Politique québécoise - Suspendre ses convictions

Sondage après sondage, 40 % des Québécois veulent faire l'indépendance, 20 % veulent le statu quo et 40 % désirent un Québec avec beaucoup plus de pouvoirs au sein d'un Canada uni. Pour les premiers, il y a Option nationale, Québec solidaire et le Parti québécois. Pour les tenants du statu quo, le Parti libéral du Québec existe déjà. Quel parti reste-t-il pour défendre une réelle position autonomiste comme celle des Duplessis, Lesage ou Johnson père?

La Coalition avenir Québec (CAQ) serait toute désignée, mais le président de la commission politique du parti, qui est en train de rédiger le programme du parti sur les relations du Québec avec le gouvernement fédéral, nous dit qu'il n'est absolument pas question que ses revendications soient de nature constitutionnelle. Pourtant, les sondages disent bien que 40 % des Québécois veulent plus de pouvoirs. Ils ne veulent donc pas plus d'ententes administratives ou de pacte Canada-Québec. Pour satisfaire ces 40 % de Québécois, il faut obligatoirement changer la Constitution canadienne imposée antidémocratiquement au Québec en 1982.

Avis juridique


Si la CAQ veut un jour être sérieuse dans ses prétentions d'incarner un vrai parti nationaliste, elle doit faire le pari d'en arriver à une nouvelle entente constitutionnelle avec le Canada. Contrairement aux gouvernements du Québec qui se présentaient après des défaites devant le Canada anglais, les négociateurs québécois peuvent désormais s'appuyer sur un avis juridique de la Cour suprême paru en 1998 qui oblige le Canada à négocier de bonne foi.

Cet avis est un nouvel outil que les gouvernements du Québec n'ont encore jamais utilisé. Si les demandes québécoises s'appuient en plus sur la volonté populaire, il devient extrêmement difficile pour le Canada de faire la sourde oreille, puisqu'un des cinq principes qui sous-tendent la démocratie canadienne est le respect de cette démocratie. Par conséquent, si 80 % des Québécois se disaient d'accord avec le rapatriement de la souveraineté culturelle (pouvoirs sur la langue, l'immigration, la culture et les communications), le Canada devrait vraiment céder quelque chose au Québec, sans quoi il pourrait être blâmé à l'international.

Un plus grand danger encore pour le Canada serait que les 40 % de Québécois qui croient toujours qu'il est possible d'obtenir plus de pouvoirs du Canada se rendent compte que le Canada est un pays fermé aux Québécois. Inévitablement, plusieurs d'entre eux deviendraient indépendantistes et feraient du Québec un pays!

Deux manières de faire


Il y a deux façons pour le peuple québécois d'obtenir des pouvoirs supplémentaires du gouvernement fédéral. La première consiste à faire l'exercice d'écrire la constitution du Québec, peu importe qu'il s'agisse d'une constitution de province ou d'une constitution de pays. Au terme du processus de rédaction définissant les valeurs (langue française, égalité des hommes et des femmes, laïcité de l'État, etc.), les institutions démocratiques et les pouvoirs nécessaires à l'émancipation des Québécois, cette nouvelle constitution serait entérinée démocratiquement par la nation québécoise et présentée au Canada anglais. Le Canada serait tenu de négocier de bonne foi avec le Québec l'acceptabilité constitutionnelle des pouvoirs inscrits dans la première constitution du Québec.

La deuxième façon d'obtenir davantage de pouvoirs du gouvernement fédéral serait de formuler quelques bouquets de revendications constitutionnelles et d'organiser une consultation populaire pour savoir quels blocs de demandes devraient être présentés dans le cadre de négociations avec le Canada. Dans ce cas, les caquistes pourraient demander aux Québécois s'ils veulent rapatrier leurs impôts ou leurs traités comme Kyoto. Ils pourraient aussi offrir aux citoyens du Québec de se prononcer sur la possibilité de rapatrier la souveraineté culturelle, la justice, le territoire maritime, l'environnement, l'assurance chômage ou les pensions de vieillesse.

Huit Québécois sur dix veulent un changement constitutionnel quelconque. C'est ce qu'on appelle une majorité claire, très claire. Ce serait une belle occasion pour François Legault de se glisser entre les trois partis indépendantistes et les fédéralistes purs et durs. Malheureusement, François Legault a décidé de reporter de dix ans toute demande d'ordre constitutionnel. Il a décidé de suspendre ses convictions pour tenter d'atteindre plus facilement le pouvoir!

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Pierre Curzi - Député indépendant de Borduas

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