes, oups ! des « projets de société ». La VRAIE social-démocratie, ce n’est pas ça ! Si on voulait un VRAI projet de société, digne d’une nouvelle révolution tranquille, il faudrait retrousser nos manches et faire preuve d’intellection et de courage collectifs pour contrecarrer et renverser les cinq constats ci-dessus.

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