Gaïa et Charlemagne, une même cause

Nous devons commencer par aider ceux qui nous suivent à s’épanouir, afin qu’ils puissent porter le flambeau plus loin et plus haut.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Nous devons commencer par aider ceux qui nous suivent à s’épanouir, afin qu’ils puissent porter le flambeau plus loin et plus haut.

À l'occasion du Jour de la Terre, il convient de réfléchir au sens de l'expression «développement durable» (DD) qu'on utilise aujourd'hui presque trop fréquemment. Pour un grand nombre de personnes, le DD, c'est l'intégration des dimensions sociales, économiques et environnementales dans la planification de nos projets. Mais on confond ici les moyens et la fin, et c'est ce qui contribue à dépouiller le concept de son sens.

Car à quoi sert l'intégration des trois dimensions si ce n'est à maintenir les conditions essentielles à la vie sur notre planète et à nous permettre de participer à son évolution? Ce véritable objectif du développement durable nous oblige alors à lier le Jour de la Terre et les revendications des étudiants, car ils concernent le futur des prochaines générations. Or nous alourdissons l'avenir de nos jeunes avec toutes sortes de problèmes, tout en diminuant leur capacité à y faire face. En somme, leur qualité de vie sera hypothéquée par les deux bouts!

Les jeunes devront gérer les impacts des changements climatiques sur l'agriculture, sur l'industrie touristique et sur plusieurs autres secteurs de l'économie (voir le Plan d'adaptation aux changements climatiques du gouvernement du Québec). Ils devront aussi affronter les conséquences de la croissance démographique mondiale et du vieillissement de la population locale, de la pauvreté, de la constante augmentation des déchets, de la pollution, de la consommation débridée des combustibles fossiles et de la surexploitation des ressources naturelles.

Et, en plus, ils devront subir la dégradation de la santé humaine et de celle des écosystèmes. Par exemple, on apprenait récemment que des chercheurs ont trouvé de l'arsenic, du Benadryl, du Tylenol, de la caféine, des antibiotiques prohibés et même des antidépresseurs dans les plumes des poulets que nous mangeons. Cette étude a relancé le débat sur la mauvaise utilisation des antibiotiques, auxquels les bactéries deviennent de plus en plus résistantes. En plus de faire peser une grave menace sur la santé, ce phénomène fait doubler le coût du traitement d'une infection bactérienne.

Sombre bilan

Les nouvelles ne sont pas meilleures du côté de la santé des écosystèmes. La superficie de notre couvert forestier diminue sans cesse, la qualité de nos écosystèmes côtiers décline, la dégradation de nos milieux humides se poursuit. Nous polluons l'air, l'eau et les sols. Et selon la Fondation de la faune du Québec, 38 de nos espèces fauniques sont vulnérables ou menacées de disparaître et 115 autres sont en situation préoccupante.

Enfin, la fermeture de l'usine de Novelis à Saguenay nous a douloureusement rappelé les conséquences possibles de la mondialisation des marchés et de l'augmentation des coûts de transport. Novelis déménage à Oswego, dans l'État de New York, pour se rapprocher du marché de l'industrie de l'automobile. Cette fermeture risque également d'affecter Rio Tinto à Arvida, puisque la compagnie utilisera l'aluminium recyclé aux États-Unis au lieu de l'aluminium liquide fourni par Rio Tinto. Plus les centres décisionnels sont éloignés, moins grande est la loyauté, et plus la logique économique prévaut. Parlez-en aux employés de White Birch, d'Aveos, de Mabe Canada, etc.

Des reproches aux jeunes

En résumé, dans un proche avenir, les jeunes devront affronter des problèmes de plus en plus complexes avec des contraintes financières de plus en plus importantes. Il faut donc être particulièrement cynique pour leur demander de fournir «leur juste part»! Surtout quand on lit que, selon les estimations, «la fraude fiscale coûte 3,5 milliards de dollars par année au Trésor québécois»! Au moment où l'amour qu'on leur porte, ou le sens moral le plus élémentaire, nous imposerait de les aider à acquérir les  connaissances et les moyens nécessaires pour affronter ces nombreux problèmes, voilà qu'on leur rend les choses plus difficiles...

Certains reprochent aux étudiants de posséder un iPhone ou une tablette... Mais qu'est-ce qu'ils veulent? Que nos jeunes soient marginalisés par rapport aux autres étudiants du monde industrialisé? Les rendre moins compétitifs? Les couper des outils de l'économie du savoir? Et après on pourra les accuser de manquer de productivité...

On leur reproche aussi leurs voyages. Premièrement, seule une minorité peut se le permettre, et elle ne va pas en croisière! Ces jeunes partent avec leur sac à dos découvrir ce qui se passe ailleurs dans la société globale. Ils vont tisser des réseaux avec des gens qui pourront éventuellement travailler avec eux sur la résolution des problèmes à l'échelle mondiale. Est-ce qu'on préférerait les isoler?

Le Jour de la Terre est une excellente occasion de réveiller nos consciences et de retrouver cet éclat de bonté qui luit en chacun de nous. Si nous voulons participer à l'évolution de la vie, nous devons commencer par aider ceux qui nous suivent à s'épanouir, afin qu'ils puissent porter le flambeau plus loin et plus haut. Le développement durable exige d'abord qu'on révise notre échelle de valeurs et qu'on fasse à nouveau régner l'harmonie au coeur du vivant.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

3 commentaires
  • Michel Leclaire - Inscrit 21 avril 2012 11 h 26

    Y avez-vous pensé?

    Qui produit l'oxygène, INDISPENSABLE à la vie? Les arbres, le phytoplancton et les végétaux. En les détruisant, on condamne la vie telle que on la connait.

  • Daniel Bérubé - Abonné 21 avril 2012 20 h 58

    Félicitation !

    Aux auteurs de cet article ! La présentation, les sujets, la vulgarisation, le réalisme... Dommage qu'un certain nombre ne veuille considérer sérieusement tous ces points, allant même jusqu'à nier le réchauffement climatique (nouveau parti politique albertain).

    Mais, le principal est que d'autres le voient et y croient, reconnaissent la façon dont les peuples et les gouvernements furent trompés, influencés voir dérouté et l'importance de s'en indigner et de le faire savoir !

    J'ai personnellement marqué sur les portes de ma voiture: " Je suis indigné ! " (indigné souligné en double), simplement avec du "tape électrique noir", qui peut s'enlever en tout temps sans endommager la peinture. Plusieurs personne m'ont demandé pourquoi, j'ai bien aimé, ça donnait l'occasion d'entamer des conversations avec des gens et de leur faire savoir notre vision sur la situation actuelle de notre société...

    Merçi, nous espérons vous relire à nouveau ! et partager sur Facebook ;-)

    Daniel Bérubé
    Raynald Demers
    St-Donat de Rimouski.

  • France Marcotte - Inscrite 22 avril 2012 09 h 46

    Embrasser le paysage


    Oui, suffit de se reculer un peu, d'embrasser plus large l'espace, de relier présent et demain, pour bien saisir le tableau.

    La stratégie de la courte vue c'est celle qu'on use pour le bétail, le nez dans l'auge.

    Nous ne sommes pas du bétail, nous sommes des êtres doués de la faculté d'embrasser les paysages!