Demande de libération de Guy Turcotte - Une expertise cohérente s'il vous plaît!

J'ai peine à comprendre la perspective d'une libération, et ce, sans condition, de Guy Turcotte! C'est sans aucun doute le rôle des avocats de la défense de tout mettre en œuvre pour faire libérer leur client, j'en conviens, mais comment justifier que des professionnels de la santé mentale qui, en principe, partagent une vision semblable du comportement humain et de ses dérapages, puissent affirmer une chose du côté de la Couronne et son contraire du côté de la défense?

Comment peut-on affirmer, sans sourciller, qu'on ne dispose pas du moindre diagnostic d'une maladie mentale active concernant Guy Turcotte (ce qu'a affirmé le Dr Bourget)? Passons outre plusieurs autres affirmations sans fondement faites à ce sujet; mentionnons au moins celle suivant laquelle il ne saurait se réhabiliter s'il demeure enfermé!

Réactions au diagnostic

Déjà, le verdict de non-responsabilité criminelle concernant Guy Turcotte soulevait, quant à moi, de vives réactions, surtout concernant le diagnostic sur lequel la défense et ses experts s'étaient appuyés et sur l'impact de ce diagnostic pour la suite des choses.

Dans ma pratique de plus de 40 ans, comme psychologue-psychothérapeute, toutes les personnes rencontrées, gravement perturbées ou non, présentaient des «troubles de personnalité ou d'adaptation»; le plus souvent avec anxiété et fréquemment aussi avec humeur dépressive (éléments du diagnostic invoqués durant ce procès), face aux difficultés de la vie et, entre autres, à l'occasion d'une rupture.

D'ailleurs, où est-elle cette personne qui peut prétendre ne pas avoir de troubles reliés à sa personnalité? Qui n'a jamais connu de moments d'anxiété ou fait l'expérience d'une période d'humeur dépressive? Cet état de malaise psychique ne saurait à lui seul entraîner une personne à tuer ses enfants, son conjoint ou sa conjointe à la suite d'une séparation difficile à vivre.

Geste démentiel

Un geste aussi dramatique est le fait d'une perte de contrôle chez une personne fragile et gravement perturbée sur le plan psychologique, et cet état ne se guérit pas en quelques mois, voire en quelques années! De plus, rien, aucun test, aucun expert ne peut affirmer, hors de tout doute, qu'une personne dans un tel état ne présente plus de dangerosité, surtout après un si court laps de temps en observation et traitement.

J'ajouterais qu'à mon avis il ne s'agit pas, non plus, d'une démence temporaire (invoquée durant le procès). Un tel geste démentiel ne survient que chez une personne profondément perturbée et qui l'était avant même de poser ce geste. Enfin, si le diagnostic de personnalité narcissique (également mentionné durant le procès) contribue à innocenter l'auteur d'un crime aussi grave, il faudrait alors vider nos prisons!

Responsabilité et imputabilité

L'issue de ce procès et la perspective actuelle de libération de Guy Turcotte soulèvent également, selon moi, la question de la responsabilité de soi et de son imputabilité.

Les troubles psychiques graves peuvent sans aucun doute affecter le jugement, le contact avec la réalité et la conscience réelle d'une personne qui pose un geste meurtrier, mais il n'en demeure pas moins que cette personne, comme nous tous, est responsable de qui elle est, de ses fragilités, de son inconscience et des comportements qui résultent de ses troubles de personnalité.

Si l'emprisonnement d'une personne jugée malade mentalement n'est pas nécessairement une option, la perspective d'une libération à court terme ne rend justice ni à l'auteur d'un acte criminel ni à la société. Dans un tel cas, la réclusion en milieu psychiatrique, et ce, pour plusieurs années, serait de nature à signifier qu'une telle personne est responsable des gestes qu'elle a commis et qu'elle en est imputable, et ce, tout en lui assurant le traitement dont elle a besoin.

Une telle décision ne doit pas s'inscrire dans une perspective de vengeance non plus que de culpabilisation, mais plutôt dans une perspective de responsabilisation. C'est le rôle de l'institution de la justice de favoriser cette prise de conscience de notre responsabilité individuelle et de l'imputabilité de nos gestes et de faire en sorte, par ses jugements, que les citoyens quels qu'ils soient, sains d'esprit ou non, assument cette réalité. En cela, elle devrait être appuyée par une expertise cohérente des professionnels de la santé mentale.

***

Denise R. Robert - Psychologue et psychothérapeute

À voir en vidéo