Manifestations et forces policières - Carré rouge sur fond noir

Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir

Avant-hier, j'ai constaté que nous vivons dans un État policier.

J'ai constaté que l'expression de mes idées politiques était réprimée par des grenades. J'ai encore la vision de l'explosion à quelques mètres de mon visage, j'ai encore les oreilles qui résonnent.

J'ai fait l'expérience de la répression gratuite et arbitraire. Non, ce n'est pas vrai, ce n'était pas vraiment arbitraire. C'est parce que nous défendions des idées politiques critiques que nous avons eu droit à l'anti-émeute et à des explosifs.

La manifestation se déroulait dans un calme incroyable, de la manière la plus pacifique qui soit. Nous étions à la queue de la manifestation, des policiers nous suivaient pas trop loin derrière. Nous marchions tranquillement sur Sherbrooke.

Environ à l'angle de Hutchison, les policiers ont commencé à charger. Nous n'avons jamais été avertis de quoi que ce soit. Jamais les policiers, qui étaient pourtant très présents et commençaient à nous encercler, ne nous ont avertis que la manifestation était devenue «illégale» ou que nous devions nous disperser. Il n'y avait pas de casse, pas de violence, il n'y avait même pas de slogans anti-policiers pour «excuser» leur charge. Rien du tout, on ne faisait que marcher.

Pourquoi charger?

Les policiers ont chargé sans nous rentrer dedans. Pas encore. C'était de l'intimidation, tout simplement. Quand ils ont chargé, plusieurs manifestants ont commencé à courir, paniqués. Les policiers avaient atteint leur but: déranger une simple marche qui se déroulait dans le calme. Et faire peur, car oui, ça faisait peur. Entendre et voir des dizaines de policiers habillés en armure courir derrière soi, ça fait peur. On ne sait pas ce qu'ils vont faire. On se dit qu'on n'a rien fait, qu'il n'y a pas eu de «grabuge», alors pourquoi chargeraient-ils? Pourquoi frapperaient-ils? Mais ils approchent et ils font du bruit, alors on panique et on court.

Puis nous nous sommes ressaisis et nous avons recommencé à marcher calmement. Peu de temps après, BOUM! Une grenade assourdissante explose à quelques mètres devant moi, environ un pied au-dessus de ma tête, c'est-à-dire à 7 pieds du sol. Je dois dire que c'est la première fois que je voyais une explosion d'aussi près. Le son de la déflagration résonne encore dans mes oreilles.

La panique gagne plusieurs manifestants, qui recommencent à courir. BOUM! Une autre grenade explose pas très loin. À ce moment, l'anti-émeute charge pour vrai et un manifestant se fait engloutir par les policiers. La grenade atteint son but: séparer la manifestation. Je fais partie du lot qui se fait séparer. Nous marchons sur Aylmer, car les policiers nous empêchent de rejoindre la manifestation sur Sherbrooke. Ils utilisent des arguments convaincants: BOUM! Une autre grenade explose derrière nous.

Ma copine et moi décidons alors que c'est terminé pour nous. Nous parvenons à nous éloigner de la manifestation et des policiers. C'est terminé pour nous, mais seulement pour aujourd'hui. Car une telle violence gratuite nous révolte. La répression policière basée sur le profilage politique, c'est digne d'un État policier.

Nous sommes en colère.

Et nous imaginons bien comment peuvent être en colère ceux qui reçoivent des coups et se font arrêter parce qu'ils manifestent (bref, ceux qui sont moins chanceux que nous). Sans compter ceux qui se font blesser gravement. Et nous imaginons bien comment ceux qui sont victimes à chaque jour de la répression policière doivent être encore plus en colère. Nous comprenons pourquoi nombreux sont ceux qui haïssent la police, pourquoi il y a un sentiment de révolte dans l'air.

Nous retournerons aux manifestations. Ils ne nous auront pas comme ça. Pas avec la peur. S'il faut lutter pour la démocratie, alors nous lutterons.

***

Gabriel Boisclair - Bachelier en sciences politiques et philosophie et étudiant en acupuncture au collège de Rosemont
20 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 17 mars 2012 05 h 06

    Images éloquentes

    J'ai vu sur You Tube les images de ce que vous racontez, Gabriel Boisclair, et elles sont fort éloquentes. Vous étiez loin des casseurs provocateurs qui ne recherchent que le grabuge. Vous marchiez pacifiquement quand on vous a bombardés de grenades, comme si vous étiez une menace pour l'autorité.
    En fait, vous êtes une menace pour ces gouvernements et régimes pourris qui nous maintiennent dans la peur de l'insoumission devant l'inacceptable, que ce soient les frais de scolarité imposés sans discernement, les scandales (Ilot Voyageur, gaz de schiste, droits miniers, frais abusifs d'Hydro et autres sociétés d'État, détournement de milliards au profit des bandits à cols blancs protégés par les ti-amis des partis bourgeois , des banques, des minières et pétrolières, etc, etc...
    Oui, il faut retourner aux manifs. Oui, il faut se donner comme objectif l'éclosion d'un printemps québécois pour le Jour de la Terre, le 22 avril prochain.
    Un million de citoyens dans la rue pour mettre fin à la trahison
    des élites. Pourquoi pas ?
    En attendant notre République démocratique, francophone, laïque et pacifique du Québec-pays.

  • Marc-Antoine Daneau - Inscrit 17 mars 2012 05 h 26

    Voiture oubliée

    C'est particulier, il arrive parfois aux policiers d'oublier un de leur véhicule au millieu des manifestants. Mais une fois le véhicule sacrifiée, ça fait de très belles images qui justifient un peu n'importe quoi. Personne ne me fera croire qu'ils ont simplement oublié un char en cet endroit précis à ce moment précis. Comme si les 2 policiers avaient eut peur et avaient débarqué pour se sauver en courrant, n'importe quoi...

  • Chantal_Mino - Inscrite 17 mars 2012 05 h 43

    Hé oui ! Que la lumière soit faite sur le réel fonctionnement de notre société québécoise ! Merci pour votre témoignage et votre persévérance ! Tous ensemble, nous y arriverons et la démocratie vaincra !

    C'est ça à Montréal! Est-ce représentatif de ce qui s'en vient au Québec?Les faits laissent croire que oui. J'ai aussi peur des policiers que des criminels,car leurs tactiques sont les mêmes.Intimider,mentir,abuser de leur pouvoir,protéger le système qui abuse des citoyens ordinaires et avantager des élus et leurs tits amis (qui bien plus qu'autrement,ont le droit de ne pas respecter les lois et les règlements),harceler et ignorer les plaintes légitimes de citoyens en banalisant le fait que leur sécurité qui est menacée,etc.

    Pour tout ce système,ce 1% et leurs larbins,même si tu es né ou demeure dans une ville du Québec et que tu y as un lien d'attachement,ces valeurs ne représentent rien et ils ont pour leur dire que tu as juste à déménager si tu subis des actes prohibés par nos lois,et même si cela relève du Code criminel.

    Les policiers ne sont pas des agents de la paix,ils sont là pour nous faire peur,qu'on se la ferme,qu'on laisse le 1% s’enrichir à notre détriment,qu'on retourne écouter la tv chez nous et pour imposer les décisions de nos élus qui sont inacceptables et irrespectueuses du peuple québécois.

    Une chose est cependant vrai,il devrait être interdit au Québec de se promener en public le visage recouvert,et ce,en dehors des déguisements pour des occasions pertinentes.

    Bref, notre société n'est vraiment pas rassurante et fait plutôt peur,car cela part de la tête du gouvernement!

    C’est incroyable les représailles illégales qu'un citoyen peut subir s’il défend ses droits légitimes en paroles ou en geste adéquat, telle que lors d'une manifestation.

    Notre famille sera présente avec les parents pour la manifestation qui part du parc Lafontaire à 13h dimanche le 18 mars 2012,j'espère que nous ne serons pas blessés,mais nous prenons ce risque,car nous sommes contre la hausse injuste des frais de scolarité et nous voulons préserver notre démocratie jusqu'au bout,c'est vital pour nous et nos enfants.

  • Catherine Paquet - Abonnée 17 mars 2012 07 h 51

    Un troisième et un quatrième Bacc...

    Cher étudiant,
    Je vous trouve chanceux de vous diriger vers un troisième Baccalauréat. Un quatrième... peut-être? Ce doit être un peu parce que les droits de scolarité ne sont pas prohibitifs... Combien d'années encore prévoyez-vous étudier, avant de vous mettre à exercer un métier?

    • Joël Naggar - Abonné 17 mars 2012 10 h 59

      Il semble que ce qui serait à acceptable à vos yeux serait de se limiter à une formation.
      Comme si il etait interdit de se tromper dans son cursus ou bien de se diriger dans la transdisciplinarité pour approfondir ses connaissances et ses horizons.
      Les études, par ailleurs, ne sont pas à mes yeux uniquement faites pour nous conduire à un métier mais aussi et surtout, peut-être, pour nour permettre de devenir des citoyens eclairés et de contribuer activement au rayonnement de la socité autrement qu'en devenant un rouage d'une économie marchande, une ressource humaine.

    • Sarah Fontaine - Inscrit 17 mars 2012 11 h 26

      Je seconde ce que dis monsieur Naggar, mais je vous rappelle également, monsieur Paquet, que "science politique et philosophie" ne constitue qu'un seul Bac et que les études en accuponcture s'effectuent au Collège Rosemont.
      C'est bon, maintenant, peut-il continuer à étudier et, nous, pouvons-nous revenir dans le vif du débat ?

    • Jean-Sebastien Ricard - Inscrit 17 mars 2012 11 h 40

      Vos propos sont ridicules M. Paquet! Moi qui vous lis régulièrement sévir sur les forums du Devoir, vous démontrez encore une fois à quel point les faits sont pour vous encombrants et que seuls vos préjugés comptent! L'Université de Montréal propose un programme de baccalauréat bi-disciplinaire en philosophie et sciences politiques. Il ne s'agit pas de 2 baccalauréats, mais d'un seul. L'auteur de cette lettre est désormais étudiant dans un programme technique qui ne lui donnera aucun baccalauréat! Donc, pas de troisième, ni de quatrième bac pour M. Boisclair, ni même de deuxième, contrairement à ce que vous avancez...

      Bien sûr, quand prendre le temps de réfléchir pour construire vos arguments est trop forçant, les attaques ad hominem et les liens de causalité douteux vous permettent de vous complaire dans vos préjugés simplistes... Aaaahhhh... Les faits et leur biais gauchiste...

    • Monsieur Brodeur - Inscrit 17 mars 2012 11 h 57

      Il est impossible de faire publier les mots que j'ai pour vous pour exprimer tout le mal que vous propagez dans cette tribune depuis trop longtemps. Vous êtes le plus grand deéfenseur du PLQ que je connais. Un vrai larbin ou quelqu'un qui se fait payer? Votre fiel à l'endroit de tout ceux qui ne pensent pas comme vous et votre persistance à nier les problèmes que votre formation politique provoque dans la société est une chose que je n'arrive pas à concevoir. La partisannerie à outrance.. Fils d'Yvette?

  • Yves Claudé - Inscrit 17 mars 2012 08 h 09

    Version peu crédible de l’événement !

    Monsieur Gabriel Boisclair affirme que «la manifestation se déroulait dans un calme incroyable, de la manière la plus pacifique qui soit» … !

    Cette description du carnaval antipolicier qui s’est déroulé pour la 16e fois le 15 mars dernier à Montréal, est malheureusement peu crédible, puisque les incidents qui ont amené les forces policières à décréter l’illégalité de la “manifestation” (lorsque le cortège était à la hauteur de la Place des Arts) ont commencé très peu de temps après le départ du cortège de la Place Émilie-Gamelin, soit dès son arrivée sur la rue Ontario à la hauteur de la rue St-Denis.

    Les faits sont les faits, on peut être d’accord ou non avec la violence et le vandalisme, mais il importe, par un souci d’honnêteté élémentaire, de ne pas travestir la réalité, ce qui de toute façon est de nature à discréditer la cause que l’on prétend défendre.

    Pour de plus amples informations, je vous invite à prendre connaissance de mon texte publié dans La Presse ce samedi, qui souligne le caractère à la fois amateur, antidémocratique et irresponsable du comité occulte qui lance chaque année un appel au festival de la casse.

    Yves Claudé

    • Monsieur Brodeur - Inscrit 17 mars 2012 12 h 03

      La presse est un journal de fédéralistes de droite et propagandiste de Desmarais et JJ. À mes yeux, rien de ce qui est dit dans ce journal est crédible. Trop teinté comme on dit.
      J'ai trop les yeux ouvert pour croire bêtement ce qui s'écrit dans ces médias de masse conformiste.

    • Marilyn Ouellet - Inscrite 18 mars 2012 08 h 12

      Monsieur Brodeur: ce n'est pas un journaliste qui écrit l'article, mais une lettre ouverte d'un étudiant présent à cette manifestation, tout comme moi. Je peux vous assurer à vous et à M. Claudé qu'il s'agit exactement de la manière dont s'est passé la manifestation.

    • Monsieur Brodeur - Inscrit 18 mars 2012 19 h 04

      @marilyno..
      Vous vous méprenez, j'y étais également à cette soirée. Et jamais de toute ma vie je n'ai vue une foule de québécois fâché comme ça. Il doit bien y avoir quelques raisons, non?
      Je répondais à Yves Claudé qui nous invite à consulter LaPresse pour plus d'objectivités...