Universités - Un sous-financement bien réel

Lorsque le gouvernement du Québec a annoncé un éventail de mesures visant à assurer un meilleur financement aux universités, incluant une hausse graduelle des droits de scolarité, il répondait à un besoin bien réel. Le sous-financement des universités québécoises est documenté et reconnu de tous. Il se chiffre à plus de 600 millions de dollars par année.

Or, aujourd’hui, l’objectif fondamental est occulté par la recherche d’économies qui pourraient être réalisées par les universités.


Comme administrateurs universitaires, nous nous inquiétons de cette dérive et des risques qu’elle comporte. À force de sabrer, ce sont nombre de services qui en souffriront, alors qu’on cherche à donner aux universités la marge de manoeuvre nécessaire à leur développement.


Nos universités préparent l’avenir. Elles veulent offrir aux étudiants québécois des formations qui correspondent aux meilleures normes internationales. Cet objectif est partagé par nos gouvernements, il faut s’en féliciter. Et il ne faut pas oublier que cette qualité des programmes que nous offrons est importante notamment pour répondre aux normes des nombreux organismes d’agrément nationaux et internationaux auxquelles ils sont soumis. L’Université de Montréal, HEC Montréal et Polytechnique Montréal constituent aujourd’hui le premier pôle francophone de formation et de recherche au monde et le troisième ensemble en importance sur le plan de la recherche au Canada, après l’Université de Toronto et l’Université de la Colombie-Britannique. Une telle réussite doit faire notre fierté.

 

Le prix de la qualité


Les revenus additionnels dont disposeront nos établissements dans le futur seront employés à augmenter le nombre de professeurs, à améliorer les environnements d’apprentissage et de recherche et à offrir davantage de bourses à nos étudiants. La qualité et l’excellence ont un prix : nous sommes d’avis que les Québécois méritent un réseau de classe mondiale et nos universités doivent disposer des ressources pour relever ce défi.


Nous convenons également que les hausses des droits de scolarité ne doivent pas réduire l’accessibilité aux études supérieures. C’est pourquoi le gouvernement du Québec a déjà annoncé de nombreuses mesures qui, dans les faits, atténuent et, pour nombre d’étudiants, éliminent complètement l’effet de la hausse des droits [...]


Par ailleurs, nos établissements, par l’entremise de nos fondations et grâce aux efforts consentis par nos diplômés, recueillent des fonds pour venir en aide aux étudiants. Chaque année, nos trois établissements octroient plus de 15 millions de dollars en bourses à nos étudiants.


La gestion des universités est sujette à de nombreux exercices de reddition de comptes : commission parlementaire, indicateurs de qualité, etc. Au moment du dépôt du budget en 2011, le gouvernement du Québec annonçait aussi que le financement additionnel des établissements universitaires serait conditionnel à la signature d’ententes de partenariat qui baliseront les domaines dans lesquels les universités pourront investir [...]


Nous prônons une approche rigoureuse, transparente et respectueuse de nos instances - dont nos conseils d’administration, nos assemblées universitaires et nos commissions des études - auxquelles participent, rappelons-le, professeurs, étudiants et représentants des différents milieux socioéconomiques. Nous accueillons favorablement les mesures additionnelles de reddition de comptes proposées [...] Mais attaquer unilatéralement les dépenses publicitaires, les fonds dédiés à la recherche et d’autres volets de la gestion universitaire nous éloigne d’une vision porteuse d’avenir : de quoi auront besoin nos universités pour remplir leur mission et nos étudiants pour réussir leur vie professionnelle ?


Faisons le pari de l’excellence !


En conclusion, beaucoup de propositions ont été faites, par toutes les parties. Certaines heureuses, d’autres moins. Mais, et il faut s’en inquiéter, on parle peu de se doter d’universités plus fortes, mieux équipées, plus compétitives sur les plans national et international. Des universités dont on s’arracherait les diplômes, gages d’un avenir brillant. Où est ce discours ? Il est temps d’y revenir. Notre voeu, à ce moment-ci, est que nous gardions ouverts les canaux du dialogue, que cessent les accusations assassines de toutes parts et qu’on regarde vers l’avant. Et, en définitive, que l’on donne aux universités les moyens d’offrir des formations qui n’ont rien à envier à celles qui sont offertes ailleurs au pays, ou à l’étranger.

14 commentaires
  • Josée Dionne - Inscrite 12 mai 2012 01 h 10

    Un sous-financement réel, documenté et reconnu par tous?

    Laissez-moi en douter. Quand on sait que le financement par tête est plus élevé au Québec que partout ailleurs au Canada, quand on sait les dépenses faramineuses qui peuvent se faire, oui, en publicité, pour des campus délocalisés, pour des salaires abusifs de certains recteurs. Quand on voit que ce sont les dépenses de gestion, et non pas les dépenses pour la recherche ou le personnel enseignant qui ont grandement augmenté ces dernières années, on peut réellement se demander pour quoi vous militez et de quel sous-financement vous parlez.

    Non, je ne suis pas convaincu que les universités manquent de fonds. Pour moi, il s'agit d'un mal financement avant tout. Et avant de faire avaler une hausse aux étudiants, il faudra faire la démonstration que les universités ont bel et bien besoin d'argent neuf.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 12 mai 2012 06 h 27

    Quel sous-financement?

    On dépense 29k pour chaque étudiant à l'université au Québec contre 26k en Ontario.
    De quel financement parlez-vous?
    Un prof à l'UdM gagnait en moyenne 102k par année il y a 3 ans. Pour 6 heures d'enseignement à l'automne et 6 autres en hiver.

    • Dominique Garand - Abonné 12 mai 2012 12 h 00

      Précision : Vous connaissez mal la tâche d'un professeur d'université, Monsieur Tremblay. 3 heures de cours exigent 3 jours de préparation pour un nouveau cours et 1 jour, si c'est un cours déjà donné. Enseigner implique aussi rencontrer les étudiants en dehors des heures de cours, corriger et commenter leurs travaux. On dirige également les étudiants qui rédigent des mémoires et des thèses. Une fois ces thèses terminées, des profs sont appelés à les évaluer.

      Par ailleurs, un prof d'université ne fait pas qu'enseigner : il doit en outre accomplir des tâches administratives et s'investir dans la recherche (colloques, articles, livres, supervision de chercheurs, etc.). Cela exige beaucoup de temps et d'efforts.

      Il ne faut donc pas chercher dans le salaire des profs une source de dépenses éhontées. Allez voir ailleurs.

    • Yvan Dutil - Inscrit 12 mai 2012 12 h 54

      Pour chaque heure de cours universitaire, il faut compter de 6 à 9 heures de préparation.

    • Josée Lacourse - Abonnée 12 mai 2012 15 h 27

      Le "simple" prof. d'université est constamment évalué sur 4 fonctions. L'enseignement n'est qu'une de ces quatre. La recherche, les publications, les demandes de subvention, en plus sa participation à l'institution (comités départementaux, facultaires et du rectorat) et enfin rayonnement (national et international). Une enquête faite par la Fédération des profs d'université établit à 55 heures par semaine en moyenne le travail des profs. Monsieur Tremblay vous ne tenez pas compte qu'en Ontario l'Université comprend une année de CEGEP. Donc pour faire une comparaison en terme de moyenne de cours par prof, il faut tenir compte que la moyenne Ontarienne comprend une année donnée par des profs de CEGEP. Il est assez déplorable que des personnes fassent des affirmations aussi grossières dont les motivations visiblement n’ont rien à voir avec une idée de la justice qui les animeraient... Pour ce qui est de la moyenne de 102k de salaire, vous oubliez qu'un prof d'université ne commence à travailler qu'à 30 après son doctorat. En fait, aujourd'hui c'est plus tard, il faut plusieurs années de postdoctorat. Ainsi, pour ma part j'estime que la moyenne d'âge des profs d'Université au commencement de leur carrière doit être environ 35 ans. De 23 ans à 35, ils et elles ont vécus dans des conditions qui s'apparentent à tous le moins au salaire minimum ou un peu plus. Le problème dans les universités, ce sont les salaires des administrateurs. On remarquera que la ministre Beauchamp n'a pas été chercher l'argent des primes de départ des gestionnaires de Concordia en leur demandant de restituer cet argent, mais plutôt pénalise ceux qui ont été "volés" c'est-à-dire les étudiants et les "simples" profs. de Concordia pour ces sommes qui auraient dû être consacrés à valoriser les conditions d'enseignements et de travail universitaire pour la meilleure éducation possible. Être scandalisé par les salaires des profs d'Université tandis

    • Rodrigue Tremblay - Inscrit 13 mai 2012 07 h 33

      Y'a des profs, et plus que quelques-uns, qui donnent le même cours depuis 10, 15, 20 ans. Ils sont sur le pilote automatique

      Les corrections? Ils ont des assistants.
      Les thèses? Il y a une limite.

    • Yvan Dutil - Inscrit 13 mai 2012 09 h 28

      Vous êtes complétement déconnecté de la réalité du prof d'université moyen et de la réalité d'un marché de l'emploi. Un prof d'université gagne à peu de chose près le même salaire qu'un ingénieur avec 10 ans d'expérience. À cette différence près qu'on lui demande d'être une sommité dans son domaine. Les seuls qui se trainent les pieds sont ceux qui ont leur permanence et qui ne font plus de recherche. Ils ne représentent qu'une petite fraction de l'ensemble.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 12 mai 2012 08 h 36

    Cégep de Joliette

    Retour en classe lundi matin.

  • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 12 mai 2012 08 h 48

    Nous l'attendions celui-là

    «Le sous-financement des universités québécoises est documenté et reconnu de tous»!

    Manifestement, le recteur a une définition bien exclusive du pronom «tous». Sans savoir exactement de quoi il retourne de l'argumentaire derrière le sous-financement, celui-ci est répété ad nauseam.

    Comme le rappelle l'IRIS, le montant ne provient pas d'une analyse des besoins, mais de « l’écart existant entre les ressources financières dont disposent les universités québécoises et celles des universités des autres provinces ».

    L'IRIS ajoute que «selon le gouvernement du Québec, en 2008–2009, les dépenses globales des universités représentaient 1,94 % du PIB au Québec, comparativement à 1,76 % en Ontario, et à 1,58 % dans le Canada sans le Québec8. En combinant ce que le gouvernement, les étudiant·e·s et le privé investissent dans les universités, on obtient un total de 29 242 $ de dépenses par étudiant·e au Québec, comparativement à 26 383 $ pour l’Ontario et à 28 735 $ pour le reste du Canada. En regard des pays de l’OCDE, seuls les États-Unis et la Corée du Sud devancent le Québec au poste de la dépense globale par étudiant·e10 ! Au titre de la recherche subventionnée, la dépense par étudiant s’est établie à 7 878 $ au Québec, comparativement à 6 225 $ dans le reste du Canada».

    Où va donc cet argent pour que M. Breton crie famine? Le recteur promet que «les revenus additionnels dont disposeront nos établissements dans le futur seront employés à augmenter le nombre de professeurs, à améliorer les environnements d’apprentissage et de recherche et à offrir davantage de bourses à nos étudiants». Pourquoi n'est pas l'orientation prise depuis 10 ans?

    À moins que les «environnements d'apprentissage» renvoient aux campus délocalisés et vides, ou aux labo informatiques disproportionnés?

    L'université comme nouveau centre d'achat : de biens belles vitrines.

  • Kavin Hébert - Inscrit 12 mai 2012 08 h 59

    Propagande

    Ce n'est pas la première fois depuis les deux derniers mois que des recteurs prennent la plume pour défendre leur position mais sans succès. Ils n'ont rien fait d'autres que de sortir l'éternelle cassette du gouvernement, en faisant fi des nombreuses critiques et contre-expertises détaillés qui ont bel et bien montré que le sous-financement était un leurre. À force de répéter les mêmes arguments (mensonges devraient-je dire), ça devient de la propagande. C'est drôle, mais qui cherche-t-on vraiment à convaincre, surtout dans les pages du Devoir? Non, mais monsieur Breton avait délibéremment du temps à perdre...