Minalliance et l'Institut du Nouveau Monde - Une collaboration de mauvais aloi

L’exploitation des ressources naturelles par les minières fait l’objet de vifs débats, tant à l’étranger qu’au Québec, où le Plan Nord prévoit une plus grande ouverture au développement minier au nord du 49e parallèle québécois.<br />
Photo: Agence Reuters Ivan Alvarado L’exploitation des ressources naturelles par les minières fait l’objet de vifs débats, tant à l’étranger qu’au Québec, où le Plan Nord prévoit une plus grande ouverture au développement minier au nord du 49e parallèle québécois.

Il est des moments où la naïveté devient coupable, il est des moments où les fausses prétentions ne convainquent plus. La collaboration annoncée entre l'Institut du Nouveau Monde (INM) et Minalliance pour l'organisation de «conversations» publiques sur la question des mines au Québec est manifestement de ceux-là.

Que sont l'un et l'autre? L'INM, hautement financé par le gouvernement du Québec, se présente comme une organisation favorisant pêle-mêle la participation de la société civile à différents débats de société. Pour sa part, Minalliance n'est ni plus ni moins qu'une instance de relations publiques mandatée par l'industrie minière pour orchestrer des opérations de charme auprès du public québécois, en faisant valoir sa «contribution positive» au développement du Québec.

Les deux groupes organisent en mars une tournée de consultations au Québec sur notre avenir minier... que Minalliance financera majoritairement. Rien n'échappant aujourd'hui à la commandite privée, voilà que même le processus de délibération publique sur l'avenir de nos richesses collectives et sur la notion même de bien public se trouve financé par des sociétés privées, qui plus est, dans ce contexte, celles qui ont le plus intérêt à voir le débat pencher en leur faveur, les minières.

Que ce soit l'industrie qui circonscrive en Minalliance la scène du débat politique la concernant suscite un profond malaise, d'une part. Que l'INM cautionne le processus au nom usurpé de la société civile laisse très perplexe, d'autre part. Cette initiative se donne faussement les allures de commission de consultation publique, dont on pourrait plutôt s'attendre à ce qu'elle soit présidée par une instance tierce telle que l'État, si seulement le gouvernement du Québec acceptait que puisse être compromis par le fait même le «Plan Nord» dont il est le promoteur.

Entreprise de récupération?

On ne peut pas aujourd'hui prétendre sérieusement penser qu'un lobby aussi puissant que celui des mines finance magnanimement un processus de consultation concernant directement ses intérêts, sans chercher à en contrôler et le cours et l'issue.

Tout cela fleure bon une entreprise de récupération à laquelle il est gênant de voir l'INM, mais surtout le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec, Solidarité rurale du Québec, Nature Québec et la coalition Québec meilleure mine! [NDLR laquelle remet désormais en question sa participation à la démarche pour des raisons semblables] prêter leur concours, alors que nous les savons de bonne foi. Cette conversation publique fait mesure de diversion, tout en consommant les ressources limitées des groupes citoyens participants.

Il faudra rapidement convenir que les délibérations factices témoignant de la nouvelle culture politique de la «bonne gouvernance», telles que celles qui s'annoncent, ont collectivement un prix. [...] Cette approche cherche à présenter comme égaux des acteurs civiques qui ne le sont pas, tout en postulant leur inégalité quand vient le temps de réaliser concrètement les projets de développement à l'ordre du jour. [...]

La carotte et le bâton

Cette procédure consultative risque de coincer ses participants dans des questionnements techniques, sur les taux de redevances par exemple, qui impliqueront d'emblée leur aval aux projets de développement minier, en escamotant ainsi l'enjeu fondamental de la pertinence d'exploiter notre territoire sur le mode induit par l'industrie, à son profit. La conversation publique sur l'avenir minier du Québec restera une «conversation». Mais en fin de compte, Minalliance et tous ses membres sortiront de ces causeries en brandissant un rapport insignifiant pour elle, sinon que pour se dire quitte de son devoir de consultation. [...]

Pour ceux qui ont de la mémoire, on assiste tout simplement au déploiement de la stratégie de la carotte et du bâton à laquelle l'industrie extractive nous a habitués: des poursuites judiciaires qui ont toutes les apparences de procédures abusives contre les récalcitrants critiques, en parallèle de campagnes de charme très souvent menées sous de fausses représentations pour séduire les autres.

Aux citoyens d'être suffisamment imaginatifs pour que le débat public éclose de lui-même sans présenter comme nécessaires ces aires de discussions factices et ces alliances de mauvais aloi.

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Collectif d'auteurs

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Ont signé ce texte: Alain Deneault, chercheur indépendant; Frédéric Dubois, producteur; Martin Frigon, réalisateur; Jean-François Lessard, auteur-compositeur-interprète; Éric Pineault, professeur au Département de sociologie de l'UQAM; Lucie Sauvé, Chaire de recherche en éducation à l'environnement de l'UQAM; Anne-Marie Voisard, éditions Écosociété; Shannon Walsh, réalisatrice; David Widgington, étudiant en communication à l'Université Concordia.
5 commentaires
  • Airdutemps - Inscrite 2 mars 2012 09 h 46

    Cheval de Troie

    L'INM serait-il un cheval de Troie au service du privé et du public ? On le croirait.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 2 mars 2012 09 h 48

    Le collectif objectif

    Ce collectif est sûrement à la recherche de la vérité, mais pourquoi toute cette peur de la concertation? Jusqu'où faudrait-il rétrécir le cercle des participants à la conversation publique pour qu'elle soit objective? Jusqu'au collectif des ci-devants?

  • Sylvain Auclair - Abonné 2 mars 2012 12 h 53

    Malheureusement, il faut de l'argent

    Et c'est l'industrie qui en a. Jusqu'à nouvel ordre, je ferais confiance à l'INM.

  • Marc O. Rainville - Abonné 2 mars 2012 13 h 48

    Parle parle, rase rase.

    La conversation publique sur l’avenir minier du Québec s'enfarge dans un nid-de-poule. S.O.S. MTQ! Les questions soulevées par les intervenants communautaires suggèrent que des pommes pourries contaminent le contenu du panier, que le panier est percé et que le chaperon rouge a une jambe attachée. Quelle compote, pardon, papote!
    Ces quelques réserves étant exprimées, j'invite tout le monde à participer au forum mis en ligne tout le mois de mars sur cet important enjeu. Ce n'est pas parce que l'INM marche juste sur une patte par ces temps qui courent que le processus est corrompu jusqu'au trognon. À ce compte-là, en considérant que le conseil d'administration de ce quotidien est présidé par un dirigeant de compagnie minière, personne ne pourrait s'exprimer librement ici non plus.

  • Stephane Dube - Abonné 6 mars 2012 21 h 51

    Confrontation et pensée magique!

    Décourageant l'orientation de ce texte. En résumé toute initiative pour créer un dialogue est inutile car de tout façon dès que l'industrie est impliquée tout est biaisé. Ce qui ne laisse que l'affrontement comme solution. Car ce n'est pas ce que le texte propose, soit "Aux citoyens d'être suffisamment imaginatifs pour que le débat public éclose de lui-même ...", qui apporte une solution concrète. Il fait plutôt appel à la pensée magique!
    Ce n'est pas par la confrontation que nous ferons évoluer la société société québécoise et, attention, ceci est aussi valable que l'attitude de confrontation vienne de l'industrie ou de ses opposants!