Propos du sénateur Boisvenu - Pour le bien des victimes, vraiment?

Les oreilles nous chauffent à entendre les dernières déclarations du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu! Le fait que l'homme se soit rétracté n'apaise pas notre indignation.

Le sénateur Boisvenu prétend parler au nom de l'ensemble des victimes en se faisant passer pour leur grand défenseur. Le problème, c'est que le discours de droite de M. Boisvenu, ainsi que celui du gouvernement Harper, ne colle pas à celui des femmes victimes que nous rencontrons depuis trente ans dans notre Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS).

Au CALACS - La Maison ISA, nos nombreuses années de pratique auprès des femmes et adolescentes ayant subi des agressions sexuelles nous ont appris que les victimes qui choisissent de faire appel au processus judiciaire ne le font pas pour réclamer vengeance. Leurs motivations sont plutôt d'empêcher que l'agresseur recommence et que la société reconnaisse le ou les crimes qu'elles ont vécus.

L'intervention auprès des victimes nous apprend aussi que les personnes qui ont subi de la violence veulent principalement retrouver une vie normale et préfèrent investir leur énergie pour elles-mêmes: développer des habiletés pour affronter les moments de crise, chasser la honte, exprimer la colère, réapprendre à faire confiance, reprendre du pouvoir sur sa vie, etc. Pousser l'agresseur au suicide n'a jamais été une stratégie envisagée par aucune d'entre elles.

Contre les mesures répressives

Pour justifier ses propos, M. Boisvenu fait notamment référence à l'affaire Pickton. Cette affaire, il est vrai, a fait plusieurs victimes, majoritairement des femmes des Premières Nations. Or, il nous semble que l'approche autochtone en matière de justice n'a jamais fait la promotion de la loi du talion. C'est plutôt le rétablissement de l'équilibre, la guérison individuelle et collective des victimes qui sont promus.

En tant qu'organisation féministe, nous nous opposons à la mise en place de mesures répressives telles que proposées par le gouvernement Harper avec le projet de loi C-10 sur la lutte contre la criminalité. En effet, de nombreuses études démontrent que les mesures de répression du crime ne dissuadent pas les criminels. Nous savons également que la criminalité est en baisse au pays. Bref, le projet de loi C-10 ne propose pas de véritables solutions afin d'aider les victimes et de prévenir les agressions.

Nous sommes donc très perplexes lorsque M. Harper, qui se porte à la défense de son sénateur, dit que son «gouvernement existe pour aider les victimes». Si c'était vraiment le cas, voici ce qui serait à faire: privilégier l'approche préventive aux mesures répressives qui ne donnent aucun pouvoir aux victimes, attribuer les fonds nécessaires aux organismes dont la mission est de défendre les droits des victimes, consulter réellement ces organismes avant de légiférer sur des lois les concernant, améliorer le traitement judiciaire des dossiers d'agressions sexuelles impliquant des victimes adultes.

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Geneviève Larouche et Carole Tremblay, Intervenantes au CALACS - La Maison ISA

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10 commentaires
  • amaranta - Inscrit 3 février 2012 02 h 18

    Prévention et réadaptation vs vendetta et cul-de-sac

    Merci pour ce texte plus que nécessaire. En effet, la lutte contre la violence repose sur des actions préventives, donc sur un appui soutenu aux organismes qui viennent en aide aux victimes d'actes criminels et travaillent à réduire la violence au sein de la société.

  • JAMAIS UN QUeBEC PAYS - Inscrit 3 février 2012 09 h 32

    @ amaranta

    Partiellement en accord, OUI à la prévention et à détection des criminel potentiel. Mais pour ce qui est de la réhabilitation, surtout si il y a de grand effort de prévention, il faut admettre que pas tous les criminels sont réhabilitable. Certain sont criminel à cause de problème mentaux, allons nous mettre la société en risque parce que le type est malade? Surtout qu'il a déjà fait une victime? On pourrait envisager la création de prison de long terme ou la personne sera emprisonné sans possibilité de sortir pour la vie. Dans ces prisons on pourrait retrouver les pédophile (incurable) les agresseurs sexuel violent et récidivistes. Ces institutions fonctionneraient comme une micro société, des gens de toutes formation s'y trouveraient et vivraient en toute liberté à l'intérieur des mur de cette prison. Cette prison pourrait être un village totalement isolé et protégé des évasions par un système infaillible et sans pardon. Pour ce qui est des criminels en série, ceux dont le crime est commis de façon calculé et avec violence, ou ceux qui malgré une tentative de réhabilitation récidivent, alors ce serait aussi un internement dans une de ces communauté, chacune de ces communauté comprendrait des criminels du même profile.
    Les criminel auraient le droit d'y accueillir leur partenaire de vie, mais aucun enfant ne pourrait y être amené. Bref on créerait de mini colonie pénitentiaire comme l'était l'Australie au départ. Une façon d'occuper le grand nord.

  • Pierre Rousseau - Abonné 3 février 2012 11 h 36

    Effectivement

    J'ai aussi travaillé avec des victimes pendant plusieurs années dans le cadre du système judiciaire pénal et j'ai eu les mêmes réactions face aux crimes dont elles sont victimes, du moins la plupart du temps. Vous avez aussi parfaitement raison quand vous mentionnez l'approche autochtone au crime et c'est évident que l'approche conservatrice est non seulement contraire à l'approche généralement préconisée chez les peuples autochtones mais aura aussi des conséquences graves chez eux étant donné leur surreprésentation dans les prisons. Pour l'affaire Pickton, il faut dire qu'on fait face à de sérieuses lacunes de la part de la police lors de l'enquête et que dans des circonstances normales cet individu aurait été arrêté bien avant et que c'est la société en général qui a démontré un mépris outrancier face à ces victimes dont la majorité étaient autochtones.

    J'ajouterais un élément à vos suggestions pour améliorer le sort des victimes: elles devraient avoir partie prenante au processus judiciaire et ne pas être seulement des figurantes (témoins) comme c'est le cas aujourd'hui. Dans les systèmes judiciaires pénaux qui viennent d'être modernisés en Amérique latine on retrouve les victimes comme «partie civile» et ça améliore grandement le processus judiciaire. Ça n'enlève rien aux accusés et ça permet aux victimes d'être partie active dans les procédures tout en laissant au ministère public (la poursuite) la responsabilité de faire la preuve de la culpabilité de l'accusé. J'ai assisté à 2 procès, un en Colombie et l'autre au Guatemala où les victimes étaient partie au processus judiciaire et j'ai pu constater que c'est beaucoup plus satisfaisant pour elles et pour la société en général car leurs intérêts sont aussi représentés devant le tribunal.

  • Bernard Terreault - Abonné 3 février 2012 14 h 20

    Aider les victimes ?

    Que le meurtrier soit en prison ou dans un cimetère, est-ce que ça va ressuciter le mort ? Pourquoi Boisvenu est-il incapable de se rendre compte, statistiques à l'appui, que ce sont le plus souvent les pays où les peines sont moins sévères qu'il y a le moins de crime ? Qu'une culture de violence appuyée par l'État (militarisme), et par la culture nationale (cinéma, télé, pop-music), produit encore plus de criminalité ?

  • Paul Verreault - Inscrit 3 février 2012 16 h 21

    Ajouts

    Très bonne analyse et permettez-moi d'y ajouter trois choses: Les criminels "d'habitude" ou "occasionnels" ne craignent nullement l'emprisonnement ni sa durée au moment de leur acte. La société doit éviter de se rabaisser au niveau de barbarie de ces "barbares" (Criminels) car ça ne peut qu'empirer la violence sociale en général. La société ne peut espérer une justice parfaite (Ni sûre à 100%) car l'homme lui-même est imparfait.