Holocauste - Victimes et héros

Vendredi le 27 janvier était la Journée internationale du souvenir de l'Holocauste. Nous commémorons ce jour-là la mémoire des victimes des nazis et de leurs collaborateurs des autres nations européennes. Le 27 janvier 1945, les soldats de l'Armée rouge délivraient le plus grand camp de concentration et d'extermination du IIIe Reich: Auschwitz.

Ce camp symbolisera à jamais l'horreur de l'Holocauste et de la solution finale: les chambres à gaz, les fours crématoires, les expériences médicales du Dr Mengele.

Entre 1942 et 1945, plus d'un million de personnes seront exterminées dans cette usine de la mort. Parmi elles, 960 000 Juifs dont 232 000 enfants. En quatre ans, un total de 11 millions d'êtres humains, dont 6 millions de Juifs parmi lesquels 1,5 million d'enfants, furent systématiquement exterminés, annihilant ainsi une culture millénaire.

Les nazis n'ont pas inventé l'antisémitisme. Il existait depuis l'Antiquité et a traversé le Moyen Âge, le Siècle des lumières, la révolution industrielle, et il persiste encore aujourd'hui, comme nous en avons été témoins à Québec dernièrement. L'antisémitisme désigne un sentiment systématique d'aversion pour les Juifs en tant que peuple ou «race» supposément inférieur. Il peut prendre la forme d'une opinion ou d'une attitude hostile, de discrimination, de racisme, de persécution. L'antisémitisme constitue une négation du droit à la différence.

Le philosophe Theodor W. Adorno en propose une définition large dans un aphorisme célèbre, expliquant que «l'antisémitisme, c'est la rumeur qui court à propos des Juifs». Mais aujourd'hui, les membres de la nation juive ne sont plus sans défense, car depuis 1948, il existe une terre de refuge: l'État d'Israël. [...]

Les héros...

En pleine pénombre de l'Holocauste, des étincelles de sincérité et de courage ont jailli, transformant de simples citoyens en véritables héros. Certains sauveurs furent des hommes d'Église qui considéraient la résistance au nazisme et l'aide aux Juifs victimes du génocide nazi comme un impératif religieux.

Certains étaient animés d'idéaux humanitaires, d'autres encore, par exemple de nombreux policiers ou gendarmes, militaires ou employés civils dans les pays occupés, étaient révoltés par ce que leurs fonctions pouvaient les amener à commettre; de simples agriculteurs et des ouvriers se sont joints à eux.

À notre connaissance, 22 216 individus ont sauvé des Juifs au péril de leur vie, mais en tant que diplomate représentant l'État souverain de la nation juive, je voudrais saluer spécialement la mémoire de mes collègues diplomates brésiliens, britanniques, allemands, roumains, suisses, salvadoriens, uruguayens, iraniens, turcs, portugais, japonais, chinois et suédois qui sauvèrent des centaines de milliers de Juifs.

Raoul Wallenberg

Cette année, nous célébrerons le centième anniversaire de naissance du diplomate suédois Raoul Wallenberg. Wallenberg, né au sein d'une famille de banquiers suédois, aurait pu vivre une vie de luxe et de plaisirs, mais il choisit de sauver la vie de milliers de personnes qui lui étaient totalement étrangères.

Au printemps 1944, on commençait à entendre parler des horreurs de l'Holocauste et des témoignages sur les exterminations massives au camp d'Auschwitz avaient été authentifiés.

Les États-Unis décidèrent de créer le War Refugee Board afin de venir en aide aux Juifs d'Europe et cherchèrent en Suède quelqu'un pour mener une mission de sauvetage à Budapest. Raoul Wallenberg se porta volontaire pour tenter de sauver les Juifs de Hongrie de la mort après l'invasion nazie de mars 1944.

Une des premières tâches de Wallenberg à la tête de la légation suédoise à Budapest consista à concevoir un soi-disant laissez-passer suédois de protection, document qui n'avait aucune force juridique en vertu du droit international. Toutefois, Wallenberg, qui, après avoir servi en Allemagne et en France occupée, comprenait parfaitement la bureaucratie nazie, savait que l'aspect officiel des documents, avec timbres, signatures et armoiries de la Suède, seraient respectés.

Il ne se contenta pas d'émettre ces documents de protection et il ouvrit des «maisons suédoises» où les Juifs pourraient se cacher. Protégées uniquement par un drapeau et l'assurance de Wallenberg que ces bâtiments étaient en territoire suédois, 15 000 Juifs y ont trouvé refuge.

Le 17 janvier 1945, Wallenberg fut escorté par des soldats soviétiques à leur quartier général militaire à l'est de Budapest. En chemin, il dit à un de ses collègues qu'il n'était pas certain s'il allait être l'hôte des Russes ou leur prisonnier. Raoul Wallenberg disparut ce jour-là, et à ce jour, nous ne connaissons pas le sort qui lui a été réservé.

Il nous faut tous oeuvrer ensemble pour combattre l'antisémitisme en recrudescence; il faut nous souvenir à tout jamais de ce qui s'est passé pendant l'Holocauste afin d'éviter que cela se reproduise.

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Joël Lion - Consul général d'Israël pour le Québec et les provinces atlantiques
12 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 30 janvier 2012 02 h 32

    L’Holocauste “oublié” : celui des Tsiganes !

    Il est regrettable que le Consul général d'Israël s’en tienne à une vision étroitement ethnocentriste de la victimisation dont le nazisme s’est rendu responsable, en omettant de mentionner un Holocauste “oublié, celui des Tsiganes, et sans honorer non plus la mémoire des homosexuels, des communistes, et de toutes les personnes exterminées par un régime hitlérien qui les considérait comme “indésirables” dans une conception raciale et épurée de la nation.

    Alors que la situation des Tsiganes, en Europe en particulier, est de plus en plus dramatique, et d’ailleurs de plus en plus comparable à celles des Palestiniens (autres victimes d’entreprises génocidaires), il me semble que cet oubli mérite réparation, car il ne peut y avoir de différence de statut parmi les victimes du nazisme.

    Je ne peux par ailleurs passer sous silence l’allusion à l'« antisémitisme » dont le Consul général d'Israël dit avoir « été témoin à Québec dernièrement » : il s’agit en fait principalement de l’alliance du courant fasciste pro-sioniste des “Identitaires” et d’une extrême droite islamophobe et hostile à l’indépendance du Québec !

    Yves Claudé
    (Auteur principal de l’ouvrage “Les skinheads et l’extrême droite”. VLB)

  • Henry Fleury - Inscrit 30 janvier 2012 06 h 00

    Vous avez raison M. Lion !

    Faudrait faire la même chose avec le peuple palestinien ! Se souvenir de son calvaire sur terre pour ne plus jamais que ça se reproduise !

  • michel lebel - Inscrit 30 janvier 2012 06 h 55

    Ne jamais oublier

    Oui! Il ne faut jamais oublier l'Holocauste. Ne jamais oublier, les vicitimes et les héros. Sans oublier que l'antisémitisme et tous les autres formes de Mal existent toujours. Ce combat contre le Mal existera jusqu'à la fin des temps. Il faut toujours veiller et agir pour défendre la dignité de tout Homme, en tous lieux et et toutes circonstances.

    Michel Lebel
    Ancien professeur des droits et libertés de la personne

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 30 janvier 2012 09 h 01

    L'holocauste, une ignominie

    Vous avez parfaitement raison, monsieur Lion, mais il ne faudrait pas qu'à la longue ce crime contre l'humanité, cette souffrance inouïe du peuple juif résulte à lui accorder une sorte de blanc-seing pour des actions répréhensibles en territoires occupés. Le sort des Palestiniens est entre les mains d'Israël, qu'on le veuille ou non.
    Cela dit, l'anti-sémitisme doit être combattu partout, sans aucune hésitation et sans arrière-pensée.

  • arabe - Inscrit 30 janvier 2012 09 h 39

    Excellent texte, et rien n'a été oublié.

    Le consul a bien écrit: "un total de 11 millions d'êtres humains, dont 6 millions de Juifs parmi lesquels 1,5 million d'enfants, furent systématiquement exterminés, annihilant ainsi une culture millénaire.".

    Le consul n'a donc nullement oublié les 5 milions de personnes non juives (tsiganes, homosexuels, malades mentaux, leaders catholiques polonais, etc.) qui ont été persécutés par les Nazis.

    Quant aux tsiganes, leur persécution ne correspond pas à un holocauste, ce terme étant réservé au traitement tout à fait spécial et unique subi par les Juifs. Deux différences notoires, par exemple:
    - Les Tsiganes pure-laines n'ont pas été molestés par Hitler car ils étaient aryens pour lui.
    - Dans les camps, les familles tsiganes n'étaient pas séparés, alors que les familles juives étaient immédiatement disloquées: maris séparés de leurs épouses; mères séparées de leurs enfants, etc.

    Sans oublier les tsiganes, il ne faut pas nommer "holocauste" leur persécution par les nazis, si pénible cette persécution puisse-t-elle avoir été.

    @M. Fleury: vous avez raison. Il faut se souvenir du calvaire constant vécu par les réfugiés palestiniens vivant dans les pays arabes. Pensons au camp de réfugié Nahr el-Bared, au Liban. Il a été complètement détruit en 2007 par l'armée libanaise, créant 31 000 déplacés palestiniens, et n'a pas encore été reconstruit. Des monstruosités d'une telle envergure ne se sont jamais faites en Israel ou dans les territoires occupés par Israel.