Lettre au sénateur Pierre-Hugues Boisvenu - Le double discours

Le gouvernement conservateur s'apprête à abolir le Registre des armes à feu malgré l'opposition de nombreux organismes partout au Canada, notamment ceux qui interviennent auprès des victimes et se portent à la défense de leurs droits. Dans ce dossier, nos voix ont été unanimes et nous avons reçu l'appui de l'Ombudsman fédéral pour les victimes d'actes criminels. En vain. Ce gouvernement tellement fier de tenir la promesse électorale qu'il a faite au lobby des armes à feu n'a jamais voulu changer son «fusil d'épaule».

Dernièrement, nous avons sollicité des rencontres avec des sénateurs membres du Comité des affaires juridiques et constitutionnelles chargé d'examiner le projet de loi C-19, Loi modifiant le Code criminel et la Loi sur les armes à feu. Vous faites partie, M. Pierre-Hugues Boisvenu, de ces sénateurs vers lesquels nous nous sommes tournés pour tenter, ultimement, de faire entendre la voix des victimes.

Nous croyions que vous seriez ouvert à notre démarche. Or, sous le prétexte que vous n'êtes pas le répondant dans ce dossier, vous nous avez dirigés sans plus de manière vers votre collègue le sénateur Jean-Guy Dagenais. Nous ne pensions pas essuyer une telle rebuffade!

Votre réponse a de quoi surprendre quand on sait que, depuis plusieurs mois, vous avez commenté ce dossier à moult reprises devant les médias et lors de conférences devant différents auditoires. Vous n'aviez pas besoin du statut de répondant pour occuper ces tribunes.

Au nom des victimes, dont vous revendiquez haut et fort le rôle de porte-parole, vous ne vous êtes pas gêné pour donner votre opinion alors qu'aucun groupe, y compris celui que vous avez fondé, n'était en accord avec vos prises de position sur la question du registre des armes à feu. On se serait attendu à plus de retenue et à plus de sensibilité à l'endroit des victimes.

Vous en avez eu pourtant, de la retenue, lorsque les députés conservateurs ont fêté la fin du registre, et ce, avant même que le projet de loi C-19 soit soumis à l'examen du Comité sénatorial dans lequel vous siégez. À aucun moment, on ne vous a entendu déplorer ce geste et le message qu'il envoyait aux victimes.

Dans quelques jours, pour respecter son agenda, le gouvernement conservateur mettra la hache dans le registre des armes à feu. Nous savons qu'il y a un point de non-retour et que, peu importe nos arguments, le gouvernement ira de l'avant. Nous aurions voulu, à tout le moins, avoir l'occasion de vous convaincre de l'importance de conserver certaines mesures pouvant assurer la sécurité et la santé publiques. Vous n'avez pas jugé bon de nous entendre.

Deux poids, deux mesures

Le 14 mars dernier, vous posant en défenseur des victimes, vous avez reproché au ministre de la Justice du Québec de faire fi des victimes, de ne pas les consulter. Dans les circonstances, on pourrait vous adresser les mêmes reproches. Pourquoi refusez-vous de recevoir des groupes qui depuis plus de trente ans ont développé les services d'aide aux victimes au Québec et qui ont ouvert la voie à la reconnaissance de leurs droits?

Au nom de qui parlerez-vous lorsque le comité sénatorial dont vous faites partie examinera une dernière fois le projet de loi C-19? Au nom de qui cautionnerez-vous les décisions qui seront prises sous peu par le gouvernement actuel?

Certainement pas au nom des victimes et de leurs proches. Ni au nom des groupes qui oeuvrent à améliorer leur sort depuis des décennies.

***

Collectif d'auteures

Ont signé ce texte: Arlène Gaudreault, présidente de l'Association québécoise Plaidoyer-Victimes; Nathalie Villeneuve, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale; Manon Monastesse, Fédération de ressources d'hébergement pour femmes violentées et en difficulté; Danièle Tessier, Regroupement québécois des CALACS.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

9 commentaires
  • Claude Laferriere - Inscrit 20 mars 2012 02 h 27

    Le deuxième amendement....

    La difficulté d'un registre des armes à feu au Canada comme au Québec, vient du fait que nos voisins du sud ont dans leur constitution une protection constitutionnelle qui protège le droit de "porter une arme"...traduction libre. Ils ont vécu la tyrannie de George III et une révolution pour se donner ce droit, ce qui comprend les armes de poing. Une récente décision de la Cour suprême américaine, sous la plume d'Antonin Scalia, a conforté voire confirmé ce droit, encore une fois.

    Que l'on soit d'accord ou non, 300 millions d'américains au sud de notre frontière, nos voisins immédiats que nous visitons régulièrement pour affaires ou les loisirs, disposent d'un droit que nous contestons fortement. Qui a tort, qui a raison? Nous avons décidé collectivement décidé de nous soumettre au dictat de George III au moment de la révolution américaine. Les américains ont dit: Live Free or Die.

    Ils ont fait leur choix, et nous le nôtre: la paix à tout prix et à n'importe quel prix! Dans cette perspective, l'utilité d'un registre canadien et la perméabilité de nos frontières nous confrontent à un problème de logistique voire de physique, et non à un problème moral ou juridique.

    Dans ce contexte, indépendamment du politique, un registre peut-il être fonctionnel? Le gouvernement précédent, après avoir dépensé deux milliards - ils étaient libéraux - n'ont même pas été capables de l'implanter informatiquement. Imaginez dans la pratique...

    Nous ne choisissons pas nos voisins mais quand ils font des choix différents, voire opposés, et qu'ils sont manifestement plus nombreux que nous, les faits commandent une approche réaliste. Peut-être aurait-on dû faire pour l'échec du registre informatique, une commission d'enquête publique semblable à celle des commandites? Qu'aurions-nous découvert? Se poser la question, c'est peut-être y répondre. Merci et bonne journée.

    • josephflavius - Inscrit 20 mars 2012 11 h 04

      Au sud ce n'est pas un droit constitutionnel mais une interprétation bizare d'un droit qui vient de la guerre de sécession. Évidemment cette interprétation viens de juges de R.Reagan.

      Ici nous sommes (encore) au Canada et nos lois et constitutions n'ont rien à voir avec les leurs.

      Si il y a eu des difficultés d'implantation ce fut à cause d'incompétence. C'est tout.

      Pierre Paradis

    • Claude Laferriere - Inscrit 20 mars 2012 12 h 05

      La Cour suprême des États-Unis interprète la Constitution: il s'agit donc d'un droit si elle en décide ainsi. Ibidem pour le Canada. En droit, on ne se contente pas de traiter de "bizarre", les décisions qui nous déplaisent. C'est une question d'objectivité, voire d'intégrité.

      "L'humiliation de l'entendement devant les faits" (dixit, Henri Bergson)

    • Pierre Brosseau - Abonné 20 mars 2012 12 h 37

      En quoi le droit des Américains de porter des armes est-il une menace pour les Canadiens ? Drôle de raccourci qui ne leurre personne. Vous êtes en faveur de la loi qui abolit le registre des armes d'épaule et tentez de trouver des justificatifs qui n'en sont pas. Parce qu'ils sont plus nombreux que nous, les Américains ont des droits et nous devons les imiter. Raisonnement bizarre. Quand Bush fils a envahi l'Irak, le Canada a refusé de suivre, même si le grand frère américain lui a fait des remontrances. Nous en sommes-nous portés plus mal ? Non. Nous aurions dû faire la même chose pour l'Afghanistan.

  • Luc Fortin - Inscrit 20 mars 2012 04 h 58

    Don Quichotte?

    "Le 14 mars dernier, vous posant en défenseur des victimes, vous avez reproché au ministre de la Justice du Québec de faire fi des victimes, de ne pas les consulter."

    On reconnaît notre Don Quichotte des victimes d'actes criminels! Suite aux évènements que tous connaissent, notre sénateur voit son jugement troublé au point qu'il se prend un beau jour pour le chevalier errant Don Quichotte.

    Tel Sancho Panza, ses partisans seront trompés par ses promesses de récompense extraordinaire.

  • Alain Cossette - Inscrit 20 mars 2012 07 h 15

    M. Boisvenu est inapte à faire son travail de sénateur

    M. Pierre Hugues Boisvenu a prononcé des paroles qui d’une fois à l’autre me laisse penser qu’il est inapte à faire le travail de sénateur.
    Une famille décimée et il enfourche son cheval de bataille pour pourfendre le gouvernement du Québec sans même prendre le temps de vérifier ce qui s’est vraiment passé. M. Pascal Morin n’était pas judiciarisé, les membres de sa famille en avaient un peu peur mais il semble aux premiers abords, que sa mère, la personne la plus près de lui n’en avait pas peur.
    La loi est pourtant claire, une personne peut être enfermée si elle représente un danger pour elle-même ou pour les autres. Qui décidera qu’une personne représente un danger pour lui-même ou pour les autres? M. Boisvenu, ou ceux et celles qui vivent avec la personne en problème?
    M. Boisvenu semble croire que les problèmes se règleront en internant toutes les personnes représentant un danger, combien de nouvelles prisons M. Harper, son mentor, devra t’il construire pour enfermer toutes ces personnes?
    M. Boisvenu mentionne également qu’au Québec, il y a un plus grand pourcentage de personnes jugées inaptes à subir un procès. Plusieurs de ces décisions ont été rendues par des jurés suite au dépôt de preuves par la défense et la couronne. Il est facile de définir une position sur un simple % de chiffres, c’est réducteur et simpliste. Notre façon de faire est-elle moins axée sur la punition et plus sur la réhabilitation?
    La vision de M. Boisvenu est-elle une vision punitive?
    Mais le plus grave est de mentionner que chaque condamné pour meurtre devrait avoir le droit de se faire installer une corde dans sa cellule.
    Le talion est de l’ordre de la nature et de l’instinct, il n’est pas de l’ordre de la loi. La loi, par définition, ne peut obéir aux mêmes règles que la nature. Si le meurtre est dans la nature de l’homme, la loi n’est pas faite pour imiter ou reproduire cette nature. Elle est faite

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 20 mars 2012 08 h 03

    Défenseur des victimes?

    Bien sûr. Plus il y a de victimes, plus glorieux sera le sénateur. Que voulez-vous d'autre?

    Desrosiers
    Val David

  • Alain Cossette - Inscrit 20 mars 2012 10 h 25

    M. Boisvenu est inapte (suite)

    Mais le plus grave est de mentionner que chaque condamné pour meurtre devrait avoir le droit de se faire installer une corde dans sa cellule.
    Le talion est de l’ordre de la nature et de l’instinct, il n’est pas de l’ordre de la loi. La loi, par définition, ne peut obéir aux mêmes règles que la nature. Si le meurtre est dans la nature de l’homme, la loi n’est pas faite pour imiter ou reproduire cette nature. Elle est faite pour la corriger. (Albert Camus Réflexions sur la guillotine, 1957)
    Les paroles prononcées par un personnage public peuvent avoir un effet dévastateur auprès de certaines personnes? Une personne qui se regarde dans le miroir et ne voit d’elle qu’une image aussi sombre que celle projetée par un assassin peut-elle décider de passer à l’acte.
    Les intervenants en suicide le confirment, il faut être prudent car certaines paroles peuvent devenir l’élément déclencheur. Comme plusieurs, je me pose cette question suite au décès d’une jeune fille de Drummondville, M. Boisvenu est-il allé trop loin?
    En conclusion, M. Boisvenu ne fait pas son travail de sénateur qui consiste à évaluer les lois votées par le gouvernement. Il ne fait que la promotion des idées de M. Harper, son mentor. Pas surprenant de voir un double discours et de le voir tourner le dos aux vrais victimes qu’il dit défendre.
    Alain Cossette Drummondville