Pour en finir avec le cynisme

«Il est devenu urgent de retrouver le goût de la politique ancrée dans les convictions et la sincérité», affirme la chef du Parti québécois, Pauline Marois.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Il est devenu urgent de retrouver le goût de la politique ancrée dans les convictions et la sincérité», affirme la chef du Parti québécois, Pauline Marois.

Dans ma vie politique, j'ai eu la chance de côtoyer plusieurs premiers ministres. René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry étaient animés par des convictions et faisaient preuve d'une grande sincérité. Les Québécois pouvaient les aimer ou non, être en accord ou en désaccord avec eux, mais ils les croyaient et les respectaient.

Or, depuis mon retour en politique en 2007, j'ai été sidérée par le degré de cynisme qui prévaut à l'Assemblée nationale. On m'a accusée à l'occasion de trop m'emporter, d'avoir laissé transparaître ma colère devant les propos des membres du gouvernement libéral et de Jean Charest. Il faut dire que je ne m'attendais pas à un tel mépris de la vérité, à tant d'opportunisme et de faux-semblant.

Le désabusement par rapport au gouvernement libéral s'est tellement étendu qu'aux yeux d'une grande partie de la population, il est devenu le fait de l'ensemble de la classe politique québécoise. Ce désabusement a atteint nos institutions démocratiques, ce qui devrait tous nous inquiéter profondément.

Celui qui se vantait d'incarner le changement, François Legault, s'est malheureusement engagé dans la même voie que Jean Charest, celle des calculs bassement tactiques dénués de tout principe. Sa coalition regroupe des députés qui ont été élus sous une autre bannière et qui sont pressés de renier toutes leurs convictions et tous leurs engagements. Pour un, François Rebello m'a juré, la main sur le coeur, les yeux dans les yeux, qu'il était souverainiste et que seul le Parti québécois portait ses valeurs. Il m'a menti, comme il vous a menti et vous mentira pour atteindre ses fins.

Les vire-capot sans convictions


Dans le temps, François Legault affirmait «qu'il y a toujours des gens, lorsqu'ils voient des tendances, qui les suivent et pilent un peu sur ce qui les a passionnés toute leur vie. Je trouve ça un peu dommage». C'est dommage, en effet. C'est pourtant avec des gens comme eux que M. Legault construit aujourd'hui sa coalition. Alors, aux prochaines élections, quand François Legault regardera les Québécois dans les yeux en faisant des promesses, qui pourra le croire?

Pour ma part, je ne peux pas m'imaginer gouverner le Québec sur la base d'un mandat obtenu par le cynisme et le mensonge avec des «vire-capot». Je fais de la politique parce que j'ai des convictions. Je crois encore que la politique peut changer nos vies. Mais pour réaliser de grands projets, les Québécois doivent se faire confiance de même qu'à leurs institutions.

Il est devenu urgent de nous défaire de ce cynisme ambiant, de retrouver le goût de la politique ancrée dans les convictions et la sincérité. Dans les prochaines semaines, le Parti québécois va débattre de propositions audacieuses pour que les citoyens puissent se réapproprier la politique. Nous voulons changer la politique.

Sentiment d'urgence

C'est le préalable à la réalisation de tout grand projet. Au Parti québécois, ce grand projet que nous portons, c'est de nous donner un pays. Depuis longtemps déjà, je suis convaincue que notre peuple a tout à gagner à se tenir debout, à prendre ses propres décisions, à vivre en toute liberté. Et pour avoir gouverné, je sais très bien que le Québec ne pourra aller au bout de ses possibilités que lorsqu'il sera libre de prendre ses propres décisions.

Il suffit de réfléchir quelques instants au Canada que le gouvernement Harper est en train de nous imposer pour nous insuffler un sentiment d'urgence. Devant le bulldozer conservateur, le cynisme est synonyme d'abandon. Il faut au contraire miser plus que jamais sur notre conviction que le Québec doit assumer son destin librement.

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Pauline Marois - Députée péquiste de Charlevoix et chef de l’opposition officielle

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