Le Noël des indignés

Au cœur du phénomène de l’exclusion, une espérance peut reprendre un nouveau souffle.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Au cœur du phénomène de l’exclusion, une espérance peut reprendre un nouveau souffle.

Cela fait quelques semaines que le mouvement des indignés ne fait plus la une. Pourtant, en cette période des Fêtes, il importe de se rappeler que la célébration de Noël, dans la tradition chrétienne, est l'occasion de se remémorer la naissance d'un homme qui a manifesté une vive indignation face à tout ce qui avilissait l'être humain et excluait de la cité les personnes marginalisées.

Le récit imagé de la Nativité, brossé par l'évangile de Luc, dévoile les conséquences de décisions prises par les élites politiques, économiques, sociales ou religieuses de l'époque. En effet, une famille pauvre d'une province éloignée s'est retrouvée contrainte de quitter les lieux de sa résidence. Parvenue à destination et n'ayant nulle part où se loger, elle fut reléguée à une étable où la mère accoucha de son fils. Cette naissance parmi les pauvres témoignait déjà d'une indignation: le Dieu dont il sera question dans la vie de cet enfant est celui qui se manifeste à l'écart des grands centres de pouvoir et qui renverse les critères de performance, de rentabilité et de compétitivité.

Projet d'espérance


Ainsi, à partir de la marge et de l'exclusion, cette naissance portait déjà un projet d'espérance. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que les auteurs de cet évangile posent les bergers comme les premiers témoins de cet événement. Rappelons-nous que ceux-ci étaient aussi peu considérés, dans le contexte de l'époque, que les femmes, les publicains ou les personnes dites impures. Ces sujets privés de dignité devenaient ainsi les premiers bénéficiaires de cette «révélation»: c'est par ceux et celles que le système dominant considère comme des non-personnes que du «neuf» peut surgir dans la cité humaine.

Au coeur du phénomène de l'exclusion, une espérance peut donc reprendre un nouveau souffle. Une vie réellement humaine pour toutes et tous prend alors forme dans un projet alternatif. Le mouvement des indignés n'apparaît-il pas dans la lignée de toutes ces personnes qui, au cours de l'histoire, ont cherché à incarner l'idéal d'une société conviviale, pluraliste, laïque, égalitaire, accueillante et inclusive?

Projet de justice

La naissance pauvre de Jésus de Nazareth, en subvertissant les valeurs dominantes, n'invite-t-elle pas à un renouvellement radical de nos liens sociaux conduisant, comme le soulignait jadis Jacques Grand'Maison, à mettre enfin les tiers au coeur de nos politiques, de nos institutions et de nos préoccupations? Cette transformation, à la fois personnelle et collective, représente probablement un des défis les plus urgents de notre temps. À cet égard, le mouvement des indignés nous rappelle qu'il existe d'autres options que le désabusement, le cynisme et le sentiment d'impuissance.

Garder la mémoire de la naissance de Jésus de Nazareth, de son projet et de sa vie, nous invite à combattre le pessimisme. Et en ce Noël, les indignés nous ont offert un merveilleux cadeau: le rappel que ce projet de justice, de paix, d'égalité, de liberté et de fraternité est toujours vivant au coeur de notre humanité. À nous de le poursuivre!

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Ont signé ce texte: Nathalie Cholette, Ariane Collin-Ndoumb, Catherine Foisy, Marjolaine Mondon, Patrice Perreault et Marco Veilleux, des jeunes rassemblés par le Centre justice et foi, au sein du groupe Foi et engagement social.

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