La réplique › Retrait du Canada de Kyoto - Le Québec doit s'exprimer directement

Le Québec peine — et c’est le cas en environnement — à se faire entendre sur la scène internationale.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le Québec peine — et c’est le cas en environnement — à se faire entendre sur la scène internationale.

La semaine dernière, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, affirmait ceci: «Avec le gouvernement conservateur, les portes du monde se referment sur le Québec. Il faut changer ça, et un gouvernement du Parti québécois va continuer dans la voie de Kyoto. Nous aurons notre propre politique étrangère. Nous ouvrirons les portes et nous dirons au monde que le Canada, ce n'est pas le Québec.»

Je suis totalement d'accord avec ces propos, ayant au mois de décembre dernier dénoncé le retrait du Canada de Kyoto et marrainant actuellement sur le site de l'Assemblée nationale une pétition en ce sens initiée par un citoyen de Rosemont, Frédéric Bourrely, directeur général de la Société de développement environnemental de Rosemont (SODER).

Sachant bien que le gouvernement en place est farouchement fédéraliste, on voudrait bien que le Québec puisse quand même faire entendre sa voix au sein des forums internationaux. Deux députés du Parti québécois, Alexandre Cloutier et Scott McKay, demandent donc au gouvernement Charest qu'il réclame pour le Québec un statut de gouvernement participant dans le cadre des discussions post-Kyoto qui se tiendront au Brésil en juin prochain. Il y a là une proposition pleine de sens et qui repose sur des précédents qui ont porté leurs fruits. Mais dans le contexte actuel, elle manque de réalisme.

Des conditions nécessaires

Le statut de gouvernement participant a été accordé au Québec en deux occasions dans les instances de la Francophonie. La première fois, en 1970, lors de la création de l'Agence de coopération culturelle et technique; la seconde, en 1985, au moment de la mise sur pied des sommets de la Francophonie. Grâce à l'appui ferme et indéfectible de la France, le Canada a accepté que le Québec siège à l'Agence et au sommet.

Deux conditions sont cependant nécessaires pour obtenir ce statut: l'appui d'un État membre et l'accord du Canada. Or, le Canada vient de dénoncer le protocole et de s'en retirer. Quant à la France, le président Nicolas Sarkozy a écrit à la chef du Parti québécois et au chef du Bloc québécois en 2009 pour leur dire clairement que la France, sous sa gouverne, n'appuierait plus jamais le Québec contre la volonté canadienne. Ce qui avait été le cas dans les deux dossiers cités, la France ayant littéralement fait plier le gouvernement fédéral en 1970 et en 1985.

Prise de parole directe


Il n'y a donc rien à attendre ni du Canada, ni de la France de Sarkozy. Le moment est venu pour le Québec de ne compter que sur ses propres moyens. Or, en tant que province, le Québec n'est pas en mesure de négocier directement avec les membres des Nations unies pour obtenir ce statut de gouvernement participant. C'est la dure réalité du monde d'aujourd'hui.

Par conséquent, pour défendre ses propres intérêts, ceux, dans ce cas précis, de ses entreprises qui seront éventuellement obligées de payer des droits de douane majorés, imposés, par exemple, par l'Union européenne en guise de représailles contre les pays ne respectant pas Kyoto (François Hollande a d'ailleurs repris cette idée dans son grand discours au Bourget le 26 janvier dernier), pour promouvoir l'essor de sa filière environnementale et pour répondre adéquatement aux attentes des Québécois en matière de lutte contre les changements climatiques, le Québec n'a d'autre choix que de s'exprimer directement sur la scène internationale.

L'indépendance

Pour ce faire, il n'y a qu'une seule vraie solution, l'accès du Québec à sa pleine indépendance, la plus belle, la plus ambitieuse, la plus efficace réponse aux décisions d'un Canada qui nous ressemble et nous représente de moins en moins.

Dans le système fédéral canadien, les progrès pour le Québec ne sont en effet plus possibles. Mes amis du Parti québécois et moi nous nous rejoignons sur les principes et la volonté que le Québec mette en oeuvre sa propre politique étrangère. Nous nous rejoignons aussi sur le seul moyen possible: l'indépendance du Québec.

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Louise Beaudoin - Députée de Rosemont

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