La réplique › Abus sexuels dans les communautés religieuses - À la défense des prêtres et des religieux contre les profiteurs

Plusieurs scandales de nature sexuelle ont secoué l’Église catholique ces dernières années.
Photo: Agence Reuters Cathal McNaughton Plusieurs scandales de nature sexuelle ont secoué l’Église catholique ces dernières années.
J'ai beaucoup de compassion pour toutes les victimes, les vraies, celles qui ont perdu leur dignité, qui ont souffert et qui cherchent à s'en sortir. Par ailleurs, j'ai une sainte horreur de la médiocrité qui se manifeste toujours lorsque des sommes d'argent sont offertes en guise d'indemnité. C'est ce que je dénonce dans le cas des agressions sexuelles commises par une minorité de religieux ou de prêtres qui éclaboussent l'ensemble de l'Église catholique du Québec.

Je reconnais comme tout le monde que des abus ont été commis dans les écoles dirigées par des religieux dans les années 1950-1960. Ces agressions doivent être dénoncées et les responsables doivent répondre de leurs gestes devant les tribunaux et en assumer les conséquences s'ils sont reconnus coupables.

Par ailleurs, l'entente de 18 millions conclue entre les frères de Sainte-Croix et leurs 285 (non pas 225) pseudo-victimes est inacceptable pour les raisons suivantes:

Une compensation financière ne règle en rien le traumatisme vécu par les victimes. De plus, cela crée des victimes; par opportunisme, de nombreuses fausses victimes s'inscrivent automatiquement à l'indemnisation.

Tous les religieux des communautés n'ont pas de salaire. Leur travail rémunère la communauté à laquelle ils appartiennent. Comme la majorité d'entre eux n'étaient pas des criminels pédophiles, ne crée-t-on pas une injustice en indemnisant les victimes à même l'argent qu'ils ont gagné?

Les religieux de Sainte-Croix ont offert à toutes les victimes, avec l'indemnisation de 18 millions, une thérapie et un accompagnement médical payés par la communauté... Aucune victime ne s'y est inscrite.

À quel âge devient-on responsable?

Le Pierre (nom fictif) en question que j'ai rencontré avec le journaliste Myles est un homme dans la quarantaine avancée qui s'est marié et qui a eu des enfants; il a été agressé sexuellement par un religieux dont il était ami, de l'âge de 13 à 16 ans. Il a reçu 300 000 $ en indemnité. S'il reste anonyme, c'est qu'il a signé une entente avec la communauté religieuse. Maintenant que l'entente de 18 millions est acceptée par un juge, il veut poursuivre le frère en question pour obtenir une compensation supérieure.

Sans diminuer la responsabilité du frère qui l'a agressé durant toutes ces années, je lui ai tout simplement demandé: Comment se fait-il que tu aies subi ces abus aussi longtemps sans réagir? Ne serait-ce pas parce que cette situation t'avantageait d'une certaine façon?

Encore une fois, je ne veux surtout pas diminuer la gravité de l'agression sexuelle, mais la question que je me pose est la suivante: à quel âge devient-on un peu responsable de ce que l'on fait? Ne sommes-nous pas méprisants à l'endroit des jeunes lorsque nous affirmons qu'ils n'ont aucune responsabilité dans leur façon d'agir?

De plus, cet homme me dit aujourd'hui que s'il n'a pas réussi à devenir un professionnel dans la vie, c'est à cause du religieux qui l'a abusé dans son adolescence. Là-dessus, je lui ai dit que la majorité des adultes n'ont pu réaliser leur idéal professionnel pour de multiples raisons et qu'ils n'ont pas à en accuser le passé.

Le politically correct

Dans son article, Brian Myles, à chaque fois qu'il parle de moi, ajoute un qualificatif négatif: dans le sous-titre: «un abbé hostile», «il était humain, trop humain» (comment peut-on être trop humain?), «ce prêtre atypique». Lorsque Pierre m'a dit que le frère Sainte-Croix était responsable de ce qu'il est devenu, le journaliste écrit ma réplique et il ajoute: «lance-t-il sans gêne». Et, à la toute fin de son texte, il écrit: «Pierre tente une dernière approche, mais Raymond Gravel est déjà ailleurs.» Cet article déforme la réalité et donne dans le sensationnalisme. Brian Myles devrait poser sa candidature à un journal à sensations; il s'en trouve plusieurs au Québec. Mais au Devoir, c'est plutôt décevant.

Je suis réellement blessé par cette situation. Je me rends compte que ce qui est politically correct, c'est de dire que l'Église catholique est responsable de tous les malheurs vécus par l'ensemble des Québécois: les orphelins de Duplessis, les victimes d'agressions sexuelles, le scandale des pensionnats autochtones et la situation des femmes et des hommes d'ici, aujourd'hui.

Personnellement, j'ai toujours dénoncé les injustices et j'ai toujours pris la défense des victimes d'injustice. Je ne suis pas à la solde des évêques et du pape... Je suis moi-même, un simple prêtre qui ne se met pas la tête dans le sable et qui voit la réalité. J'ai pris la défense des minorités sexuelles envers et contre les autorités de l'Église; j'ai pris la défense des femmes qui ont subi un avortement envers et contre les autorités de l'Église. Maintenant, je suis prêt à prendre la défense des prêtres, des religieux et des religieuses envers et contre les profiteurs et ceux qui cherchent à les détruire...

Ai-je tort? C'est possible! Je ne détiens pas la vérité... J'essaie tout simplement de préserver la dignité de toutes les personnes, qu'elles soient religieuses ou laïques. Je n'accepterai jamais la médiocrité!

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Raymond Gravel - Prêtre du diocèse de Joliette et animateur spirituel de pompiers et de policiers

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Réponse du journaliste

Je rejette les allégations de Raymond Gravel voulant que l'article en question soit biaisé ou sensationnaliste. Au contraire, ce reportage offre un compte rendu rigoureux d'une rencontre de plus d'une heure entre M. Gravel et une victime de la Congrégation de Sainte-Croix à laquelle j'ai assisté. Les citations choisies sont exactes et elles ne sont pas sorties de leur contexte.

Depuis qu'une entente hors cours est intervenue entre la Congrégation de Sainte-Croix et les victimes d'agressions sexuelles, M. Gravel a manifesté sa désapprobation dans plusieurs médias. Il estime que l'entente de 18 millions de dollars est injuste et inacceptable. Il reproche aux avocats des victimes de transformer leurs clients en prostitués. Il s'arroge le droit de départager les «vraies» victimes des fausses. Et voilà maintenant qu'il laisse entendre que Pierre (nom fictif) aurait tiré un avantage des agressions qu'il a subies au Collège Notre-Dame. Mais contrairement à ce que M. Gravel affirme, Pierre n'a jamais reçu 300 000 $ pour les sévices qu'il a endurés, et il n'a pas l'intention de poursuivre le frère responsable de ses malheurs pour obtenir une compensation accrue.

Brian Myles

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